Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 00:12

Vient de tomber le verdict dans l'affaire des « tournantes de Fontenay-sous-bois ». Sur les quatorze mis en examen, dix ont été acquittés, trois écopent de peine avec sursis et un seul prend de la prison ferme.

 

Et déjà, tout le monde parle d'un échec, d'un naufrage judiciaire, treize ans après les faits. Qu'a-t-il bien pu se passer ? Qu'attendions-nous avec tant d'espoir pour être à se point déçus ? Espérions-nous une condamnation exemplaire ? Une Happy end, où les méchants sont châties et les victimes reconnues dans leur bon droit ?

Rien de tout cela n'est advenu.

 

Pourtant, il y a eut une instruction, un jugement, un long délibéré, tout ça pour un verdict des plus surprenant. Difficile de dire ce qu'il s'est échangé dans le tribunal à huis clos. Difficile de dire pourquoi tous les mis en examen ont reconnu les faits puis sont revenus sur leur déclaration.

 

Toujours est-il qu'il semblerait que la justice n'ait pas fonctionné. L'un des principes d'un jugement, c'est la reconnaissance des torts subis par la victime, la reconnaissance de son statut de victime, le fait que la Société, par la bouche du juge, dise « on reconnaît le tort qui te fut fait . Et pour avoir porté ce tort contre toi, l'auteur va en être puni. ». C'est de ces mots là que la victime peut reconstruire ce que l'agression a écrasé, reprendre place dans l'ordre du monde. Un agression violente, un viol, en réunion à fortiori, provoque une telle dévastation psychique que la personne ne peut y mettre un sens. C'est au delà de ce que l'on peut admettre, de ce qu'on peut s'imaginer. C'est de l'impensable. Et cet impensable là, psychiquement, tue.

La Justice, et c'est pourquoi il est parfois préférable qu'elle prenne son temps, fournit l'amorce de sens nécessaire à la reprise du dialogue psychique. Quand elle dit : «  Nous te croyons », ça ressoude les fragments brisés par l'acte, cet acte qui a nié l'humanité, qui a transformé en chose, qui a dévitalisé. Quand la Justice fait bien son travail, les choses rentrent dans l'ordre, les victimes reconnues rentrent chez elles et les coupables en prison. Normalement.

Mais dans cette affaire, ce n'est pas ce qui s'est passé, et cette reconstruction n'est pas ce qui adviendra.

 

Treize ans après les faits, que peut-on encore comprendre ? Comment comprendre qu'un viol en réunion est puni de 20 ans de réclusion et qu'il n'en a été demandé que sept ? Pourquoi fut-il demandé si peu ?

 

Comment comprendre que les victimes aient mis des années à porter plainte, violées à de multiples reprises, menacées, terrorisées dans leur quartier. Comment faire comprendre que de garder le silence est le dernier rempart pour se convaincre encore que ces faits n'ont jamais eu lieu, et que tout ça va s'arrêter ? Comment expliquer qu'il faut avoir le temps nécessaire pour trouver le courage de le dire, en l'absence de preuves matérielles, de constats médicaux, de traces ADN . Rien de définitif ou de confondant. Cela aurait été trop facile sinon.

 

La société actuelle n'est pas le terreau favorable à la germination de la culpabilité. Car il est à craindre que des violeurs, immunisés par le phénomène de groupe, se présentant devant une justice qui a bien réajusté le bandeau qu'elle porte sur les yeux, face à des victimes démunies, ces violeurs n'entendront jamais la gravité de leur acte et la portée de leur action. Alors, pourquoi se priver de recommencer ? Quel exemple donner à la génération suivante qui aura les mêmes pratiques ?

 

Le pire serait d'en arriver à la question : De quoi le juge a-t-il eu peur ? La cité est dite sensible, et il ne tarde pas à s'entendre que ce jugement à minima fut produit pour ne pas rallumer la poudrière. Il existe donc des lieux où des crimes peuvent être perpétrer dans l'impunité. Et si on ne punit pas pour un crime sexuelle, quel sera l'échelon suivant ? Quel autre tabou viendra protéger les criminels ?

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Psychologie quotidienne d'Aurélien LEGRAND
  • Psychologie quotidienne d'Aurélien LEGRAND
  • : Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
  • Contact

Recherche

Pages