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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 07:04

L’établissement se dote d’un outil informatique : un logiciel pour les usagers et un parc informatique, car on s’est rendu compte à temps que les deux allaient ensemble (vous ne me croiriez pas si je vous disais qu’on n’a pas pensé aux prises électriques pour brancher tout ça).

Nous attendons beaucoup de ce programme, des choses assez simples, comme l’info qui ne se perdrait pas en route, le fait que les personnes concernées soient informées des sujets qui les concernent, une seule version éditée par la personne qui est au courant, et non par quelqu’un qui a entendu dire qu’il se pourrait bien que...

Fini les « Ben oui, mais j’étais pas là », ou les « quelqu’un a pris le cahier pour marquer ? Non ? », les « Je ne sais pas, je n’ai pas lu son dossier (j’avais pas la clé du placard à dossier)». Fini les « Je ne sais plus qui est venu me donner un document tout à l’heure, mais je ne sais plus où il l’a posé… ». Fini les « Il paraitrait que… si ça se trouve, ça se pourrait bien… Moi j’en sais rien mais d’après ce qu’on m’a dit… Quelqu’un est au courant ???»

 

Bref, il y a une illusion qui tient dans le fait que cet outil va nous aider à travailler, nous rendre plus efficace, nous faire gagner du temps.

Qu’en sera-t-il vraiment ? Gain de temps, certes, compilation d’informations, certes, si on est capable de se discipliner et de revoir le format et le contenu des réunions, et de savoir dire STOP quand on nous servira des informations déjà lisibles sur le programme.

Nous aider à travailler, peut-être, mais le programme n’écrira pas à notre place. A en lire les écrits déjà existants, le programme ne nous proposera pas une organisation de notre pensée permettant de produire des écrits corrects. Savoir quels éléments rapporter, savoir les organiser et trier leur pertinence, les exposer de façon claire et concise, le programme ne nous permettre pas ça. Avant de savoir écrire à l’ordinateur, il conviendrait de savoir écrire tout court, utiliser les termes techniques à bon escient, savoir parler du jeune et non de nos difficultés professionnelles rencontrées avec lui, exposer les problématiques et non laisser transparaitre quelque chose qui, au final, a des relents de jugement.

Et si nous gagnons seulement en efficacité, en limitant les pertes de temps en vaines réunions aux discussions stériles (« Ah oui, c’est un souci… Bon, on va voir ce qu’on peut faire… »), demandons-nous ce que nous allons faire de ce temps gagné ? Allons-nous ENFIN avoir des discussions cliniques, se poser et réfléchir sur le cas d’un jeune (et éviter que ça ne se termine en « Oui mais bon, pour les professionnels, c’est pas facile… »). Allons-nous pouvoir un peu élaborer quelque chose autour de qui ils sont, de leur mode de pensée, qu’on appelle ça psychose ou déficience intellectuelle. Allons-nous pouvoir prendre le temps de comprendre qu’avec les capacités intellectuelles dont ils sont dotés, NON, ils NE peuvent PAS être dans la recherche de la provocation ! Est-ce que cet outil nous donnera le temps de les regarder davantage que nous les regardons, que nous nous regardons ?

 

Il faut prendre garde à ce que le dossier de l’usager ne devienne pas l’objet de notre attention, de nos soins. Certes, l’enfant est caché dedans, mais ce n’est pas l’objet de la rencontre, ce n’est pas cela que nous avons en charge. Nous avons tellement tardé à nous mettre à l’informatique, il semble y avoir une telle espérance qu’on peut s’attendre à un phénomène amplifié d’investissement. Le programme n’est qu’un outil, et il doit, à terme, nous aider à être plus proche du jeune, en nous allégeant de toute la lourdeur bureaucratique.

Avant que la machine ne fasse à notre place, il serait peut-être bien que nous sachions, nous, faire les choses, sinon la machine nous suivra et nous appuiera dans nos erreurs. Car non, sans effort, la machine ne nous aidera pas à être meilleurs. Encore faudrait-il que nous progressions sur notre mission, que nous soyons un peu plus clairs sur nos valeurs, que nous arrêtions de confondre objectifs et moyens, leur difficultés et nos plaintes.

 

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