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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 10:21

            Voilà, la rédaction du mémoire est finie.

C’est un drôle de moment, parce qu’au fil des lectures, de la réflexion, on doit bien admettre que la pensée a bougé.

Vue de l’extérieur, les avis divergent. Quand je fais part de mes découvertes intellectuelles, il y a deux camps : les « Ben oui, tu savais pas ? » et les « Oui, on dit ça mais c’est n’importe quoi… ». Donc, à peu près, il y a ceux qui disent que je n’ai rien trouvé d’extraordinaire, et il y a ceux qui disent que je n’ai rien trouvé du tout.

Et finalement, c’est pas faux.

Je n’ai rien trouvé de fondamental, en expliquant que le sujet, malgré toute la base psychanalytique qu’on lui donne, est également régi par des processus cognitifs.

La place du sujet, c’est aussi entendre ce qu’il dit de sa place à lui, et non pas de celle qu’on lui suppose lorsqu’on l’entend. Et cette place, c’est aussi celle de ses processus mentaux à lui, et non ceux qu’on lui suppose en les pensant au travers des nôtres. Ce qui me fait penser qu’au contact de la déficience ou du handicap mental, on interprète en permanence. On redit, en nos mots et compréhension de névrosés, ce que la personne vient de dire ou agir. Là-dessus, on rajoute « pulsion, toute-puissance, indifférenciation … ». Mais qu’en est-il de la pensée, telle que pensée par son penseur ? Et d’ailleurs, comment faire pour penser avec des processus mentaux qui ne sont pas les nôtres ?

Pour la personne qui a un trouble du langage, mais je parle d’un trouble costaud, genre mauvais développement de l’aire de Wernicke qui analyse le langage, comment peut-on s’appuyer sur un discours, quand le champ du discours n’est pas clair ? Pour exemple, essayez de suivre une conférence technique sur un sujet inconnu, ou lisez Les Ecrits de J. Lacan, et vous verrez. Vous verrez que globalement, la teneur générale du propos, vous l’aurez à peu près. Mais dans le détail, ça échouera. Et on entend les rouages mentaux qui grincent, car on ne sait qu’en penser, ça ne s’articule pas. Il est vraisemblable que des personnes qui ne soient pas dans un rapport classique au langage aient cette sensation désagréable qui nous est, la plupart du temps, inconnue. Ou très bien peuvent-elles ne pas l’avoir, utilisant autre chose qui nous serait, de fait, inconnue. Une autre pensée se forme, moins verbale, car l’essentiel du verbal échappe. Comment pense-t-on, quand la pensée n’est pas verbalisable ?

Je n’ai rien trouvé d’extraordinaire en essayant d’articuler les deux champs théoriques : psychodynamique et cognitif. On peut travailler avec les deux. Sur certains points, ils se complètent et sur d’autres, ils ne parlent pas de la même chose. On peut écouter l’autre tout en pensant que cette parole est issue de processus mentaux, et qu’elle reste porteuse de sens pour son locuteur.

Je n’ai rien trouvé de formidable en limitant la dimension interprétative de toute observation. Bien sûr, l’enfant peut dire et faire, et ce dire et faire a un sens à la lumière de la théorie freudienne. Mais cette théorie n’est qu’une source d’éclairage. Autre théorie, autre lumière. Avec un peu de chance, plusieurs faisceaux croisés peuvent même réduire les zones d’ombres. Le sens de se dire est faire peut peut-être être interrogé si on se penche sur les capacités de la personne.

Une chose est sûre, hormis les impôts et la mort : pas de cerveau, pas de psychisme. Un autre truc est sûr : pas de cerveau sans psychisme. Autrement dit, il ne peut rien avoir de psychodynamique sans un substrat anatomique qui le permette. Et ce substrat neurologique ne peut se mettre en place passivement, c'est à dire sans émettre des actions, des réponses, des interactions avec l’environnement, des comportements, somme qu’on appellera  individualité, être quelqu’un.

            Alors oui, les enfants avec qui je travaille, je les regarde autrement maintenant. Car regarder et comprendre sont très liés. Selon ce que je regarde, j’en comprends différemment. Et l’autre devant moi est différent à mes yeux. Et quand je parle avec un jeune psychotique, tout ne vient pas que de la forclusion du nom du Père. Il y a aussi des troubles sémantiques et peu importe de savoir si l’un a initié l’autre.  Il me parle de et avec sa capacité cognitive à être en son lieu psychique. Et c’est cette double dimension qu’il faut entendre.

            Alors oui, c’est un peu chaud, mais je suis là pour ça…..

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