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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 22:01

Le samedi 29 septembre, au cours de l’émission On n’est pas couché, animé par L. RUQUIER, on assiste à la rencontre entre Sandrine ROUSSEAU et Christine ANGOT, et tout ne se passe pas comme prévu.

https://www.youtube.com/watch?v=ne6DS_h9nwI

 

Loin de cette polémique dont l’intérêt reste encore à démontrer, que pouvons-nous penser maintenant que la pression est un peu retombée ?

On voit que tout le monde s’est enflammé, Twitter, le CSA, ceux qui ont vu, ceux qui savent, ceux qui ont quelque chose à en dire. On voit que ça a beaucoup réagi, surtout aux larmes de S. ROUSSEAU, alors que les propos de C. ANGOT sont qualifiés d’ « agression ». On oublie que le sujet abordé n’est pas des moindres, et s’il avère qu’il faille l’aborder devant les caméras, certaines précautions doivent être prises.

Au final, la violence des propos n’est qu’à l’image de la violence de l’indicible du traumatisme vécu. Car ce qui est en fond, c’est l’indicible pour Angot, et l’inaudible pour Rousseau. Toutes deux donnent leur modalité du message qui ne passe pas. Nous avons, dans les 2 cas, une victime. Qu’elle soit véhémente « C’est comme ça, y’a personne ! des « gens formés à l’écoute », mais qu’est-ce que j’entends ? on est seul, on se débrouille, c’est comme ça. », ou qu’elle soit en larmes : « C’est mon histoire. Je l’ai dit à toutes les directions [EELV], il n’y a personne... il faut bien que les gens entendent le message… », ces deux femmes parlent de leur subjectivité, une dans les cris, l’autre dans les larmes, mais elles nous parlent du traumatisme.

Ces 2 points de vue ne peuvent pas s’entendre, les traumatismes s’entrechoquent mais ne se combinent pas. Personne n’entend l’autre car chacun met en avant SA manière de résoudre l’évènement, de contrer le Réel, intime, qui parle de l’organisation psychique.

Dans la vie de ces femmes, ça n’est pas arrivé au même moment, à la même personne lors du déroulement de leur histoire de vie, une était enfant et l’autre adulte. Il a fallu qu’elles bricolent, chacune avec ce qu’elle était alors, quelque chose pour ne pas se faire anéantir par cette dévastation.

La résolution de ce type de traumatisme est tellement personnelle, il va chercher tellement loin dans les ressources identitaires qu’on ne peut pas se voir contester sa méthode de résolution. Chacun dit « moi pour m’en sortir… », et il devient impossible d’entendre la solution de l’autre.

C’est pour cela que C. Angot n’a pas agressé S. Rousseau., on pourrait dire à meilleur titre qu’il leur était impossible de s’entendre. Et il ne faut pas se laisser tromper par l’absence de larmes de C. Angot : elle ne peut pas pleurer sur ce qu’elle a vécu, c’est impossible pour elle, ce qui n’amoindrie absolument pas sa souffrance. Et S. Rousseau ne peut pas dire autrement que ce qu’elle a déjà dit, et se retrouver inlassablement face au +/- même mur.

 

 

L’inadmissible des larmes de Rousseau face à la colère d’Angot, encore un fois, nous rappelle qu’il ne faut pas se tromper sur les apparences. Télé = montage = présentation arrangée des faits, pas forcément mensongère, mais pas tout à fait authentique. Et c’est pour ça que la doxa va vers S. Rousseau. Ce n’est pas qu’on n’entend pas le point de vue de Rousseau, on l’entend tellement bien qu’on ne l’écoute pas, encore : « Je l’ai dit à tout le monde et c’est impossible qu’on n’entende pas. Et oui, répond Angot, c’est comme ça. »

On est avec deux modes de construction, deux résiliences pourrait-on dire, et aucune des deux n’est en position d’entendre qu’il y a un impossible (le Réel de J. LACAN) soit à entendre, soit à comprendre. Angot conspue les « personnes formées pour accueillir la parole » (c’est une erreur, et je sais de quoi je parle puisque je suis un de ceux-là), alors qu’elle a choisi de livrer sa parole à la foule, par l’intermédiaire des livres, sans qu’il n’y ait d’auditeur, de récepteur de cette parole précisément nommé. Nul ne peut pas dire comment s’appelle celui qui m’entendra, nul ne peut pas dire s’il existe, on ne peut pas dire, il n’y a personne, et n’est-ce pas ce qui semble être le point central de ce qu’elle défend, dans son œuvre et dans cette séquence. Oui, on ne peut pas dire comment s’appelle ce quelqu’un, celui-là même que Lacan appelait l’Autre. Et c’est sur ce point-là que la parole de Rousseau vient ricocher, car elle, justement, peut (encore) nommer son agresseur, peut en dire quelque chose, et justement, cherche des interlocuteurs pour que sa parole soit entendue. On est donc dans deux démarches radicalement opposées, l’une disant « Je suis victime, entendez-moi », et l’autre répondant « Je n’ai jamais voulu me placer en tant que victime ».

Ces deux discours s’entrechoquant, entre une qui vient vendre le récit de sa souffrance, et l’autre qui la bétonne dans une fin de non-recevoir, cette entrevue ne peut pas bien se passer. Ce sont les systèmes défensifs qui se percutent, et en ce cas, nul aménagement n’est possible.

Malheureusement, avec la télé, on se laisse encore toucher, émouvoir par les larmes d’une victime et pas par la froideur d’une autre victime, et c’est celle qui pleure qui emporte l’assentiment du plus grand nombre, comme le montre l’émoi instantané de Twitter. Et même ce commentaire ne se fait qu’à partir de ce qu’on a bien voulu nous montrer d’une réalité partielle.

Enfin, il existe des gens qui savent écouter, dont c’est le métier et la formation, et qui en ont fait leur quotidien, et qui savent le faire. Formé pour accueillir la parole.

 

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 22:25

De plus en plus, comme un grand enjeu du monde moderne, une promesse des dirigeants et une attente du peuple, une condition sine qua none du progrès : le haut débit partout, pour tous.

 

Et effectivement, c’est formidable. Toujours plus d’infos qui circulent, toujours plus de clic, toujours plus de détails nous concernant. Pour nous connaitre, nous cerner, faire des profils, comprendre nos intérêts et nos gouts, nous proposer ce qui va exactement nous faire plaisir…

Vous vous rendez compte, si ces infos avaient d’autres buts que des buts marketing ? Vous vous rendez compte, si cela servait à autre chose qu’à nous faire acheter ?

A autre chose qu’à connaitre notre couleur préférée et notre pointure pour nous fourguer des chaussures ? A autre chose qu’à pister nos recherches pour nous mettre des bandeaux publicitaires pour des régimes miracle ? A autre chose qu’à surveiller nos relations pour nous faire miroiter des paradis auxquels nous n’aurons jamais accès qu’à crédit ?

 

Imaginons un instant si ces infos servaient à nous connaitre, mieux, nous, vraiment nous, nous qui sommes, nous qui disons individuellement « JE », avec un but vertueux. Connaitre nos joies et nos chagrins, sans les accompagner d’un contrat d’assistance. Limiter nos défauts, et nos manques sans cours de coaching. Nous épauler et nous rendre la vie plus facile, sans qu’il n’y ait une mutuelle derrière. Quelqu’un qui nous tendrait la main qui ne sentirait la crème hyaluronique, ou un mouchoir en papier, sans marque.

Vous vous rendez compte, si toutes ces infos qui circulent sur nous étaient un réconfort plutôt qu’une menace…. Comme s’il était possible que les ordinateurs n’attendent rien de nous.

Ça nous dirait : « Accepte cette personne comme amie, c’est quelqu’un de bien, vous allez vous entendre. »

Ça nous dirait : « Ne crois pas en ce produit. Bien sûr, tu as très envie de te sentir mieux dans ton corps, mais pas avec ça… »

Ça nous dirait : « Je ne suis que le Net, je ne suis personne. Tu peux aussi éteindre ton ordinateur et aller rencontrer des gens qui existent. Ne crois pas qu’on communique via un écran. »

Ça nous dirait : « Ne t’afflige pas pour les commentaires de gens que tu n’as jamais vu et qui n’ont jamais fait quoi que ce soit de positif à ton égard »

Ce matin, avant d’allumer mon ordi, je rêvais d’un Net qui n’avait pas forcément des trucs à me vendre, et dont je n’étais pas le produit. Un Net qui m’aime et me comprend.

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PsychAurélien - dans Internet
5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 08:28

Ces temps-ci, il fait un peu chaud en Grande-Bretagne.

Londres est une capitale prisée par le tourisme, et par le djihadisme également, on dirait.

Tout ça parce que dans le livre saint, il est écrit qu’il faut faire la guerre aux hérétiques, tous ceux qui ne pensent, ne croient, et ne prient pas comme nous.

J’aimerais bien qu’on me montre, dans ce livre, où est-il marqué :

« Tu poseras des bombes là où il y a des enfants d’hérétiques pour provoquer la Terreur en mon nom et faire qu’ils se tournent vers Moi.

Tu tueras des vieux curés aimé de tous pour leur dire que j’ai raison.

Tu tueras ceux qui me dessine, car un dessin de moi vaut bien une vie humaine, si ce n’est plus. »

Et parce que comprendre n’est pas pardonner, je veux juste qu’on soit bien sûr, qu’il n’y ait pas d’erreur possible quand je vais te prendre dans mes bras ou t’en foutre une.

En fait, ce dont je me rends compte, c’est qu’on n’a pas affaire à des mecs qui croient désespérément en quelque chose, qu’ils veulent nous l’imposer et voient notre mode de vie comme une insulte. Des mecs qui pensent que leur religion est le seul mode de vie possible, qui ont lu le Coran à l’envers, parce que s’ils l’avaient tenu dans le bon sens, ils auraient lu qu’une religion ne s’impose pas, qu’on y vient par conviction et non par la force.

Je pense qu’il y a quelqu’un dans l’histoire qui a bien mieux menti que tout le monde. Menti à ces hommes en leur disant que la solution était dans les bombes ou les kalachs. Menti aux gens qui croient en des textes qui datent de 1400 ans. Menti en désignant des armées de faux coupables. Menti en laissant le mot « intellectuel » devenir une insulte.

Je pense qu’il faut détacher la question du religieux de la question du terrorisme.

On peut difficilement contredire quelqu’un dans sa foi, dans sa religion. Et le fait que ces hommes agissent au nom d’une religion, cela nous embrouille, à un certain point de vue. La religion, en ce cas, n’est qu’un passe-droit, un prétexte de la nuisance dicté par en-haut, mais elle n’a aucune réalité. On sait que les textes sont mal lus, mal interprétés, mal compris. Le djihad est la lutte que l’on mène par rapport à soi-même dans la voie de Dieu, pour soi-même et non contre les autres. On sait que cette motivation agressive est mensongère. Le point de départ n’est pas honnête, l’arrivée est une tromperie, et on se laisse embobiner par cela, comme par les crèmes anti-âge et les régimes minceur exprès. Ce n’est pas la question de la religion, c’est la question du manque de réflexion.

Et ce qui est questionnant, c’est la terrible publicité qui en est fait dans les médias. Bien sûr, il n’est pas question de minimiser l’agression subie, la peine des famille, l’attaque de notre civilisation, il ne faut pas passer cela à bas bruit. Mais il en est fait une publicité immonde, des reportages avec des gros plans sur les larmes, des gens interviewés à proximité des cadavres, des micros tendus à la douleur, à la peine, à la souffrance, à l’angoisse. Et ces mêmes micros se détournent des discours qui relèvent la tête, ou disant qu’on va s’en remettre, que cette terreur ne passera pas. Avez-vous déjà entendu à la télé des interviews de gens disant : « ça ne nous empêche pas de vivre ! » ?

 

Où est le discours de résistance qui démotivera les candidats, qui dira que tout cela est vain, que les bombes ne nous feront pas plier ? Où est la réflexion qui arrêtera de citer des centaines de fois les noms des auteurs, ce qui en fait des martyrs, ce qui en fait des stars, ce qui fait qu’on les retrouve dans les textes des chansons, ce qui fait que quand on parle d’eux, on sait de qui il s’agit. On connait plus le nom des assassins de Charlie que le dernier prix Nobel français. Où est cette pensée qui dira aussi à la Presse que ça suffit, les images sanglantes et floutées, l’omniprésence des plaintes, des analystes qui ont entendus dire que, de la culture de l’angoisse, l’angoisse, l’angoisse, parce que ça fait vendre. Bien sûr qu’il ne faut pas se taire, bien sûr qu’il ne faut pas détourner le regard, mais doit-il être rappelé à longueur de JT à quel point on pleure ? La propagande, ça va dans les deux sens, et les assassins regardent aussi la télé. Il serait bon qu’ils arrêtent d’y voir leurs exploits, et qu’ils n’y voient que leur vacuité.

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 10:08

Le cas qui nous préoccupe aujourd’hui est celui d’un jeune homme dont je m’occupe dans le cas de l’Institut médico-éducatif.

Je l’appellerai Jean. C’est un jeune trisomique, déficient intellectuel moyen, maitrisant mal le langage. Il a 19 ans, et les démarches concernant son avenir sont engagées, la limite légale de l’accueil étant fixée à 20 ans (en dehors de l’amendement Creton).

Il est vraisemblable que sa vie future se déroulera dans un foyer d’hébergement, c’est-à-dire un lieu où il vivra sa vie accompagné d’éducateurs spécialisés, où des activités diverses lui seront proposées, excluant toute idée de travail. Il est capable d’assurer quelques menues contraintes du quotidien, comme sa toilette, quelques petits services, n’allant pas jusqu’à savoir gérer son linge, par exemple.

Cette période est toujours compliquée car l’avenir est plein d’incertitudes. La pénurie de places disponibles crée des listes d’attente qui rendent tout prévisionnel impossible, et aucune date ne peut encore être avancée quant aux étapes suivantes de sa vie. Ça se fera, un jour, dans les 3 ou 4 années à venir. Cependant, puisque c’est pour lui la prochaine étape de son parcours, ça l’habite beaucoup et il en parle très souvent.

Au début du mois de décembre, j’apprends la dramatique nouvelle du décès du père de Jean. Sa famille le récupère pour une quinzaine de jour, le temps du retour au pays natal pour les funérailles. A son retour, toute l’équipe attend Jean avec une attention particulière. Il est effectivement abattu, parfois triste, et répète plusieurs fois dans la journée : « é parti Papa. Verra pu, verra ou… »

On me demande de le recevoir (un peu comme si le psychologue était davantage capable de faire passer le chagrin…).

Et Jean me parle. Il n’a même pratiquement jamais autant parlé qu’à cette entrevue. Mais il ne parle que d’une seule chose : du discours qu’il a l’intention de prononcer lors de son pot de départ de l’établissement.

Étonnamment, c’est très bien structuré. Il cite tous ses amis et les autres jeunes qu’il aime bien, accompagné de « Merci beaucoup », et également tous les membres du personnel qui l’ont pris en charge, disant « Va me manquer ».

Ce qui m’interroge beaucoup, c’est ce que dit ce discours. C’est à dire dans un contexte de deuil sur lequel on ne sait rien car la famille n’en a rien dit, Jean me parle longuement de ce qu’il dira quand lui partira (de l’établissement), au travers d’un discours qui dit globalement : « Merci les amis, vous allez me manquer ».

J’ai du mal à ignorer que les deux modalités de départ, le sien et celui de son père, ne se chevauchent. Ou tout du moins n'aient un lien. Ce qu’il me dit de son discours de départ ressemble fort à ce qu’il aurait très bien pu dire à son propre père. Dans les deux cas, un message d’adieu.

C’est alors que je reprends ma question globale sur les formations de l'Inconscient de la personne handicapée mentale. Malgré ses difficultés d'élaboration, malgré sa maitrise du langage toute relative, Jean construit bien par la parole une réparation, un message d'adieu, il verbalise le "partir". Mais il dit autre chose que ce qu'il dit vraiment, comme le fait l'Inconscient quand il veut nous faire passer un message. Je reste interrogatif quant au fonctionnement de l'Inconscient et de sa maitrise de l’association libre dans des cerveaux de gens qui sont justement à la peine avec l'association d'idées, le fait de lier les choses entre elles, en un mot : l'intelligence. Attention, loin de moi l'idée de dire que les déficients intellectuels n'ont pas d'inconscient, mais la question reste de savoir comment fonctionne un système structuré comme un langage, quand le langage fonctionne mal. L'inconscient, quant à lui, ne fonctionne jamais mal.

Je n'exclue pas l'hypothèse que cette transposition de discours puisse aussi être du seul fait de mon interprétation. Il est tout à fait possible que Jean ait pensé à son discours de départ, et qu'il en ait parlé, et puis c'est tout. Mais....

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 17:02

Je voudrais revenir aujourd’hui sur un point qui m’a été soumis lors d’une formation.

Les AVS stagiaires du jour évoquaient la difficulté qu’elles avaient à maintenir le calme auprès des enfants d’une classe de maternelle lorsque l’enfant en intégration dont elles avaient la charge commençait à s’agiter bruyamment.

Pour le cas, il s’agissait d’un petit garçon autiste qui s’agite et se roule par terre, ce qui, par contrecoup, agite beaucoup ses camarades, qui s’en inquiètent ou trouvent ça drôle, voire l’imitent.

Les AVS pointaient la difficulté qu’elles ressentaient à lui dire quelque chose, et donc à dire quelque chose aux autres, « qui n’auraient peut-être pas compris ».

L’inclusion en classe dite « normale » poursuit plusieurs objectifs. Elle offre tout d’abord à l’enfant porteur de handicap la possibilité d’être confronté à de nombreuses expériences socialisantes tout au long de la journée, ce qui est grandement préférable à un enfermement à la maison. Mais elle poursuit également un objectif de plus grande ampleur, à savoir l’inclusion de la personne handicapée dans la sphère sociale à long terme, et il n’est pas déplacé de penser que le côtoiement de personnes handicapées par de jeunes gens non handicapés tendraient à démystifier ce que ceux-ci pourront s’imaginer du handicap plus tard. Etre écolier et avoir un camarade de classe handicapé, ça familiarise, en quelque sorte. Cependant, l’école est, en plus du lieu d’apprentissage scolaire, le Haut Lieu des apprentissages sociaux. Sous l’œil de la République, c’est normalement là qu’on apprend que la loi est la même pour tous, qu’elle s’applique à chacun, bien qu’il puisse y avoir des façons de l’adapter. Donc, la même règle pour tous, mais pas de la même manière.

Pour la situation qui nous concerne, il faut tout d’abord définir ce qui fait défaut, ce qu’il est important de repérer : la difficulté relationnelle avec quelqu'un porteur de handicap, ou plus précisément dit, la difficulté dans laquelle le handicap nous met. La problématique propre aux enfants porteurs d’un handicap type TED est, pour partie, le trouble de la communication. Or, n’oublions pas qu’une communication, une mise en commun d’informations, implique deux (ou plus) personnes. Et si un jeune élève n’est pas capable de traiter correctement les informations que nous lui adressons, nous serons également bien en peine de traduire son comportement en quelque chose de sensé. D’ailleurs, ne disons-nous pas souvent que nous ne comprenons pas pourquoi l’enfant met tel ou tel comportement en place, adopte telle attitude si étrange ?

Etre confronté à un enfant qui ne va pas avoir une réaction normale à notre injonction doit-elle : 1) nous empêcher de formuler cette injonction ? et 2) nous empêcher de la maintenir pour les autres ?

Ce qui nous induit en erreur, c’est la dimension « handicap », car dans cette situation, c’est nous qu’elle handicape. La résolution de ce problème fut surprenante. La question était plus ou moins formulée ainsi : « qu’est-ce qu’on peut dire à des enfants qui s’agitent parce que leur copain handicapé s’agite aussi ? Il met le bazar et les autres suivent le mouvement… ». Si on relit cette phrase en enlevant le mot « handicapé », la solution apparait beaucoup plus évidente…

Cela montre à quel point nous pouvons être enferrés dans nos représentations, et la difficulté que nous avons à nous extraire de nos préjugés. Encore une fois, l'exercice quasi impossible d'accueillir l'autre.

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 11:07

Bien sûr, je voulais parler de Dieudonné.

Au départ, c’est un humoriste. Donc, je vais plutôt parler de l’humour.

L’humour, c’est ce style de communication qui place le discours un peu à côté de ce qu’il dit vraiment. C’est parler de la tragédie du cancer en liant « Schwartzenberg et avenir » (Desproges), ou dénoncer l’horreur des camps d’extermination de la Seconde Guerre Mondiale dans un sketch sur la crémation, « Oui, c’est du matériel allemand… Ah ben, ils ont fait leurs preuves quand même... » (Ellie Semoun)

L’humour, quand il touche certaines limites, adopte alors une attitude transgressive. Il y a donc une limite, souvent liée à la morale. Car c’est cette morale qui s’agite quand il est dit qu’on ne peut pas rire de tout. Il y a des choses dont on peut rire et d’autres à respecter. Moralement.

Mais de ce point de vue, l’humour est bien souvent attentatoire, car il égratigne toujours ne serait-ce que le sujet qu’il pointe : les blondes, les ginettes, le dindon de la farce de la blague, les curés, les pédés, les jeunes, les vieux, les femmes… Un peu tout, en fait. Pas d’humour sans une victime désignée dont on va rire d’un consentement mutuel. Le paraplégique qui sort de la grotte de Lourdes avec des pneus neufs en criant « Au miracle ! », n’est-ce pas attentatoire ? Une fois encore, la limite entre l’attentatoire taquin et le moqueur est très fine.

Toute la difficulté réside alors à préciser la tolérance qu’on peut avoir au franchissement de cette limite, de quel côté de la ligne on se place, si on en rit pour dénoncer par la métaphore quelque chose qui ne devrait pas être ou si, au contraire, on la justifie en se moquant à mots couverts de ceux qui condamnent cet évènement.

Se profile alors deux camps : ceux avec qui on peut rire, et les autres, avec qui on ne peut rire de tout. Savoir où se situe l’autre dans son jugement, c’est questionner l’interprétation que chacun a du mécanisme humoristique. C’est demander à l’Autre : où es-tu, du point de vue du langage, dans ton rire ? En vrai, au fond, le propos humoristique dit autre chose que le discours premier. On rit de l’habile façon qu’a l’humoriste de trouver les mots pour nous faire remarquer cette réalité-là, mais cette articulation ne fonctionne que si on est capable de comprendre la blague, que si on peut la relier à l’évènement réel. Il faut donc interpréter la blague pour lui donner son sens comique. Pas facile de rire d’une chaise du modèle Gligbluck (Gad Elmaleh) si on n’a jamais mis les pieds chez Ikéa, en se prenant la tête pour lire les noms suédois des articles. Et c’est de cette capacité à interpréter, c'est à dire à reformuler le propos, qu’on peut extraire le sens comique. Et la capacité d’interprétation est propre à chacun, dans la forme et le fond, c'est à dire dans ce que chacun est capable de comprendre, et dans les résultats que produit la compréhension individuelle. C’est pour cela que le problème se pose davantage non du côté de celui qui produit l’humour, mais plutôt du côté de celui qui le reçoit et qui va en interpréter quelque chose du mauvais côté de la limite, du côté que la morale condamne.

Donc, que ce soit au niveau de la morale ou de la mécanique intellectuelle qui permet de rire ou non d’une blague, ces deux entités montrent à quel point l’humour est une affaire personnelle, qu’on justifie souvent par « Oui, c’est con, mais moi, ça me fait rire ! ». D’où le grand danger que représente l’intervention de l’Etat dans la délimitation de ce dont il faut rire, et de ce qui est condamnable. Jusqu’où peut-on nous dire ce qu’il faut penser ? Comme les jeux vidéo qui rendent les jeunes violents (humour, humour !!), les sketchs n’ont pas vocation à troubler l’ordre public. Par contre, le public peut se tromper sur les interprétations qu’il fait des propos humoristiques.

L’humour est un propos qui s’interprète, et l’interprétation est un danger. Mais surtout, l'humour doit rester de l'humour, ce n'est pas de la politique. Et c'est ce qu'il faut rappeler à ceux qui, dans les salles de spectacle ou au ministère, oublient.

Allez, fini de rire, tout ceci n’est pas très sérieux.

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 09:56

Depuis quelques mois, je vis dans un appartement où il y a une télévision. Alors que je m'étais jusqu'alors protégé de ce phénomène, je peux dire que maintenant, je le côtoie, ou plus exactement, je le subis.

Tout d'abord, je m'interroge sur la grande fracture qui existe entre l'offre et la demande. La télévision atteint un taux d'équipement de plus de 95% des foyers. Cependant, quand on en parle autour de soi, c'est bien à la télé que l'on trouve le florilège de la bêtise et de la médiocrité, avec bien souvent des courbes d'audience pas si mauvaises que ça.

C'est un loisir qui nous prend 3h15 par jour, en moyenne. Il faut pondérer cela avec les vieux et les malades qui passent leur temps devant, faute de mieux. Mais si on se tourne vers les émissions d'intérêt moyen, je finis tout de même par me demander ce qu'on y cherche. Qu'est-ce qu'on attend de ces programmes dont on ne saura dire que du mal, où la logique est consternante et la langue parlée vient d'une planète où il n'y avait pas d'école ? Qu’est-ce qui nous pousse à perdre tout ce temps à guetter le succès ou la chute de l’autre ?

Bien sûr, ça n'est pas anodin. Cela raconte des histoires, comme les contes, et quelque part, on se repait des succès story auxquelles on rêve du fond de notre canapé. Je suis tout de même surpris par le temps qu’on perd à fustiger ces abimes de bêtise, ces bêtes de foire pour qui on déroule le tapis rouge sur lequel il est écrit AUDIMAT des deux cotés. Le temps qu’on perd à ça, à valider la bassesse télévisuelle en se confortant qu’on est bien plus malins qu’eux, à dénigrant l'inculture des lofteurs qui butent sur le mot "thym", la bêtise des Ch'tis, des Anges, la faiblesse de Nabilla...

Nabilla : en regardant ses aventures en Californie, la richesse, le luxe et l'opulence, qui ne dénigre pas l'outrageant succès de cette starlette, en bavant plus ou moins sur sa vie de stars. « Elle est conne comme un balai et elle se pavane aux States… », diront les facheux, sans connaitre le début du commencement des rouages qui permettent à une jolie jeune fille, qu'elles que soient ses qualités et son intelligence (mais pas son tour de poitrine) d'en arriver là. Et ne nous y trompons pas, si Nabilla devint célèbre grâce à sa célèbre réplique qui ne lui a pas valu le prix Nobel, elle joue peut-être un jeu subtil qui nous leurre, ou d'autres se chargent d'être intelligents pour elle.

Mais même sachant cela, même si on sait pour les boites de production qui nous tricotent tout ce mélodrame cousu de fil blanc, même si on sait que rien n'est vrai, que les inconnus qui connaissent le succès sont en fait des acteurs castés, malgré notre connaissance du miroir aux alouettes, et bien on y retourne. Mais pourquoi donc, enfin? Mais parce que ça parle de notre désir, du fait que nous aussi, on en voudrait bien, de la paillette et de l’invitation en prime time, on en voudrait du flash crépitant, du hurlement de fans, de la photo de magazine, de la reconnaissance d'inconnus dans la rue...

Daniel BALAVOINE le disait déjà en 1981 dans Le Chanteur :

"Je m'présente, je m'appelle Henri
J'voudrais bien réussir ma vie, être aimé
Etre beau gagner de l'argent
Puis surtout être intelligent
Mais pour tout ça il faudrait que j'bosse à plein temps"

Tout est dit : de l'amour, de la gloire, mais sans trop se fatiguer.

Mais comme on n'a pas cette gloire, alors on bave devant celle des autres. Et ce rêve, cette idée, cette imaginaire suffit, parce que sinon, pour quelle raison passerait-on à la télé ?

On perd notre temps à contempler la médiocrité, à vérifier qu’il y en a plus bas que nous. Et le pire, ce n’est pas que la télé nous propose ça, le vrai problème, c’est qu’on y va, on y fonce, parce qu’on s’en repait, de ce discours qui nous dit que les autres sont bêtes et moches au fond, que les jolies filles sont refaites, et qu'ils sont incapables de faire une phrase de français correcte. Ou au contraire, qu'on pourrait très bien être sur ce plateau de télé, et qu'on y arriverait tout pareil...

Ça dit toujours la même chose : vérifier qu’on est au-dessus du pire, et rêver à l’au-dessus de nous parce qu’on n’a pas les moyens de l’atteindre.

En fait, ce sont là les deux figures de l’Autre lacanien, dans ce qu’il provoque d’attirance et de dégout, d’identification et de refus, d'amour et de rejet.

Et au fond, on pourrait résumer ça ainsi : tout s’articule sur une échelle allant du moins aimable au plus aimable, autrement dit sur l’échelle du désir : ce qu'on désire être, au prix des efforts qu'on est prèt à mettre en œuvre pour être. Et la réalisation de ce désir, la réussite ou non du "Je m'y crois, moi aussi, je pourrais le faire" se lit sur les indices de satisfaction des chaines.

Alors, soit les médias jouent un jeu abject de l'exploitation de notre désir (mais si on considère qu’on les laisse faire en avalant leurs programmes, tant pis pour nous), soit nous sommes de pauvres choses qui considérons bien mal notre désir, prêts à le revêtir de n’importe quelles hardes qui le grandiraient un peu.

Le temps que nous perdons devant ces conneries télévisuelles sont des abimes narcissiques, qui consument notre valeur, car ça ne parlera jamais de nous. Devant la téléréalité (magnifique tour de passe passe pour nous faire croire que ça, c’est la réalité), nous ne gagnons rien.

Et après, nous n’avons de cesse de nous ruer sur nos réseau sociaux pour crier notre existance, pour hurler que du fond de notre canapé, nous existons bel et bien, que nous aurions eu des trucs à dire mais que là, il est déjà tard et il faut aller se coucher…. La télévision nous montre une façon de penser, et cette façon, côtoyée jour après jour, nous l'adoptons, contre notre gré, et à nos dépends, car la télévision sert qu'elle-même. Elle nous montre un rêve auquel nous finissons par nous conformer, le croyant notre.

La télévision génère en nous de la fascination en nous racontant ce que rêverions d'être, fascination dont nous sommes les victimes consentantes.

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PsychAurélien - dans Télévision
24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 11:58

A l’occasion de cours dispensés à la Fac de Médecine, le côtoiement d’étudiants n’ayant pas la culture psy amène à de singulières confrontations.

Je trouve assez plaisant de saisir l’occasion de faire ce double mouvement, de se rendre compte où on en est de sa pensée professionnelle et aussi de percevoir où se situe la pensée commune.

A partir de leur doute, on peut se permettre de secouer leurs certitudes et les approximations de leur savoir parcellaire. Mais également, il faut s’imposer une remise en cause du point de vue psychocentré, l’évidence de la théorie dans laquelle on patauge depuis des années. Ça permet au moins de reprendre contact avec la réalité qui dit qu’il y a d’autres points de vue. En somme, les médecins qui ne voient QUE le corps n’ont pas forcément plus tort que les psys qui ne voient QUE l’appareil psychique. En fait, rivés à leur petite lorgnette, les deux ont tort.

Mon cours était en partie axé sur les mécanismes de défense psychiques, ce que le Moi met en place pour tenir. De par le fait, l’exemple le plus consistant de leur incompréhension tourne autour de l’Inconscient. Il y a une confusion évidente dans le verbiage quotidien et les années de pratique nous éloigne du sens commun (encore heureux…).

Communément, c’est un terme qu’on connait, qu’on utilise avec une certaine banalité, mais dont la réalité psychanalytique affiche une profondeur bien autre. Le terme en lui-même s’interroge. De quoi parle-t-on quand on parle d’Ics ? Qu’est-ce qui n’est pas conscient ? Qu’en est-il des associations d’idées que permet le langage et qui passe en deçà du seuil d’éveil de la réflexion, ces choses auxquelles on pense sans même avoir l’idée qu’on y pense ? Est-ce que cela recouvre les actes automatiques ? Que dire de l’Ics cognitif, des opérations mentales qu’on fait et dont on n’exprime que le résultat : s’agit-il d’inconscient ? Alors qu’il y a cet autre qui vit en nous, qui parle dans nos rêves ou notre désir, et que des années de psychanalyse débusquent à peine, celui-là aussi est dans l’Ics... Et tout ça pour arriver à la conclusion que cet Autre, c’est moi aussi.

La difficulté rencontrée lors de ces cours peut se résumer ainsi : comment penser quelque chose qui se définit justement par l’impossible à le saisir ? Comment croire en quelque chose qui n’a de cesse de se dérober, sinon de par le fait que tout atteste de sa présence ? C’est d’ailleurs en cela que se fait la différence entre l’Inconscient et la religion : l’un est empirique et vérifiable, l’autre est dogmatique et s’accepte.

Dans la pensée commune, il existe une confusion évidente entre Ics et effet de l’Ics, transaction du Moi pour faire apparaitre les choses sans qu’on les voie et vie psychique insaisissable sans un travail préalable. D’ailleurs, à la lumière de l’interprétation, c’est toujours ce prodigieux « J’avais pas vu ça comme ça. » que nous sert le patient lorsqu’on éclaire quelque peu ses zones d’ombre.

Alors que c’est là, en permanence, agissant et indépendant. Je n’aurais pas cru, sans lire leurs copies, en la nécessité absolue d’insister sur le caractère fuyant, insaisissable de l’Inconscient. Pour ces esprits peu aguerris, le Moi dispose d’un panel de défenses adaptables qu’il convient d’ajuster pour se sortir des situations problématiques face au patient. Nulle dimension d’INSU, aucune conscience du danger, pourrait-on dire. Et cette naïveté est amusante à voir, si ses effets ne se reportaient directement sur la relation soignant-patient, avec des conséquences essentiellement pour le patient.

a compléter...

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 11:24

Pour penser la psychose, nous ne disposons pas des bons outils cognitifs.

Car devant l’incompréhensible qu’est la psychose, je me demande comment penser une autre forme de raisonnement ?

Si le monde de la névrose est structuré autour du primat du phallus, de la résolution du conflit par le passage sous les fourches caudines de la castration, ce qui nous habite profondément, intimement, et qui régit notre fonctionnement psychique, comment faire cet écart, ce voyage qui nous permettrait de penser autrement, avec de nouvelles fonctionnalités ?

Avec une image ultra simplifiée, c’est comme de passer d’une voiture à boite manuelle à une voiture automatique. Les gestes ne sont pas les mêmes, les automatismes doivent changer. La conception générale de « conduire une voiture » n’est pas la même. C’est comme lorsqu’on se fait à nouveau piéger par le Père Noël, à l’âge adulte, pendant une fraction de seconde, quand ressurgit cette vieille croyance aussitôt étouffée par notre rationalité adulte. Pendant un instant, nous avons fonctionné sous l’égide de la magie ou magico-phénoménique, nous y avons cru, juste avant de reprendre un fonctionnement habituel validé par l’expérience. Et en toute quiétude, il nous serait impossible de retrouver ce vieux fonctionnement, sinon sous le coup d’une furtive surprise. Elle est là, la difficulté à s’écarter de notre fonctionnement psychique normal.

Malgré tout, en écoutant parler une personne psychotique, nous ne faisons que ramener leur discours à nos explications. Le rapport à la loi, au sexuel, au lien, à la parole, tout ça… Les livres sur la psychose sont remplis de propos de névrosés. Mais dans leur rapport au langage si particulier, nous n’en faisons qu’une approximative interprétation.

 

Comprendre ce que comprend l’autre avec ses moyens différents des nôtres, cette idée commence à faire son chemin avec les neurosciences, et le chemin qu’ouvrent les découvertes faites du côté de l’autisme. Les déficiences de ces personnes se voient requalifiées. Il ne s’agit plus d’un lien maternel de mauvaise qualité, mais des moyens dont ils ne disposeraient pas pour en faire un lien de bonne qualité. Et peut-être un jour, la psychopathologie classifiée dans le DSM-V se verra nosographiée selon le dysfonctionnement des zones cérébrales.

Pourtant, cela ne dira pas tout de la personne. Le fonctionnement du cerveau ne résume pas tout, et ne dit rien de la genèse de ce fonctionnement. Mais cela ouvre d’autres perspectives, prenant davantage en compte la dimension de « possible » de la personne, alors que nous sommes encore très en prise avec la dimension du désir. Mais qu’est-il possible de désirer dans un monde qu’on comprend si peu ?

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PsychAurélien - dans Handicap
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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 13:01

L’actualité de ces derniers jours me porte encore une fois à sortir de mon trou. Difficile de rester devant la télé sans avoir envie de lui jeter des trucs lourds à la tête. Les sujets compliqués comme du mariage pour tous, qui va chercher bien au-delà de l’union de deux personnes, avec son cortège de points de vue approximatifs, basés sur l’expérience propre, sans recul, les partis-pris de tout bord qui sont davantage médiatisés que les cellules de réflexion, tout ceci me semble, à un autre niveau, militer pour un affaiblissement de la réflexion.


            Loin d’inciter à réfléchir, il est, pour le spectacle télévisuel, plutôt question de trouver la phrase choc, de présenter l’argument péremptoire, l’image qui touche et impacte directement la conscience. Ça devrait être un indicateur, d’ailleurs, à chaque fois qu’on ne sait trop quoi répondre, qu’il n’y a pas trop grand-chose à rétorquer mais qu’au fond, sans qu’on puisse l’expliquer, on est intimement en désaccord avec les arguments présentés.

  

          J’ai de plus en plus de mal à me défaire de ce regard critique face aux média. Le dernier exemple concerne bien entendu l’affaire Clément MERIC. En reprenant la chronologie des faits, on apprend qu’un jeune homme est mort lors d’une bagarre. Ensuite, il est mort agressé par des gens de l’extrême droite. Des gens de groupuscules fascistes, très violents. En fait, il a carrément été exécuté en pleine rue. Il s’en dit long sur l’innocence de la victime, de belles photos de sa jeunesse souriante tourne en boucle sur les écrans. Puis, peu à peu, d’autres éléments arrivent. Ce bel innocent ne l’était pas tant que ça, appartenant lui aussi à une extrémité, de gauche celle-ci. L’agression barbare et aveugle se dévoile comme étant en fait une bagarre de bandes, un règlement de compte. On entend un témoignage affirmer que ceux de droite n’ont pas particulièrement attaqué ceux de gauche, et peut-être même s’agirait-il du contraire.


            Finalement, on ne sait plus à quoi s’en tenir, sinon qu’un jeune homme est mort pour ou à cause de ses idées, ou de la faute à pas-de-chance de s’être trouvé là, sur la trajectoire du poing d’Estéban. (Autant le dire tout de suite, les jeux vidéo n’ont que peu à voir dans cet état de fait, à moins qu’on me démontre que les vraies premières guerres de l’humanité ont eu lieu seulement après 1958link, et tout ce qui a eu lieu avant n’était que de l’échauffement.)


            C’est dans cette incertitude de l’information qu’on peut y loger tout l’imaginaire qu’on veut. C’est là qu’on glisse à quel point la victime était un être fantastique qui n’avait rien demandé, et, par contrecoup, l’agresseur est un individu ignoble qu’on va donc charger de tout ce qu’on rejette. A partir de là, on ne parle plus de Clément et d’Estéban, mais on parle de nous, de nos peurs sociales, de notre violence, de notre volonté d’éradiquer la différence. Seule la Justice, à l’appui des faits avérés, avec l’aveuglement de la lenteur de son pas, continuera à parler de ce qu’il s’est passé dans la rue Caumartin.


            De notre côté de spectateur, devant la terreur que produit ce surgissement de la mort, que nous reste-t-il à faire ? On cherche d’abord et avant tout les coupables, le grand jeu du qui-qu’a-fait-quoi ?, histoire d’organiser quelque peu le chaos consécutif à cette onde de choc. Mais comme on est loin de pouvoir tout savoir, de répondre à toutes les questions, c’est là qu’on remplit les trous avec du bavardage, qu’il y a la queue au plateau télé, que les hommes politiques ont tous leur mot à dire. Et on le fait tous, en participant à des libres-antennes, en commentant sur des sites, en mettant des billets sur des blogs (comme moi d’ailleurs…). Ça n’avance à rien, mais ça occupe. Pendant ce temps de caquetage, ça laisse le temps à l’actualité de refroidir un peu. On passe de débats en débats, d’autres infos surviennent et ça s’oublie. L’émotion s’apaise. Mais point trop n’en faut, bien sûr, car l’émotion et la peur sont extrêmement vendeurs pour les média : il convient donc de ne pas trop laisser retomber le soufflé.


            Mais à quel moment allons-nous réfléchir sur ce qui justifie leur existence ? Pourquoi de tels groupes existent-ils, d’ultra-droite ou d’ultra-gauche ? De quoi est fait leur terreau nourricier ? S’agit-il que de bêtise et de haine animale, un échec flagrant du système scolaire qui n’aurait pas su enseigner de plus saines valeurs ? Sont-ce des raisons sociales qui nous donnent quotidiennement l’opportunité de détester l’autre, ou, à bas bruit, de s’en moquer (comme les Anges de la TéléRéalité nous en donnent un exemple quotidien) ? Est-ce ainsi présenté parce que ça fait vendre ?

Et si ça se vend, reconnaitrons-nous qu’en tant que spectateur, nous sommes friands de cette information, de ce spectacle désolant où ça s’engueule ? Ne sommes-nous nous aussi plus amateurs de la résolution expéditive à la Chuck Norris par rapport à un long débat sur LCP (la chaine parlementaire, canal 13) ? Plusieurs jours après les faits, ce qu’il en reste n’a plus grand chose à voir avec la douleur des familles. On en est à dire des choses sur ce qui avait été dit de ce qui avait été dit. Et à charger l’Autre de tout ce qu’on voudrait ne jamais voir apparaitre chez nous, de le dénoncer et de le bruler comme un Mr Carnaval.

Surtout, ne zappez pas…

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PsychAurélien - dans News
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