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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 20:25

Je voudrais revenir sur un point particulier de mon enseignement.

Une des forces de la psychologie est sa communauté pour tous, phénomène qui permet à chacun de s’y retrouver ou de se sentir concerné et, de près ou de loin, d’y comprendre plus ou moins quelque chose.

C’est aussi par ce phénomène que la psychologie s’est insinuée dans le vocabulaire commun et qu’on trouve à tout bout de phrase des expressions techniques qui perdent leur sens et ne veulent plus rien dire, ni du point de vue psychologique, ni autrement d’ailleurs.

Aujourd’hui, nous nous arrêterons sur le terme « déni ».

Souvent, au cours des formations sur l’accueil de l’enfant handicapé que j’anime, il est question de la position des parents dont l’enfant adopte un comportement qui laisse à penser que le pédiatre va bientôt leur annoncer une fâcheuse nouvelle.

Le personnel d’accueil périscolaire peine avec cet enfant, souffre, ne sait pas quoi faire ou comment s’y prendre, mais lorsqu’il est question d’interpeller les parents pour leur faire part de la situation, ceux-ci se dérobent, esquivent, n’ont pas le temps, ne voient pas où est le problème. Et là, et j’y ai droit à tous les coups, on me sert un somptueux : « Ces gens sont dans le déni !! ».

Donc, si vous le voulez bien, nous allons regarder ça de plus près.

Le déni : qu’est-ce que c’est ? Tout d’abord, de quoi parle-t-on ?

Dans les différentes définitions qu’on peut trouver, notamment dans le dictionnaire de psychanalyse d’E. Roudinesco, le déni est « l’action de refuser la réalité d’une perception vécue comme dangereuse ou douloureuse pour le Moi ». Autrement dit, le psychisme s’arrange pour ne pas reconnaitre ce qu’il perçoit, pour ne pas lui donner un sens qui mettrait en danger son équilibre. Et c’est là que la définition plus complète fait aussi appelle à une autre donnée importante : il ne faut jamais oublier que cette action fait partie des mécanismes de défense du Moi. On ne dénie jamais par plaisir ou par intérêt : on dénie parce que sinon, c’est l’angoisse qui survient.

Pour une définition plus large, je renverrai à cette page :

http://www.psyblogs.net/psychologie/clinique.php?post/Le-Deni link

 

Le déni : pourquoi ? Essentiellement pour se protéger psychiquement. Que croit-on : que les parents sont aveugles ? Qu’ils n’ont pas perçu que leur enfant avait un comportement vraiment troublant, des fixations étranges, qu’il ne participait pas aux activités par rébellion ou parce qu’il avait suffisamment compris la vanité de l’existence pour ne pas perdre son temps à jouer à la marchande ou aux Playmobil ? Non, bien sûr. Les parents savent. Quand le personnel de l’école leur fait savoir leur préoccupation, ils n’en sont pas à la première remarque désagréable, à la première déconvenue, à la première crise inexplicable, au regard de travers dans les magasins ou à l'impossibilité d'aller au jardin d'enfant. Mais qu’y a-t-il comme réponse, comme possibilité ? Alors oui, ils s’esquivent, et quand on les interroge, ils disent que non, qu'il n’y a pas de problème. Et surtout pas un problème du genre de ceux dont la médecine doit se charger, et qui va radicalement changer leur vie entière et celle de leur enfant.

 

Le mot "déni" mal utilisé est souvent connoté d’un pan négatif, d’une absence de volonté, d’un refus de faire face à la réalité. Quelque part, c’est le cas. Mais c’est d’une part une volonté inconsciente, et d’autre part, si le psychisme met cela en place, c’est qu’il ne dispose pas d’autre chose pour affronter ce que la réalité lui renvoie.

Si le déni est un mécanisme de défense, et s’il est identifié comme tel, c’est qu’il protège quelque chose, quelque chose de fragile, psychiquement fragile. L’enfant est un des enjeux de la réussite, de l’accomplissement, autant personnel que social. Celui qui a choisi de ne pas en avoir intrigue. Celui qui ne réussit pas dans son éducation n’inspire pas confiance. Aussi, malgré tout ce qu’on peut mettre en œuvre dans le discours d’intégration de l’enfant handicapé, être parent d’un enfant porteur de handicap est la dernière chose que l’on souhaite à ses ennemis. Découvrir le handicap de son enfant, c’est être remis en cause sur une grande question existentielle.

 

Aussi, la prudence convient. Comme l’indulgence ou la bienveillance. Il ne conviendrait pas d’aller chercher les parents sur le terrain de leur déni. Bien sûr que les parents vont être dans le déni, mais ce n’est pas sur cette résistance qu’il va falloir se battre. Le véritable travail va se jouer ailleurs, sur un autre chemin, sur la main tendue, sur le savoir-faire et la cohérence des équipes au grand complet (médecin scolaire, psy scolaire, instit', ATSEM et AVS), sur le dialogue. Avant d’être jugés sur ce qu’ils ne font pas avec leur enfant, les parents ont d’abord besoin d’être accompagnés dans ces terres hostiles dont ils ignorent tout.

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commentaires

Gogooo 09/06/2017 23:21

"Le handicap" est un mot tabou car dénié!. Je suis au cœur de ce problème. Je vois ma compagne et son ex mari dans un refus total d'accepter la singularité de leur fils, qui présente de multiples handicaps, visibles par chacun mais invisibles pour ses parents. J'utilise mon temps et ma patience pour faire progressivement la lumière sur ce sac de noeuds.
Les Parents qui refusent de voir le handicap freinent les possibles traitements ou accompagnements qui pourraient faire en sorte que leur enfant aille mieux, soit heureux, ait des amis, comprenne facilement et "percute" plus vite, ait plus d'énergie, ne dorme pas toute l'après midi en plus de ses nuits, grandisse en taille, et en maturité, en autonomie, en compréhensions du monde qui l'entoure.
Soit cest un moyen de se protéger que de refuser la réalité. Je pense plus à une FIERTÉ IMPOSSIBLE À METTRE DE CÔTÉ. Une fierté empêchant la reconnaissance du souci, et entraînant dans son sillage la victime : l'enfant. Les parents fiers tentent de prendre la place de victime qu'occupe naturellement leur fils. Ce dénis, refus d'admettre, ou quelques autres synonymes devrait être légalement interdit. Laisser par fierté un enfant mal tourner pour tenter de sauver son honneur en plus d'être ridicule est carrément criminel.
Non assistance à personne en danger ça vous parle ? C'est laisser un enfant se noyer alors qu'une pléiade d'aides existent pour lui, pour ses parents (cela dit il n'y a aucune aide pour les beaux parents qui vivent le problème au jour le jour, subissent les crises et angoisses des parents - mieux vaut être très patient et psychologue dans cette configuration).
Voilà mon sentiment. Parents dans le déni = déserteurs, criminels, devraient être punis pour ce comportement de fierté excessive empêchant leur enfant de trouver de l'aide pour s'épanouir. C'est rageant. Mais j'ai bon espoir.!

bilfusée 06/06/2014 10:19

Que penser aussi du "déni" par les équipes enseignantes face aux handicap d'un de leurs élèves. Rejet des diagnostics des professionnels, refus des adaptations, négation des difficultés de l'enfant qui sont mise sur le manque de volonté, ou le laxisme parental...

click 09/01/2014 12:43

Thanks for the share and important updates about the health and mental state of a child in order to ensure a clear psychology and better relationship. All I can say is that the sharing is one of the best read so far and I have saved the link for more of such reads.

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