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2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 21:34

L'air du temps fait de plus en plus de place à ce que nous appelons "la société inclusive", c'est qui va inclure la personne porteuse de handicap en son sein. Penser que la société va s’adapter et donner aux plus démunis d’entre nous une place équivalente à chaque citoyen.

Une société égalitaire en droit, sans aucun doute, mais on en restera là. Il ne faut pas rêver d’égalité pour des personnes foncièrement différentes de nous, au moment où on se bat de tous cotés pour assurer une égalité entre hommes et femme, égalité encore une fois limitée au cadre juridique.

Bien sûr, on aimerait croire que tous nos frères humains pourraient trouver une place de semblable, un respect des différences, qu’on pourrait être assez fort pour accueillir sans l’ombre d’une appréhension des handicapés physiques ou sensoriels, oui c’est possible, ou déficients intellectuels, c’est un peu plus compliqué, ou handicapés mentaux, ouhla, ça se complique, ou handicapés psychiques, psychiatriques, non mais là faut quand même pas….

Non, il ne faut pas trop rêver. Il y a une capacité (sans doute propre à chacun) à côtoyer la différence, et il est illusoire de croire qu’on peut faire fi de cette différence. Tout, en nous, humains, est fait pour repérer cette différence. Il y en allait de notre survie dans les temps anciens, et nous en avons gardés des traces malgré nos progrès.  Et de belles traces même de nos jours.

Mais beaucoup de choses parlent de ça, de l’inclusion, de la place à faire au monde du handicap au sein de notre société. Alors bien sûr, je ne dis pas qu’il faille les parquer et les tenir à l’écart, mais je dis qu’il faut être prudent avec les utopies, car ce n’est pas nous, dans le confort de nos constructions rationnelles, qui pâtiront des échecs des politiques publiques qui impactent si profondément des vies.

Ce qui me semble alarmant, c’est la disparition lente mais sure de la place de la clinique, de l’observation et de l’analyse, avec comme question centrale : mais qu’est-ce que ça veut dire pour lui ?

Actuellement, les regards se tournent beaucoup vers les grilles d’observation, la psychométrie, les évaluations. Ce n’est pas un souci en soi, mais il y a un sourd danger qui se profile.

Tout ceci parle de compétences, d’aptitudes, de savoir-faire, mais au fond, ça ne parle pas de la personne. Et cette personne, qu'elle est-elle, quand elle n'est pas capable de répondre à ces questionnaires? Quand les grilles ne trouvent pas la case à cocher? Quand, face à elle, on ne peut que de façon très lointaine, imaginer ce qu'elle imagine, et ne pouvoir partager ainsi aucune communauté de pensée ? Cette différence effrayante, où l'autre reste dans un indiscible inconnu, avec un rapport au langage qui n'a rien à voir avec le notre (avec des néologismes ou des logatomes), un rapport au corps non structuré par le langage (où on ne fait que sentir sans savoir ni ce que c'est ni d'où ça vient), la différence de la pédopsychiatrie ou de la déficience intellectuelle profonde, on ne peut pas l'inclure, on ne peut pas la rapprocher de nous. On peut croire que c'est faisable, ou on peut établir des évaluations qui ne parlent pas de cette différence. On côte des compétences qui leur seraient nécessaires pour davantage d'autonomie, c'est à dire nous ressembler.

Et je pense qu’il y a un grand péril à détourner le regard de la maladie mentale, de la spécificité en dehors des normes de ces gens, car, si nous les effaçons de nos paysages et de nos cadres de pensée, eux ne s’effacent pas de la surface du monde. Et un jour nous redécouvrirons avec surprise qu’ils sont là, que la psychose n’a pas plié à nos évaluations, et que leurs capacités cognitives n’ont pas suivi les indications comportementales qu’on leur prodiguait.

Et encore une fois, cette question : de quoi aurions-nous besoin pour nous approcher de ce qu’ils veulent, puisqu’il est admis que nous-même, nous avons tant de mal à savoir ce que nous voulons, et qu'eux ne pourront pas le dire.

 

Et que se passera-t-il quand nous découvrirons que ce que la personne handicapée veut, ce n'est pas du tout ce que nous nous sommes échinés à penser, réfléchir concevoir pour elle, sans lui avoir au préalable demander son avis.

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commentaires

Bernard PRADINES 03/09/2018 10:17

Pas interdit peut-être de conjuguer nos efforts bénévoles.

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