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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 08:01

Le confinement nous a montré qu’autre chose était possible. Pas longtemps, bien sûr, mais autre chose.

On s’est rendu compte qu’on pouvait rester chez soi et qu’il y avait des choses à faire.

Qu’est-ce qu’il se passe quand on peut sortir des rails du métro-boulot-dodo ?

Et nouveau contexte, nouveau paysage psychique, nouveau ressenti. Au départ, le plus surprenant, ce fut la culpabilité. Rester chez soi et être toujours payé. Comme disait le philosophe : « Les gens veulent du travail, du travail… De l’argent leur suffirait… »

Être chez soi et être payé pour y rester. Et on a vu beaucoup d’activisme, comme réaction anti-dépressive. Faire des trucs, faire des trucs, car rester tranquillement face à soi, c’est parfois trop dur. On pense, on réfléchit, on gamberge, on s’angoisse, on pète un plomb. Etrange, cette incapacité qu’on aurait à rester avec nous-mêmes. Tiens, on se demandait ce qu’il fallait apprendre aux enfants dans les programmes scolaires, en voilà une idée...

Et puis il y eu la griserie de pouvoir faire ce qu’on veut. Avoir du temps libre. Libre de tout, libre de contraintes, libre d’empressement. Liberté de « ça va, on a la journée pour le faire ». De bon matin, se rendre compte qu’il est déjà bientôt midi… Bien sûr, il y a le télétravail, mais il n’y a plus le transport, la préparation vestimentaire, le maquillage, l’importance de l’apparence, le rappel des clients un peu plus tard, ne pas oublier de, tout ce qui tourne autour du travail sans en être, et qui prend tant de notre temps, et qui à cette occasion, nous était rendu.

On s’est rendu-compte que faire du shopping n’était pas indispensable. Courir les magasins, guetter les promotions, acheter, acheter, acheter, remplir ses armoires de tout un tas de merdes inutiles, qu’on a redécouvert en faisant du tri (Tiens, je m’étais acheté ça ? Je l’ai jamais mis… Et bien ça ne me va plus maintenant), la pub à la télé s’est restreinte, à tel point que certaines chaines remerciaient les marques qui maintenaient leurs créneaux publicitaires. Ou au contraire, être quelque peu libéré de cette stigmatisation quand on ne peut pas être dans cette consommation. Le CoVid a enrayé la société de consommation. Avez-vous remarqué que les appels téléphoniques de téléprospection ont cessé ? On arrête de nous demander des trucs, de nous proposer, de nous solliciter, de vouloir nous faire participer à des offres incroyables, de nous dire « Allez, encore un petit sousou… encore une toute petite dépense… ». Arrêter de dépenser. Arrêter de dépenser l'argent, fruit de notre travail. Arrêter de nous dépenser. Dé-penser.

 

Et puis, le calme. Moins d’agitation, moins de bruit. Entendre les oiseaux, au cœur des villes. Entendre du silence. Quel politicien osera mettre dans son programme un jour Covid par mois ? Pas un jour de congé supplémentaire, mais un jour où on arrête tout, où personne ne sort, ni voiture, ni camion, ni avion, un jour où on ne fait plus de bruit, un jour où on ferait la sieste.

 

Notre temps nous était rendu. Ce fut là une occasion incroyable d’être rendu à soi-même, à ce qu’on voulait faire. Une occasion d’être à notre rythme, de mettre sur pause un monde qui, pour tourner, ne fait que nous demander.

Alors qu’on parle du réchauffement climatique, de la pollution, de l’épuisement des ressources, de la nécessité absolue de changer de modèle de vie, de consommer mieux, de trier, d’éviter le gaspillage, nous venons de vivre un exemple extraordinaire de ce qu’il se passe quand on ne peut plus consommer. Mais notre monde n’est pas prêt à ça. La production chinoise, la consommation européenne et américaine, notre monde n’est pas prêt à ce que ça change. De quoi entendons-nous parler en ce moment ? De la reprise. Il faut que ça reparte, il faut que ça revienne comme avant. Certes, l’économie st nécessaire, mais comme avant ? C’est sûr ?

 

On est tous à rêver d’un jour nouveau. Et on a vu à quoi ça pouvait ressembler. Moins de bruit, moins d’agitation, moins d’avions dans le ciel, entendre à nouveau le chant des oiseaux… Maos au final, on n’a pas retiré Amazon de nos portables, on a couru dans les magasins dès le premier lundi. Et on attend impatiemment la réouverture des restaurants…

 

Le monde st tel que nous le faisons. Il est à notre image. Et nous n’avons pas changé en deux mois.

Par contre, nous avons pris un plaisir certain à rêver à cet autre possible, et rêver, c’est peut-être tout ce qui nous suffit.

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