Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 12:06

            Encore une fois, le débat sur la légalisation de l’euthanasie est réclamé à corps et à cris par la foule. La revendication est simple : on ne veut pas mourir dans d’atroces souffrances, on ne veut pas d’acharnement thérapeutique, on ne veut pas servir de cobaye et, bien sûr, mourir dans la dignité. Comment ne pas être d’accord avec ces demandes… ? La difficulté est plutôt dans la façon d’y accéder, c'est-à-dire : si on n’arrive pas à une mort telle qu’on la désire, faut-il la provoquer ? Bref, qu’est-ce qu’on peut négocier de la Mort ?

            La complexité du débat est due, entre autre, à la pluralité des points de vue. Car cette question qu’o voudrait être celle de l’euthanasie est en fait celle de la mort. Elle touche de nombreux domaines : personnel, humain, légal, médical, spirituel, familial, sociale, de l’intégrité physique du corps au large cercle de notre finitude dans la temporalité de l’univers. Ça fait beaucoup, et c’est pour ça que c’est compliqué, car chacun à un argument qui se vaut de son point de vue, mais qui n’est pas conciliable avec les autres. On ne peut pas laisser souffrir les gens, et on doit les aider à mourir / Oui mais s’ils ne souffrent pas, on ne doit pas faire ça / Oui mais s’ils souffrent un peu et que ça dure trop longtemps, il faut faire quelque chose / oui mais on n’a pas le droit de tuer les gens / oui mais on n’a pas le droit de les laisser souffrir / Oui mais Dieu nous regarde et il interdit ça / Oui mais moi, je ne suis pas médecin pour faire ça / Oui mais moi, je ne veux plus voir mon enfant dans cet état / Oui mais c’est moi qui décide de ce qu’il va advenir de ma carcasse !.... Oui, ça fait beaucoup de points de vue.

            En fait, ce qu’il est utile de savoir même si ça ne sert pas à grand-chose, c’est que sur ce sujet, nous parlons d’une position défensive, comme de la tour de guet d’un château, à la porte duquel frapperait un inconnu qu’on pressent comme hostile… On n’a pas très envie de le laisser entrer, celui-là… On ne le connaît pas, mais on ne le sent pas… Donc on est poli, courtois, on lui parle gentiment, mais en fait, on n’a pas du tout envie de le voir là, et on a surtout envie qu’il parte. On blablate en se donnant de la constance, en lui répondant qu’il n’entrera pas, qu’il ne passera pas, qu’on n’a pas besoin de lui et qu’on va y arriver sans, et que ce sera tout pour aujourd’hui… Mais l’étranger ne part pas. Il est là, sans véritablement insister pour entrer, mais ne part pas… Alors on fait comme s’il n’était pas là, on s’active, mais on garde un œil sur lui, en vacant à nos occupations du château, mais en restant vigilent sur ce qu’il fait. Mais en même temps, on n’a pas trop envie de savoir, et on l’ignore (mais il ne faut pas le laisser faire n’importe quoi, alors on le surveille, ouhlà, ça devient compliqué). Cet étranger, son nom, c’est l’angoisse de mort. Attention, ce n’est pas la Mort. La Mort, elle, est tout à fait extérieure à tout ça. Le château, c’est notre construction psychique qu’on tient à défendre, le Moi, dont l’angoisse fait partie, et essaye de l’intruser. Et tout le débat se fait ainsi, du haut de la tour de la barbacane, un œil sur cette angoisse qu’on voudrait ne pas laisser entrer, qu’on voudrait ignorer mais qu’on observe quand même.

            C’est pour ça que le débat n’est pas serein, car d’où qu’on se place consciemment, individu, famille, médecin, quidam concerné de près ou de loin ou peuple qui veut donner son avis, tous parlent de cette position défensive. Et dans la complexité du débat qui est demandé, il est important de se demander comment est-il possible de l’envisager. Qui fut directement concerné par cette question ? Qui parle en connaissance de cause ? Parle-t-on pour maintenant ou pour plus tard ? Et dans ce « plus tard », qui serons-nous alors, et serons-nous d’accord avec ce nous-mêmes d’il y a trente ans ? Dire « Pas d’acharnement ! Si un jour je déraille, la piqure directe ! » quand on a 40 ans et que tout va bien, la belle affaire ! Mais 30 ans plus tard, le corps fatigué, marre de tous ces médecins et de tous ces protocoles, voulant que ça s’arrête et quand se pose la question « Alors, on pique ou pas ? Parce que quand vous aviez 30 ans, vous disiez oui ! Alors ?! »… La réponse n’est pas simple. Et surtout, nous parlons du lieu de notre heure actuelle, de notre âge actuel. Qui serons-nous et qu’aurons-nous à dire dans ces lointaines années, quand la question ne se posera plus théoriquement, mais concrètement, dans notre corps ? Nous nous projetons dans un futur où nous serions nous-mêmes, mais le temps aussi aura changé, et nous aussi.

            Il y a, dans cet appel à un débat sur l’euthanasie, quelque chose à entendre non de ce qui est demandé, mais de ce qu’il se dit derrière, là où se loge la crainte, la crainte du garde en haut de sa tour, qui, au fond de lui, n’ignore pas totalement qui est cet étranger. L’excellent article du Dr Burucoalink, (cherchez à CHU Bordeaux, soins palliatifs, le texte "De la demande d’euthanasie aux soins palliatifs, à propos de situations singulières") souligne « Nous pouvons tenter de comprendre cette militance, ne pas la rejeter d’emblée. Nous pouvons prendre acte de ces euthanasies médiatisées comme l’expression de crises sociétales, et la médiatisation comme un fait révélateur des aspirations évolutives de notre société (maîtrise, confort, beauté, longévité, qualité de vie…). Le débat sur la dépénalisation de l'euthanasie trouve un fort écho à nos angoisses de mort. »

            L’angoisse. Voila pourquoi ce débat n’aura pas de fin, et qu’il va engraisser les médias qui devraient s’en éloigner car ils ne feront qu’attiser ce qu’il faudrait apaiser. La mort est un sujet qu’on ne peut évoquer sans passion, c'est-à-dire sans que ça nous mobilise profondément, sans que ça ne sollicite nos défenses, notre pulsion de vie. C’est elle, la gardienne, celle qui tergiverse du haut de la tour, et qui veille à la sécurité du château. Ce n’est pas un mécanisme de défense, mais c’est elle qui l’anime, son énergie, sa motivation.

            Il faut donc faire le point sur ça avant d’entamer le débat.

Par PsychAurélien
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 13:09

            Il y a certains débats qui remuent toujours l’opinion publique. C’est facile à faire : on prend un sujet qui concerne tout le monde (la peine de mort, les clopes, les radars automatiques, les nains de jardin…) et sur lequel chacun va avoir son mot à dire. On choisit de préférence un sujet qui n’offre en apparence que peu d’alternative. C’est pratique car il est difficile d’obtenir un consensus et ainsi, le débat n’en finit jamais. C’est ce qui est en train de se passer pour l’euthanasie.

            J’écoutais ce matin une radio du sud, Sud-Radio, dont le sujet était, en gros : Euthanasie, oui ou non ? D’un intérêt relatif, surtout des témoignages pro et anti, des gens qui racontent leur histoire des plus dramatiques, des souffrances, des tristesses qu’on aurait souhaité éviter.

            De tout cela, j’en retiens toujours le même élément : on demande leur avis à des gens qui ont été pris dans la dynamique émotionnelle de l’instant du décès, qui ont dû choisir entre la douleur, la perte et la culpabilité, avec cette idée de faire au mieux quand ce mieux n’existe pas. Mais qu’en est-il de la parole des professionnels ou de ceux qui ont pu prendre le temps d’y réfléchir un peu ? Comme je l’ai déjà dit, les choses essentielles ont été dites dans la loi qu’il ne reste qu’à appliquer.

            Dans cette émission, j’ai entendu les arguments pro-euthanasie, qui sont bien souvent constitués après la mort, à savoir « Non à l’acharnement thérapeutique ». La loi Léonetti cadre déjà ce point en interdisant l’obstination déraisonnable, mais ce point ne peut malheureusement se valider qu’aux vues des résultats thérapeutiques. Parfois, tenter l’opération de la dernière chance, ça marche. J’ai vu en néphrologie des réanimations qui semblaient désespérées, et des patients qui en ressortaient amoindris, et qui s’en remettaient, et qui finissaient leur vie paisiblement. J’ai vu en soins palliatifs des patients condamnés qui étaient soulagés par les antalgiques et qui offraient à leur famille une dernière rencontre apaisée, laissant un souvenir doux et chaleureux, un "au revoir" souriant, la dernière image qui restera en mémoire. Quand ça se passe mal, l’argument « Il a passé 15 jours de trop » est tout à fait entendable, mais on ne peut le dire qu’après. Si le patient en réchappe, on ne se pose pas ce genre de questions. Alors, faut-il admettre que les médecins ne connaissent pas toujours l’issue de leur intervention ? Faut-il désintriquer le mélange opéré comme quoi le médecin, avec son savoir, n’est pas dans une position de vérité. La seule alternative est, encore une fois, la collégialité, l’équipe, et l’accompagnement de la famille. Il faut s’y mettre à plusieurs.

            Par l’appel à une loi sur l’euthanasie, j’y crois surtout que ce qui est craint, c’est la douleur, la déchéance. Et il ne faut pas confondre douleur et souffrance. La douleur peut être prise en charge, et dans la majorité des cas, efficacement combattue. Combien de patients, partisans de l’euthanasie, moduleront leur envie d’en finir si on leur donne accès à une fin de vie non douloureuse ? La souffrance peut s’accompagner. On réclame une loi, pour tous, pour statuer sur une question existentielle, individuelle. Le moment de la mort, de la séparation, devient avec l’accompagnement des soins palliatifs, un moment de réunification, où on se regroupe pour décider, accompagner ensemble, équipe et famille, le malade.

            Quand, lorsque le patient ne peut plus s’exprimer, on laisse la décision finale à la famille, il faut se demander pour qui les proches décident-ils ? Pour le malade afin d’abréger ses souffrances ou pour eux-mêmes, la famille, qui ne supporte plus de voir leur proche dépérir ou ne plus les reconnaître. C’est une décision d’un poids inimaginable en l’absence d’une équipe formée à pouvoir encadrer cette décision. Il ne faut laisser personne, médecin ou parent, seul à l’œuvre de la réponse. Et surtout, une fois la décision prise, elle est prise. Avec le temps, on y repensera, on se demandera si la décision fut la bonne. Mais c’est une illusion que de vouloir éclairer une question ancienne avec d’autres lumières nées d’un long temps de réflexion. Avec le temps, on change, on pense autrement, on a d’autres idées et on reconsidère ce qu’on aurait dû faire à ce moment là. Ce qui est une fausse manœuvre, car on n’est plus dans la même dynamique, on n’a plus les mêmes éléments. Le « j’aurai dû » est forcément erroné. On va décider au mieux, en ces moments critiques, et il ne faut rien reconsidérer après coup. Il est donc essentiel que cette décision soit le mieux encadrée possible.

                   Il ne faut pas non plus se mentir sur la puissante dynamique psychique à l'oeuvre. D'où viennent ces questions, cette réclamation forcenée du vouloir "bien mourir"? Il faut clairement y voir l'action de la pulsion de vie qui, sous un jour nouveau crie encore que "Non, la mort ne triomphera pas, et jusqu'au bout, elle sera combattue". Mais de ce mécanisme, il faut s'en méfier comme de l'autre, celui qui ferait pousser la seringue, qui réclame que tout se finisse, car il ne nous rend pas plus clairvoyant. Appeler à l'euthanasie pour que ça se finisse bien, c'est aussi une façon de dire qu'on maitrise, qu'on controle, et qu'on ne sera pas renvoyé à notre finitude humaine. Et on sait très bien que c'est faux. Et il est à trouver un passage dans cette entre-deux, dans l'inconciliable de la mort qui gagne toujours, et de mon humanité qui tient au moins à une défaite honorable. Autrement dit digne, pour l'autre, mais aussi pour moi.

 


            Enfin, une loi autorisant l’euthanasie aurait surtout l’avantage de dédouaner l’acte médical. Le médecin ne serait plus un criminel, même si cet acte se pratique régulièrement, dit-on, dans les services. Cette autorisation de mort touche par ce point le débat sur la peine de mort, de l’autorisation légale de donner la mort à quelqu’un, et se heurte au même argument : une fois que c’est fait, il est trop tard. L’écueil qu’il ne faut pas perdre de vue, hormis la possibilité de rémission car les cas de refus d’euthanasie suivi d’une amélioration de l’état du patient, ça existe, on ne peut que rester très vigilent quand aux questions bassement matérielles qui entourent le décès d’un individu. Qu’est-ce qui garantit que chaque euthanasie sera justifiée comme seule issue possible à une fin de vie inextricable ? N’y aura-t-il jamais aucune hâte dans ce raccourci ? Est-ce que pour Pépé qui geint depuis des semaines, et dont l’héritage ferait bien plaisir à tout le monde, est-ce la bonne solution ? Et pour ce SDF pour qui on ne connait aucune attache, et qui coute....? Comment pouvons-nous avoir confiance en ces médecins qui vont mettre l’euthanasie en œuvre, médecins dont on se défiait l’instant précédent dans leur acharnement thérapeutique ?

            Ça fait 10.000 ans que ça nous pose question, la science ne nous ouvre que d’autres chemins, de nouvelles problématiques, et de nouvelles solutions, mais rien de nouveau dans le rapport à l’homme et à sa finitude. Ou alors, se détournant de la solution toute faite qu’est l’euthanasie, il faudrait peut-être prendre le temps, se retrouver, se parler, que le patient puisse dire et le médecin entendre, bref, marcher ensemble…

Par PsychAurélien
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Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 18:23

 Je voudrais revenir encore une fois sur un sujet qui secoue mollement la presse ces temps-ci, à savoir la relance de la question de l’euthanasie suite à la mise en examen début août de Nicolas Bonnemaison, urgentiste à Bayonne, pour "empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables".

            Le principal problème que pose ce geste est que ce médecin a agi seul en commettant un acte interdit dans une situation pour laquelle il ne trouvait pas d’autre solution. Cependant, il existe déjà un cadre légal qui statue sur ces difficiles moments de la fin de la vie.

            Selon un récent sondage réalisé par l’institut Ifop pour le compte du quotidien Sud Ouestlink, « un Français sur deux (49%) estime aujourd’hui que la loi sur l’euthanasie devrait autoriser les médecins à mettre fin sans souffrance, à la vie de personnes atteintes de maladies insupportables et incurables ». La question qui me vient est : sur les 1001 personnes interrogées pour se sondage, combien sont au courant de la loi Leonetti ou des objectifs de soins des équipes palliatives ? Il est effectivement très tentant de proposer au public des solutions radicales, une quasi assurance d’une fin sans déchéance et sans douleur, bref, d’une maitrise des instants derniers. Mais cela est-il tenable ? On ne légifèrera jamais sur la mort, et un cadre légal est déjà en place sur ces questions là. Alors, quelle peur s’agit encore là ? Peur de la déchéance, de la souffrance. Laisser mourir n’est jamais que le reflet de la crainte de notre propre fin de vie.

            La loi Leonetti pose pourtant des principes simples :

                        - interdiction fondamentale de donner délibérément la mort à autrui

                        - interdiction de l'obstination déraisonnable (L. 1110-5 CSP alinéa 2). Est considérée comme déraisonnable l'administration d'actes « inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie. »

                        - respect de la volonté du malade, il n’y a qu’à lui demander, car autant il est simple et évident de vouloir que tout se passe au mieux quand on est peu concerné par le problème, les réponses changent souvent quand le souffle devient de plus en plus court. Et si le patient ne peut s’exprimer, nomination d’une personne de confiance, que l’on n’oubliera pas d’accompagner, et qui pourra, au mieux, dire ce qu’aurait souhaité le patient. Et si cela est possible, on prévoit des directives anticipées avant que les pires heures n’arrivent. Toutes ces dispositions font que la feuille de route est tracée, que le médecin n’a pas à prendre des décisions illégales seul, que le patient partira comme il aura souhaité partir.

                        - soulagement la douleur, car c’est un des points cruciaux que prône  l’euthanasie. Ne pas avoir mal. Car bien souvent, quand un patient dit vouloir en finir, ça n’est pas d’en finir avec la vie qu’il souhaite, mais d’arrêter d’avoir mal. Et là aussi, quel est le niveau de formation des médecins en matière d’antalgie ? Les médecins ne savent pas tout sur tout et professionnellement, c’est une difficulté que d’être face à une douleur et de ne pouvoir la soulager. Il faut démystifier l’usage de la morphine (qui ne rend ni fou ni toxicomane), et penser aux co-antalgies, en associant différents anti-douleurs, les massages, la balnéo…

                        - respect de la dignité du patient bien sûr, mais surtout et d’abord accompagner, lui et ses proches. Il semble que ce point, qui me semble fondamental, soit le moins développé. L’intitulé correct d’un service est «  Soins palliatifs et Accompagnement », et souvent ce dernier mot est oublié. L’euthanasie, c’est l'arrêt de l’accompagnement.

            Enfin, pour permettre aux professionnels de faire leur travail correctement et ne se retrouve pas acculés ou mis en examen : la collégialité. Une décision d’interruption du soin se prend à plusieurs, non pour délayer les responsabilités mais pour atténuer les enjeux psychiques individuels. On réfléchit mieux à plusieurs. Cependant, cela est encore vécu comme une parcellisation du pouvoir du médecin, et encore faut-il que celui-ci se prête au jeu, même s’il reste l’ultime décisionnaire. Ce point est d’ailleurs celui sur lequel se trompe Jean-Michel Baylet (en parlant de la pratique de l’euthanasie) dans l’édition du 22 aout de France-Soir, lorsqu’il déclare : « Ceux qui persistent à ne pas vouloir voir cette réalité se rendent complices de toutes les dérives et laissent les médecins et les juges seuls face à des questions sur lesquelles, en réalité, il appartient aux politiques d'apporter des réponses claires ». Et non ! Si le service de soins palliatifs est organisé comme il se doit, ou même ailleurs, le médecin ne doit en aucun cas se trouver seul face à cette question. En somme, la loi est déjà là.

            D’autres questions viennent ensuite : quelle culture du soin palliatif ont les boss dans leur service ? Lors de mon passage dans une unité de soins palliatif, j’ai accompagné l’équipe mobile, celle qui se déplace à la demande d’un service. Souvent, c’est à la demande de l’interne, le jeune en formation, qui utilise ce recours car il sait qu’il ne pourra rien faire pour le patient. Ce sont souvent des conseils concernant la lutte contre la douleur qui sont attendus. Et l’équipe mobile ne fait que donner des conseils et des orientations, pas de prescription, car ça ne se fait pas de prescrire pour le patient d’un autre médecin. J’ai vraiment eu l’impression qu’on marchait sur des œufs dans ces couloirs. Et quand on parle d’accompagnement, là, on nous regarde avec des grands yeux étonnés, limite à tendre la main vers le Vidal pour voir la posologie….

            Et si, comme le propose le Dr Léonetti, un débat citoyen devait s’organiser, que les participants lisent d’abord le texte de loi existant. Le grand danger sera toujours que ce sujet est extrêmement impliquant, puisque tous nous aurons, un jour, à franchir le Styx. Et même s’il est réclamé un débat dépassionné loin des médias, il y aura toujours, plus ou moins masquée, une composante active, du monde du vivant qui se défend de l’idée même de la mort.

            Ne perdons pas de vue non plus que sur cette question, nous ne pourrons jamais faire « qu’au mieux » entre le savoir du médecin, notre peur de ces instants terribles et la voix presque inaudible de celui qui part. Mais si on désire légitimement que la fin de vie se passe bien, à quel moment, et comment décide-t-on que la qualité de vie est suffisamment dégradée pour en finir ? ça, c’est moi, patient, qui le dirais au moment voulu, et il y a fort à parier, si l’antalgie a bien marché, que je ne vivrai pas assez vieux pour dire stop.

            Mais le développement des soins palliatifs, en ces temps d’austérité et de coupes franches dans les budgets hospitaliers, ne semblent être la voie qui sera privilégiée.

A lire aussi : link

 

 « On dit qu’on allonge l’espérance de vie, et en fait, on ne fait que prolonger la vieillesse ».             Professeur Choron 

Par PsychAurélien
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Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 10:08

            Petit à petit, retour des vacances.

            Il s’en est passé des choses, la crise, la chute de Khadafi, et bien sûr l’affaire DSK. Dans cette volonté assidue d’éclairer le monde de la puissance de ma pensée, je vais donc m’insurger et faire un commentaire définitif qui devrait faire taire une bonne fois pour toute la presse et la classe politique dans son ensemble.

            Je ne sais pas bien encore ce qui m’indigne le plus : la joie du PS, le retour mi-triomphale du mis en examen alors qu’il ferait mieux de se cacher, les étonnants retournements de veste des médias au point qu’on se croirait dans Saturday Night Fever, les incessants commentaires d’une foule de quidams qui n’ont qu’une vue parcellaire de la situation et donc une conclusion fort approximative, l’immonde déballage que tout cela a provoqué et la consommation avide qui en a été fait, les multiples explications sur la justice américaine et, pire du pire, les allégations les plus infondées sur les dires de Mme DIALO, les à-peu-près, plus ou moins mensongers ou pas, confirmés ou retirés, dont on n’a eu que des bouts, dont on a mélangé les ordres de citation, qui ont été traduits de façon fort diverses, qu’on a remanié, interprétés…

            Je ne suis pas très confiant en les analyses produites sur les dires de la victime. Il y a eu beaucoup de contradictions, ses premières déclarations attestant d’un viol, certifiées par une consultation médicale dans un centre spécialisé. Le médecin qui a reçu la victime est une spécialiste de ce type de consultation. De ce rapport, rien n’en aura été fait. On reproche à la victime la multiplicité de ses déclarations, ce qui, dans un moment traumatique, n’a rien d’étonnant. Au moment de l’agression, l’infraction psychique que représente l’évènement traumatique déclenche des processus de survie. Une seule chose compte : ne pas mourir, comme dans un accident dont on dira, une fois réchappé « Tout s’est passé si vite ». La réalité qui opère à ce moment là déroule ce qu’elle a à faire et la succession des évènements est telle, et si compliquée, si incompréhensible, qu’elle va nécessiter un long travail de retraçage. Tout cela, dans l’instant, la victime n’a pas les moyens psychiques de l’enregistrer, et beaucoup de détails vont manquer au moment de la reconstitution des faits. Par ailleurs, alors que le psychisme est un organe dont la fonction principale est la construction de sens, cette fonction va avoir besoin d’éléments pour s’accomplir par la suite, pour répondre aux questions du type : « Pourquoi moi ? Pourquoi est-ce qu’il m’est arrivé cela ? ». La victime va donc se re-raconter l’histoire, avec les éléments dont elle dispose de sa réalité vécue, mais éléments qui n’auront été que partiellement captés et aussi modifiés, recréés, incomplets. Au final, le témoignage d’une victime n’est jamais que parcellaire. Sans dire qu’il soit faux, car l’agression a belle et bien été vécue comme telle, mais il y a toujours une marge entre ce qui s’est passé, les conséquences que cela a dans la tête de la victime, et ce qu’on peut en relater face à un tribunal. Des expérimentations ont démontrées que, dans un contexte violent comme une agression à main armée, les témoins oculaires n’arrivent à fournir que 30% d’informations réelles, les 70% restants sont produits par l’imagination.

            Malheureusement, c’est dans cet interstice de non-savoir que se loge le coin de la défense de DSK. On ne peut pas dire qu’il n’ait rien fait, mais on ne peut pas dire qu’il ait fait quelque chose. Et comme il vaut mieux laisser courir un coupable que d’emprisonner un innocent, DSK retrouve le sourire.

            La seule question qui vaille, celle qui n’aura jamais de réponse et à laquelle plus personne ne semble s’intéresser est : que s’est-il passé ? C’est de là qu’on pourrait savoir si le présumé agresseur a ou non un sens de la personne humaine, un sens des limites, l’idée de l’autre. C’est cette réponse qui nous permettrait de savoir s’il faut se réjouir de le voir revenir en France, au sein du parti d’opposition. Car ne nous faisons aucune illusion, il ne sera pas exclu de la prochaine campagne présidentielle. Et j’avoue que redonner la parole à quelqu’un dont les frasques sexuelles ont été déballées ainsi dans la presse pour asseoir la course à la présidence, ça me laisse complètement optimiste sur la moralité de la classe politique qui fera les beaux jours de nos enfants…

Par PsychAurélien
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Mercredi 29 juin 2011 3 29 /06 /Juin /2011 14:31

            Vous vous en doutez bien, malgré mon écoute bienveillante, il y a parfois des termes qui me font sortir de ma légendaire torpeur. Dans la série que j’aime tant « Les mots de la psychanalyse aux mains des journalistes », le très sympathique Nicolas DEMORAND, qui n’est pas tout à fait n’importe qui, nous en a sorti une belle dont je vous invite à prendre connaissance ici link.

            Encore une fois, messieurs les journalistes, foutez la paix à la psychanalyse et arrêtez d’utiliser son vocabulaire qui vous échappe et vous dessert dans vos propos. Je m’arrêterai donc sur le terme Sublimation.

            La sublimation est une notion récupérée par Freud pour décrire la transformation de l’énergie psychique, c'est à dire la pulsion. La pulsion se détermine par quatre éléments : la poussée, la source, l’objet, le but. La sublimation est une modification du quatrième élément, à savoir la transposition du but. Quand je dis « récupérée », il faut savoir que la première utilisation de ce terme vient de la science, plus précisément la physique, décrivant le passage direct d'un corps de l'état solide à l'état gazeux. Ce qui est à retenir, c’est le changement d’état de façon directe, sans passer par une étape intermédiaire classiquement connue, l’état liquide. Par exemple, la glace se transforme en eau liquide qui se transforme en vapeur d’eau. En cas de sublimation, l’eau passe directement de l’état de glace à l’état de vapeur.

            D’un point de vue psychanalytique, la sublimation a surtout pour fonction de détourner la pulsion de son but original pour une satisfaction plus acceptable. L’exemple le plus connu est l’implication intellectuelle infantile du jeune qui vient de se confronter à l’impossible du complexe d’Œdipe et qui, face à la menace de la castration, investit son énergie psychique dans les apprentissages scolaires, énergie dont il va avoir bien besoin pour apprendre à lire et à écrire. La comparaison tient toujours avec la Physique : il y a transformation pure et simple de l’énergie sans passer par une phase intermédiaire.

            Reprenons ce que disait Nicolas parlant de Nicolas. L’enjeu de la campagne sera de montrer les changements intervenus sur l’homme Président, et comment celui-ci va tenter de nous convaincre qu’il peut encore faire l’affaire pour les cinq prochaines années. Ce parallèle allant de l’homme à la Nation voulant démontrer que si l’homme a changé, la Nation peut le faire aussi, serait pour le journaliste une tentative de psychologisation du débat. Sans démentir cette hypothèse, ça ne met qu’un nouveau mot sur la question, car la manœuvre semble un peu grossière. Mais l’adage « Plus c’est gros, plus ça passe » résonne encore de la voix de ses prédécesseurs dans les couloirs de l’Elysée. Par contre, il n’y a là rien de sublimé. Il y a juste une tentative de faire croire que le Président s’est amélioré, s’est transformé en quelque chose de mieux. Or ceci n’est pas de la sublimation. L’eau, glace ou vapeur, reste du H²O. La pulsion, quelque soit son but, c’est de la pulsion. La notion de sublimation ne va pas, si on la met du côté du psychique, avec une idée d’amélioration. Est-ce qu’on ne tomberait pas là sous le sens commun du « sublime » ? Peut-être, mais dans ce cas-là, il ne faut pas faire appel à la psychologie. Par contre, on peut ouvrir son dictionnaire et trouver le mot qui convient mieux. Le souci, c’est qu’avec élever, ennoblir, idéaliser, la manœuvre se voit, transcender, ça fait trop mystique, gazéifier, volatiliser, ça fait chimique, et purifier, ça fait peur et ça rappelle le Karcher. En fait, le terme « sublimer » peut-être retenu avec sa définition : transposer en idéalisant. Quelque chose reste assez recevable dans cette définition. Cependant, le terme avance masqué, car autant la communication de la présidence peut tenter de le sublimer (pour nous le faire croire changer en meilleur) qu’elle devrait à tout prix éviter de l’idéaliser, ce qui serait une grosse erreur de marketing, genre vente forcée. Et il faut rester vigilent sur les mots employés par la Presse, le ton, les idées, car c’est avec ce discours à la douceur du miel, dans ces à-peu-près, dans ces « voudrait dire que… » et l’emploi inapproprié du subjonctif (le mode de l’éventualité) que les couleuvres passent le mieux dans nos gosiers.

            De toute façon, les grands enjeux de la présidentielles, on les connaît : dire que l’autre camp fera pire, essayer de détourner ou de récupérer les voix du Front National, faire peur aux gens ou leur promettre monts et merveilles, sachant qu’au final, ce sont les marchés qui nous tiennent sous leur coupe, englués que nous sommes dans un système financier qui nous tient à la merci de son bon vouloir spéculatif. Ce « Il a changé » nous parle davantage d’une compétition du genre Présidence Académie, nous faire briller un homme plus que ses idées, passant d’un choix de leadership plutôt qu’un véritable vote démocratique pour des idées, des projets, un futur. Le candidat est sensé incarner tout ça, mais la présentation nous parle d’abord de la personne, du leader, avant de dériver vers un étrange vocabulaire militaire de rappel des troupes, ordres de batailles, lieutenants du parti, etc… Est-ce bien pour cela que je veux voter ? Nicolas DEMORAND parle aussi, dans la même phrase, de Gauche et d’alternative crédible… Alors là…. Je vous entretiendrai plus tard des dangers du sur-travail et ses risques hallucinatoires….

Par PsychAurélien
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