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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 11:24

Pour penser la psychose, nous ne disposons pas des bons outils cognitifs.

Car devant l’incompréhensible qu’est la psychose, je me demande comment penser une autre forme de raisonnement ?

Si le monde de la névrose est structuré autour du primat du phallus, de la résolution du conflit par le passage sous les fourches caudines de la castration, ce qui nous habite profondément, intimement, et qui régit notre fonctionnement psychique, comment faire cet écart, ce voyage qui nous permettrait de penser autrement, avec de nouvelles fonctionnalités ?

Avec une image ultra simplifiée, c’est comme de passer d’une voiture à boite manuelle à une voiture automatique. Les gestes ne sont pas les mêmes, les automatismes doivent changer. La conception générale de « conduire une voiture » n’est pas la même. C’est comme lorsqu’on se fait à nouveau piéger par le Père Noël, à l’âge adulte, pendant une fraction de seconde, quand ressurgit cette vieille croyance aussitôt étouffée par notre rationalité adulte. Pendant un instant, nous avons fonctionné sous l’égide de la magie ou magico-phénoménique, nous y avons cru, juste avant de reprendre un fonctionnement habituel validé par l’expérience. Et en toute quiétude, il nous serait impossible de retrouver ce vieux fonctionnement, sinon sous le coup d’une furtive surprise. Elle est là, la difficulté à s’écarter de notre fonctionnement psychique normal.

Malgré tout, en écoutant parler une personne psychotique, nous ne faisons que ramener leur discours à nos explications. Le rapport à la loi, au sexuel, au lien, à la parole, tout ça… Les livres sur la psychose sont remplis de propos de névrosés. Mais dans leur rapport au langage si particulier, nous n’en faisons qu’une approximative interprétation.

 

Comprendre ce que comprend l’autre avec ses moyens différents des nôtres, cette idée commence à faire son chemin avec les neurosciences, et le chemin qu’ouvrent les découvertes faites du côté de l’autisme. Les déficiences de ces personnes se voient requalifiées. Il ne s’agit plus d’un lien maternel de mauvaise qualité, mais des moyens dont ils ne disposeraient pas pour en faire un lien de bonne qualité. Et peut-être un jour, la psychopathologie classifiée dans le DSM-V se verra nosographiée selon le dysfonctionnement des zones cérébrales.

Pourtant, cela ne dira pas tout de la personne. Le fonctionnement du cerveau ne résume pas tout, et ne dit rien de la genèse de ce fonctionnement. Mais cela ouvre d’autres perspectives, prenant davantage en compte la dimension de « possible » de la personne, alors que nous sommes encore très en prise avec la dimension du désir. Mais qu’est-il possible de désirer dans un monde qu’on comprend si peu ?

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PsychAurélien - dans Handicap
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