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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 10:43

Aujourd’hui, 2 avril 2021, journée de l’autisme.

Gros plan sur les associations, les familles, leur vécu, leur parcours, leurs douleurs. Longue diatribe sur les méfaits de la psychanalyse.

Et on ressort le manuel des bonnes pratiques de l’ANSEM, la condamnation de la psychanalyse comme thérapeutique de l’autisme, la préférence argumentée pour les TCC. Il n’est pas question ici d’apporter de l’eau au moulin d’un des deux camps, il est surtout question de ne pas rajouter de la souffrance à la souffrance. Il n’est pas question de rappeler que l’argumentaire scientifique de l’ANESM et de l’AHS de 2012, au sujet des approches psychanalytiques, précise que : « L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques ».

La psychanalyse n'est pas un chant des sirènes, elle ne cherche pas à provoquer notre mort, la mort de la mère, de son enfant ou de la parentalité. Avec ce qu'on sait aujourd'hui, les spécificités neuronales, l’incapacité fonctionnelles à la communication des autistes, on peut se figurer que la psychanalyse ne soit pas indiquée dans le traitement même de l'autisme. Mais écouter, comprendre et traiter sont des choses différentes. Et il ne faut pas condamner une discipline par qu’elle est, au final, mal employée. Les exemples d’interprétations violentes fourmillent, les pratiques jugées de nos jours abusives, inappropriées, les familles en ont toutes vécu. Les séjours de rupture, la condamnation des mères, le milieu familial toxique, le désir maternel de mort in-utero, bien des choses épouvantables ont été dites. En travaillant avec des familles de personnes autistes, très vite dans la discussion reviennent ces histoires violentes, la double peine d’avoir un enfant si différent, parfois si incompréhensible, et le regard, le terrible regard de l’autre, qui n’y comprend pas davantage, mais pour qui la seule explication réside dans la faute parentale. Et bien sûr, comme aucun de ces enfants autistes n’a de père, ça ne peut être que de la faute de la mère ( c’est de l’ironie !).

La psychanalyse est un outil théorique d’explication plutôt extraordinaire, mais si c’est pour l’utiliser ainsi, pour expliquer aux gens pourquoi ils sont responsables de l’autisme de leur enfant, et bien non, il ne faut pas faire ça. Parce que ça ne sert à rien, ni personne, parce que ça fait mal. C’est inutile.

Et il n'est pas scandaleux que la psychanalyse soit enseignée à la fac, quoiqu’en pensent certains présidents d’association d’information et de services sur l’autisme, pour ce qu'elle apporte d'un autre éclairage, de ramener à la personne elle-même, de permettre l'écoute, de laisser voir le quelqu’un qui existe derrière la personne autiste. Peut-être aussi parce que les gens qui vont à l’Université et entendent parler de la psychanalyse n’auront pas à accompagner QUE des autistes et leurs parents, et que cet enseignement leur sera précieux.

Par contre, il est scandaleux de voir cette même psychanalyse exercée par des professionnels de façon approximative, friands du jeu de mots qu’ils font passer pour de l’interprétation. La psychanalyse et plus précisément l'interprétation psychanalytique ne doit pas être asséné à un public qui n'est pas venu là pour entendre ça. La culpabilisation par quelque moyen que ce soit ne sera d’aucune utilité. Encore une fois, il faut tenir aux gens un discours qui va dans leur sens, qu’ils sont capables de recevoir, de s’approprier, quelque chose qui les aide. Quelle mère peut trouver de l’aide dans « Vous avez un désir de mort pour votre enfant » ? La psychanalyse ne devrait pas venir en rajouter une couche. Au contraire, elle devrait investiguer et expliquer les mécanismes en jeu, et venir pacifier ce qu’il y a de chaotique dans ce que vivent les parents, et laisser tout professionnel fort humble dans cet accompagnement.

Et on peut effectivement porter un regard critique sur une pratique qui, au final, ne servira personne, sinon le narcissisme de son auteur. Et ce n’est pas cela qu’il faut pour les autistes et leur famille. Ces témoignages portent heureusement la marque du passé, un autrefois qu’on espère ne plus rencontrer, mais ce n’est pas le cas de toutes les expériences qui m’ont été décrites. Encore de nos jours, de petits rois de service pédopsy font les malins en jonglant de façon malhabile avec deux ou trois concepts piochés sur un 4ème de couverture d’un livre qu’ils n’ont pas lu.

Il ne faut pas condamner la psychanalyse parce qu’elle est utilisée à mauvais escient, et qu’elle reste fondamentalement crédible dans sa spécificité théorique. Il faut garder en tête que ses fondateurs ne pouvaient prédire les autres lumières scientifiques qui se mettraient à briller des décennies après eux, et qu’il faut se mettre à la page. Il y a 50 ans, quelles autres explications avions-nous ? Avant la neuro-imagerie, avant les neurosciences ? Et si on regarde de l’autre direction, quel regard porterons-nous sur nos pratiques actuelles, psychothérapie ou TCC, dans 50 ans, quand nous verrons qu’il n’est pas possible d’apprendre aux gens à être, qu’une succession d’apprentissages comportementaux ne fabriquent pas des individus, et que l’apprentissage des habiletés sociales n’est qu’un leurre pour qu’ils aient leur place auprès de nous. Les ramener à la norme, ça veut dire les ramener à notre norme. Dans 50 ans peut-être, ce ne sont pas les TSA qui auront trouvé leur place auprès de nous, mais nous qui auront trouvé comment faire avec eux. Dans 50 ans, nous aurons probablement avancé sur le fonctionnement du cerveau et ses spécificités, et approché la structure de représentation du monde qu’ils ont. Pas de psychanalyse dans le traitement de l’autisme, mais dans 50 ans, peut-être aurons-nous compris la nature de LEUR lien S1 -> S2, leur articulation au langage, et la façon dont ça impacte leurs capacités sociales. On peut aussi rêver à une nosographie plus détaillée, des catégories dans le spectre. Car de quoi parle-t-on quand on parle d’autisme, de TSA ? De Bill GATES ou Kim PEEK à un des jeunes de mon établissement, comment considérer qu’il n’y ait qu’un spectre quand on voit tant de différence ?

Il ne faut pas jeter la psychanalyse (pas plus que les sciences cognitives) parce que ce ne sont pas les TCC qui vont faire de la place à la parole, parole qui va dire la souffrance. Même si les parents ne veulent que des solutions pour leur enfants, il y a aussi des parents qui veulent, qui ont besoin de pouvoir dire leur peine, leur mal. Et aussi un espace pour que leur enfant parle et soit entendu. Car les autistes parlent, et ils apprécient quand des personnes prennent la peine ou le soin de les écouter. Or, les TCC posent la question au comportement de la personne, mais pas à la personne elle-même. Autiste, où suis-je, moi, dans ces apprentissages ? Où est-ce que je suis quelqu’un dans cet apprentissage méticuleux de règles pour tous ? C’est une question d’une dimension humaine qu’il ne faut surtout pas recouvrir par un ensemble de savoir-faire pour tous.

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