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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 22:01

Le samedi 29 septembre, au cours de l’émission On n’est pas couché, animé par L. RUQUIER, on assiste à la rencontre entre Sandrine ROUSSEAU et Christine ANGOT, et tout ne se passe pas comme prévu.

https://www.youtube.com/watch?v=ne6DS_h9nwI

 

Loin de cette polémique dont l’intérêt reste encore à démontrer, que pouvons-nous penser maintenant que la pression est un peu retombée ?

On voit que tout le monde s’est enflammé, Twitter, le CSA, ceux qui ont vu, ceux qui savent, ceux qui ont quelque chose à en dire. On voit que ça a beaucoup réagi, surtout aux larmes de S. ROUSSEAU, alors que les propos de C. ANGOT sont qualifiés d’ « agression ». On oublie que le sujet abordé n’est pas des moindres, et s’il avère qu’il faille l’aborder devant les caméras, certaines précautions doivent être prises.

Au final, la violence des propos n’est qu’à l’image de la violence de l’indicible du traumatisme vécu. Car ce qui est en fond, c’est l’indicible pour Angot, et l’inaudible pour Rousseau. Toutes deux donnent leur modalité du message qui ne passe pas. Nous avons, dans les 2 cas, une victime. Qu’elle soit véhémente « C’est comme ça, y’a personne ! des « gens formés à l’écoute », mais qu’est-ce que j’entends ? on est seul, on se débrouille, c’est comme ça. », ou qu’elle soit en larmes : « C’est mon histoire. Je l’ai dit à toutes les directions [EELV], il n’y a personne... il faut bien que les gens entendent le message… », ces deux femmes parlent de leur subjectivité, une dans les cris, l’autre dans les larmes, mais elles nous parlent du traumatisme.

Ces 2 points de vue ne peuvent pas s’entendre, les traumatismes s’entrechoquent mais ne se combinent pas. Personne n’entend l’autre car chacun met en avant SA manière de résoudre l’évènement, de contrer le Réel, intime, qui parle de l’organisation psychique.

Dans la vie de ces femmes, ça n’est pas arrivé au même moment, à la même personne lors du déroulement de leur histoire de vie, une était enfant et l’autre adulte. Il a fallu qu’elles bricolent, chacune avec ce qu’elle était alors, quelque chose pour ne pas se faire anéantir par cette dévastation.

La résolution de ce type de traumatisme est tellement personnelle, il va chercher tellement loin dans les ressources identitaires qu’on ne peut pas se voir contester sa méthode de résolution. Chacun dit « moi pour m’en sortir… », et il devient impossible d’entendre la solution de l’autre.

C’est pour cela que C. Angot n’a pas agressé S. Rousseau., on pourrait dire à meilleur titre qu’il leur était impossible de s’entendre. Et il ne faut pas se laisser tromper par l’absence de larmes de C. Angot : elle ne peut pas pleurer sur ce qu’elle a vécu, c’est impossible pour elle, ce qui n’amoindrie absolument pas sa souffrance. Et S. Rousseau ne peut pas dire autrement que ce qu’elle a déjà dit, et se retrouver inlassablement face au +/- même mur.

 

 

L’inadmissible des larmes de Rousseau face à la colère d’Angot, encore un fois, nous rappelle qu’il ne faut pas se tromper sur les apparences. Télé = montage = présentation arrangée des faits, pas forcément mensongère, mais pas tout à fait authentique. Et c’est pour ça que la doxa va vers S. Rousseau. Ce n’est pas qu’on n’entend pas le point de vue de Rousseau, on l’entend tellement bien qu’on ne l’écoute pas, encore : « Je l’ai dit à tout le monde et c’est impossible qu’on n’entende pas. Et oui, répond Angot, c’est comme ça. »

On est avec deux modes de construction, deux résiliences pourrait-on dire, et aucune des deux n’est en position d’entendre qu’il y a un impossible (le Réel de J. LACAN) soit à entendre, soit à comprendre. Angot conspue les « personnes formées pour accueillir la parole » (c’est une erreur, et je sais de quoi je parle puisque je suis un de ceux-là), alors qu’elle a choisi de livrer sa parole à la foule, par l’intermédiaire des livres, sans qu’il n’y ait d’auditeur, de récepteur de cette parole précisément nommé. Nul ne peut pas dire comment s’appelle celui qui m’entendra, nul ne peut pas dire s’il existe, on ne peut pas dire, il n’y a personne, et n’est-ce pas ce qui semble être le point central de ce qu’elle défend, dans son œuvre et dans cette séquence. Oui, on ne peut pas dire comment s’appelle ce quelqu’un, celui-là même que Lacan appelait l’Autre. Et c’est sur ce point-là que la parole de Rousseau vient ricocher, car elle, justement, peut (encore) nommer son agresseur, peut en dire quelque chose, et justement, cherche des interlocuteurs pour que sa parole soit entendue. On est donc dans deux démarches radicalement opposées, l’une disant « Je suis victime, entendez-moi », et l’autre répondant « Je n’ai jamais voulu me placer en tant que victime ».

Ces deux discours s’entrechoquant, entre une qui vient vendre le récit de sa souffrance, et l’autre qui la bétonne dans une fin de non-recevoir, cette entrevue ne peut pas bien se passer. Ce sont les systèmes défensifs qui se percutent, et en ce cas, nul aménagement n’est possible.

Malheureusement, avec la télé, on se laisse encore toucher, émouvoir par les larmes d’une victime et pas par la froideur d’une autre victime, et c’est celle qui pleure qui emporte l’assentiment du plus grand nombre, comme le montre l’émoi instantané de Twitter. Et même ce commentaire ne se fait qu’à partir de ce qu’on a bien voulu nous montrer d’une réalité partielle.

Enfin, il existe des gens qui savent écouter, dont c’est le métier et la formation, et qui en ont fait leur quotidien, et qui savent le faire. Formé pour accueillir la parole.

 

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