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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 22:07

EUTHANASIE

 

Encore une fois, le débat sur l’euthanasie reprend.

Malgré la difficulté du sujet, ce sont toujours les mêmes propos, les mêmes arguments.

Il ne faut pas précipiter la mort des gens, il ne faut pas s’acharner, il ne faut pas ouvrir la porte aux abus possibles, il ne faut pas laisser agoniser pendant des mois, il ne faut pas souffrir…

Ou bien, il faut respecter la parole des gens, il faut appliquer la Loi Léonetti, chacun a le droit de choisir sa mort, il faut légiférer, il faut traiter au cas par cas…

En fin de compte, le rapport Sicard apporte quelques éléments, comme le manque de formation ou d’information, mais au final, les questions essentielles restent à débattre.

 

Pourquoi vouloir abréger les souffrances de quelqu’un, si on peut réduire la souffrance ? Encore une fois, lorsque des patients demandent à en finir, il est bon de rappeler qu’en finir avec la douleur ne veut pas dire en finir avec la vie. Les services de soins palliatifs regorgent d’histoires de vie qui se finissent mieux que prévu, dans une douleur apaisée, ou un décès à la maison comme l’a toujours souhaité le patient, au milieu de sa famille. Les soins palliatifs offrent l’opportunité de derniers moments de qualité, ces derniers instants qui resteront dans les souvenirs de la famille.

En 2011, le rapport Aubry sur l’état des lieux sur le développement des soins palliatifs en France faisait état de 105 unités d’hospitalisation avec 4800 lits. Malgré la forte augmentation de ces chiffres, il est encore une question de moyens qui posent cruellement problème, car les équipes sont lourdement équipées (médecinS, psychiatre, psychologue, plus tout ce qui est paramédical, infirmière, kiné, psychomotricien, et à part de ce décompte, les bénévoles…). C’est une nécessité pour la prise en charge du patient, mais également pour les conditions de travail de l’équipe qui, dans son côtoiement quotidien de la mort, doit pouvoir se prémunir au maximum de toute surcharge psychologique dû à un surcroit de travail. Dans une unité de soins palliatifs, une sonnette à laquelle on tarde à répondre peut être fatale, au sens premier du terme. Cela nécessite du personnel, et du personnel formé spécifiquement. Car il est nécessaire de rappeler que la terminologie complète de ce service est « Soins Palliatifs et Accompagnement », ce dernier terme étant oublié dans la plupart des cas. Quand la médecine ne répond plus, ou trop mal, quand le curatif a perdu la bataille, on passe au palliatif et on accompagne le patient. On écoute ce qu’il a à dire, on accompagne sa fin de vie, on prend acte de ses dernières volontés et on fait le nécessaire pour lui permettre d’y accéder.

A cela s’oppose bien sûr les arguments de ceux qui ne veulent pas en arriver là, ou ceux qui ont vécu des choses trop dures, au point de vouloir en préserver les autres. Là, interrogations questions : ces questions doivent-elles être débattues pas des personnes impliquées ou ayant vécues des expériences de fin de vie ? Ou au contraire, par des personnes extérieures à l’émotion que ces questions suscitent ? On n’y voit pas clair avec les yeux plein de larmes, mais en même temps, de quoi parle-t-on si on n’a jamais arpenté les couloirs des hôpitaux ? Et ces questions que nous posons maintenant, alors que nous sommes en pleine santé et dans la pleine possession de nos moyens intellectuels, quelles réponses pourrons-nous y donner quand le temps aura fait son œuvre, et que, sur le quai des grands départs, il faudra décider pour la dernière fois. On appelle au respect de notre parole, mais quelle sera-t-elle à ce moment-là ? Malgré tout, en l’absence d’une autre alternative, il n’est pas possible de décider véritablement d’en finir avec l’existence.  

Au-delà de ces questions de législation ou de bonne mort, le débat n’en finira pas d’être posé. S’interroger sur sa mort, c’est s’interroger sur sa vie. Vouloir donner du sens à sa mort, en la choisissant par exemple, c’est tenter de mettre un point final à son histoire de vie, et y donner un sens définitif.  Il s’agit donc d’une question existentielle, propre et personnelle, à laquelle aucune loi ne pourra répondre. Quel que soit le point de vue envisagé, c’est toujours à la question de notre propre mort que nous tentons de répondre, avec la quête inavouée de l’évitement de la douleur.

C’est pour cela qu’il réside un écueil dans la résolution de cette question fondamentale. Cette société masque par tous les moyens le cours naturel des choses, avec ces produits de beauté qui effacent les effets du temps, ce culte de la mode et du corps jeune, cette performance quasi illimitée à portée de tout équipement électronique. Tout dit en notre Occident qu’il n’y a rien à craindre et que ça va durer longtemps. On parle de la fin de vie, rapide et sans douleur, comme d’un régime amincissant. Or, la vie, la biologie, ne répond pas à ces critères-là. Le terme d’euthanasie est douteux lui aussi, car comment parler de « bonne mort » quand tout ce qu’on cherche est à rester en vie ?

Oui, il y a encore des débats à faire et des paroles à échanger. Oui, il y a des médecins à former sur la fin de la toute-puissance de leur art. Oui, il y a une prise en compte de la parole du patient à repenser à nouveau mais surtout, il y a de grandes questions individuelles à aborder, et qui plus est dans une dimension sociétale, d’où l’ampleur du problème.

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commentaires

Aurélien LEGRAND 13/02/2013 17:03

Bien, j'irai.

Paul Pierra 13/02/2013 16:14

Notre fils Hervé Pierra est resté plongé dans un coma végétatif chronique irréversible pendant 8 ans 1/2. Il est décédé après application de la loi Léonetti sans sédation en 6 jours
cauchemardesques. En visitant le blog des parents d'Hervé Pierra, vous comprendrez pourquoi nous sommes pour une aide active à mourir dans certains cas.

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