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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 22:07

EUTHANASIE

 

Encore une fois, le débat sur l’euthanasie reprend.

Malgré la difficulté du sujet, ce sont toujours les mêmes propos, les mêmes arguments.

Il ne faut pas précipiter la mort des gens, il ne faut pas s’acharner, il ne faut pas ouvrir la porte aux abus possibles, il ne faut pas laisser agoniser pendant des mois, il ne faut pas souffrir…

Ou bien, il faut respecter la parole des gens, il faut appliquer la Loi Léonetti, chacun a le droit de choisir sa mort, il faut légiférer, il faut traiter au cas par cas…

En fin de compte, le rapport Sicard apporte quelques éléments, comme le manque de formation ou d’information, mais au final, les questions essentielles restent à débattre.

 

Pourquoi vouloir abréger les souffrances de quelqu’un, si on peut réduire la souffrance ? Encore une fois, lorsque des patients demandent à en finir, il est bon de rappeler qu’en finir avec la douleur ne veut pas dire en finir avec la vie. Les services de soins palliatifs regorgent d’histoires de vie qui se finissent mieux que prévu, dans une douleur apaisée, ou un décès à la maison comme l’a toujours souhaité le patient, au milieu de sa famille. Les soins palliatifs offrent l’opportunité de derniers moments de qualité, ces derniers instants qui resteront dans les souvenirs de la famille.

En 2011, le rapport Aubry sur l’état des lieux sur le développement des soins palliatifs en France faisait état de 105 unités d’hospitalisation avec 4800 lits. Malgré la forte augmentation de ces chiffres, il est encore une question de moyens qui posent cruellement problème, car les équipes sont lourdement équipées (médecinS, psychiatre, psychologue, plus tout ce qui est paramédical, infirmière, kiné, psychomotricien, et à part de ce décompte, les bénévoles…). C’est une nécessité pour la prise en charge du patient, mais également pour les conditions de travail de l’équipe qui, dans son côtoiement quotidien de la mort, doit pouvoir se prémunir au maximum de toute surcharge psychologique dû à un surcroit de travail. Dans une unité de soins palliatifs, une sonnette à laquelle on tarde à répondre peut être fatale, au sens premier du terme. Cela nécessite du personnel, et du personnel formé spécifiquement. Car il est nécessaire de rappeler que la terminologie complète de ce service est « Soins Palliatifs et Accompagnement », ce dernier terme étant oublié dans la plupart des cas. Quand la médecine ne répond plus, ou trop mal, quand le curatif a perdu la bataille, on passe au palliatif et on accompagne le patient. On écoute ce qu’il a à dire, on accompagne sa fin de vie, on prend acte de ses dernières volontés et on fait le nécessaire pour lui permettre d’y accéder.

A cela s’oppose bien sûr les arguments de ceux qui ne veulent pas en arriver là, ou ceux qui ont vécu des choses trop dures, au point de vouloir en préserver les autres. Là, interrogations questions : ces questions doivent-elles être débattues pas des personnes impliquées ou ayant vécues des expériences de fin de vie ? Ou au contraire, par des personnes extérieures à l’émotion que ces questions suscitent ? On n’y voit pas clair avec les yeux plein de larmes, mais en même temps, de quoi parle-t-on si on n’a jamais arpenté les couloirs des hôpitaux ? Et ces questions que nous posons maintenant, alors que nous sommes en pleine santé et dans la pleine possession de nos moyens intellectuels, quelles réponses pourrons-nous y donner quand le temps aura fait son œuvre, et que, sur le quai des grands départs, il faudra décider pour la dernière fois. On appelle au respect de notre parole, mais quelle sera-t-elle à ce moment-là ? Malgré tout, en l’absence d’une autre alternative, il n’est pas possible de décider véritablement d’en finir avec l’existence.  

Au-delà de ces questions de législation ou de bonne mort, le débat n’en finira pas d’être posé. S’interroger sur sa mort, c’est s’interroger sur sa vie. Vouloir donner du sens à sa mort, en la choisissant par exemple, c’est tenter de mettre un point final à son histoire de vie, et y donner un sens définitif.  Il s’agit donc d’une question existentielle, propre et personnelle, à laquelle aucune loi ne pourra répondre. Quel que soit le point de vue envisagé, c’est toujours à la question de notre propre mort que nous tentons de répondre, avec la quête inavouée de l’évitement de la douleur.

C’est pour cela qu’il réside un écueil dans la résolution de cette question fondamentale. Cette société masque par tous les moyens le cours naturel des choses, avec ces produits de beauté qui effacent les effets du temps, ce culte de la mode et du corps jeune, cette performance quasi illimitée à portée de tout équipement électronique. Tout dit en notre Occident qu’il n’y a rien à craindre et que ça va durer longtemps. On parle de la fin de vie, rapide et sans douleur, comme d’un régime amincissant. Or, la vie, la biologie, ne répond pas à ces critères-là. Le terme d’euthanasie est douteux lui aussi, car comment parler de « bonne mort » quand tout ce qu’on cherche est à rester en vie ?

Oui, il y a encore des débats à faire et des paroles à échanger. Oui, il y a des médecins à former sur la fin de la toute-puissance de leur art. Oui, il y a une prise en compte de la parole du patient à repenser à nouveau mais surtout, il y a de grandes questions individuelles à aborder, et qui plus est dans une dimension sociétale, d’où l’ampleur du problème.

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 15:37

Adam Lanza, l'assassin de Newtown, Connecticut.

 

Une fois de plus, la faiblesse des propos journalistiques me forcent à sortir de ma tanière et à éclairer le monde du peu de connaissances que j’ai sur le sujet.

 

 Au lendemain de la tuerie de Newtown, ça y est, enfin, les journalistes ont quelque chose à se mettre sous la dent, quelque chose qui va bien faire frémir dans les chaumières : le jeune Adam était autiste. Cette information a été recueillie auprès des proches, des gens qui le connaissaient, des copains de classe, assurément tous dument accrédités en médecine ou psychopathologie pour pouvoir poser un tel diagnostic sur le meurtrier. Son frère dit qu’il souffrait du syndrome d’Asperger. Soit dit au passage que, puisqu’il a rejoint l’école en étant armé dans l’idée de tuer, on peut penser qu’il y avait préméditation, et c’est le terme d’assassinat qu’il convient d’utiliser.

 

Je suis toujours embêté car moi non plus, je n’ai pas rencontré ce jeune et ne pourrait en tirer que des propos généralistes. Pourtant, je suis atterré par les lieux communs des médias et la juxtaposition de ces deux termes « autisme » et « assassin », ce qui me semble malvenu, induisant une crainte des plus infondée qu’il n’est pas nécessaire de susciter. Oui, il a tué des gens, oui, il était autiste, mais la concomitance des deux informations est inappropriée.

 

            Deux idées peuvent alors se dégagées :

1) les autistes peuvent-ils tuer des gens ?

2) les journalistes ne joueraient-ils pas sur la corde sensible de la maladie mentale pour effrayer le bas peuple ?

 

« Toujours selon des proches, il souffrait du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme qui se caractérise par des difficultés dans les interactions sociales. Il était à la fois très gauche dans ses relations, mais aussi très brillant intellectuellement. » lisait-on ce matin sur Lepoint.fr. link

 

L’autisme se caractérise par un trouble de la communication et des habiletés sociales, rendant notre monde souvent incompréhensible à leurs yeux. Parmi leurs incompétences, ils souffrent notamment d’une incapacité à comprendre le langage non-verbal qu’expriment les mouvements du visage, les intonations de la voix, tout ce que le texte même de nos mots ne dit pas. Un exemple : entre « tu viens ? » et «  tu viens ! », vous l’aurez produit vous-même à la lecture, il y a une différence d’inflexion de voix qui signale à l’auditeur une partie de nos intentions quant à sa réponse. Dans un cas, j’interroge, dans l’autre, j’intime. Nous connaissons tous cette lacune du message lorsque nous recevons des textos ambigus, où le message manque de précision car nous ne savons avec quel ton le lire. Pour un autiste, en toute circonstance, le message est incomplet, surtout quand on sait que plus de la moitié du sens du message est contenu dans ce qui n’est pas dit, les mimiques, les gestes, les postures. En l’absence de ces éléments, le message est tronqué et porte à confusion. C’est le quotidien de la vie de l’autiste. Certains ont une intelligence suffisante pour contourner ces difficultés et mettre en place des stratégies de compréhension, mais les aptitudes sociales sont d’une telle complexité que ça ne reste jamais que des adaptations correctives. Un handicapé, même avec de bonnes béquilles, n’aura jamais la mobilité et l’aisance de quelqu’un de valide.

 

Les constats de « troubles de l’adaptation sociale » qui émanant des témoignages des proche d’Adam Lanza pourraient y faire penser. Mais la mise en lien avec son geste reste une autre affaire. Parce que le lien « Il a tué des gens, il n’allait pas bien dans sa tête, oui, il était autiste », ce lien-là ne tient pas. Sans dire que « non, il n’était pas autiste », le lien direct entre son autisme et son geste est loin d’être évident. Et généralement, les autistes ne tuent pas des gens, pas comme ça, pas dans la préméditation et la planification, pas de façon massive comme ce fut le cas dans cette école.

 

Ce que je crains, c’est ce qu’espèrent susciter les journalistes. Jusqu’à un passé récent, autisme = maladie mentale, et c’est sur cette corde sensible qu’ils espèrent jouer. La peur du fou sanguinaire laissé en liberté, du tueur sournois qui surgit d’on ne sait où. L’information telle qu’elle se présente de nos jours flirte de façon éhontée avec l’angoisse. Quoi de plus vendeur que de répandre la peur, comme ce fut le cas pour le 11 septembre 2001 et à chaque anniversaire, ou pour Mohamed Merah qui fut l’évènement le plus médiatisé de ces dernières années. Il faut faire attention à ce que les journalistes mettent en avant pour faire frémir le peuple et vendre leurs salades.

 

 

 

Dernière remarque journalistique : avant de rejoindre l’école, il avait rangé sa chambre. Ouhlala… Conclusion : arrêtez de pousser vos enfants à ranger leur chambre, sinon vous allez en faire des tueurs.

 

Adam-Lanza.JPG

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PsychAurélien - dans News
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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 10:41

 

 

Les programmes télé qui mettent en exergue la facilité et la bêtise récompensée par des fortunes, c’est pas la jeunesse qui a laissé faire ça

 

Les radios pour jeunes qui diffusent du rap qui dénigre l’école, conchie l’autorité, bafoue la culture et vomit le respect, c’est pas la jeunesse qui a permis ça

 

Les politiques gouvernementales qui laissent des personnes avoir accès à des armes à feu, portant la faute sur les jeux vidéos quand survient une tuerie dans un lycée américain, ce n'est pas la jeunesse qui a eu l'idée de ça

 

Les luttes politiques de pouvoir, les arrangements électoraux, l’écoute de la parole de la rue à laquelle on répond « Vous n’avez pas compris », le détournement abusif de l’idée de la démocratie, c’est pas la jeunesse qui a inventé ça

 

La spéculation à tout crin, les profits boursiers qui montent proportionnellement aux pauvretés, la volonté de voir disparaitre les clodos, mais sans toucher à mon taux d’intérêt, c’est pas la jeunesse qui a pensé ça

 

Présenter les cartables début juillet, les sapins de Noël dès octobre, préprogrammer la vétusté du matériel, accélérer le temps pour vendre, vendre, vendre, du dimanche soir jusqu’au dimanche, c’est pas la jeunesse qui a imaginé ça

 

 

La jeunesse s’inspire, se nourrit de nos exemples, avant de les détourner et d’en faire ses propres expériences. La jeunesse n’apparait pas d’un coup, pas sans une course d’élan de plusieurs années qu’on appelle l’enfance. Et c’est là que tout commence.


Pourquoi est-ce qu’on n’a pas dit aux parents que ça allait être dur ? Pourquoi on ne leur a pas dit que ça n’allait pas se faire tout seul ? A-t-on dit aux parents qu’éduquer, c’était une charge ?

Alors qu’il fut parlé de liberté, d’indépendance et d’autonomie pour l’enfant, il ne faut pas tout confondre. Laisser faire un enfant, ça ne veut pas dire lui laisser TOUT faire. S’il fut dit qu’il fallait que l’enfant gagne en indépendance, ça ne veut pas dire le laisser se débrouiller seul. S’il doit être autonome, ça ne dispense pas de l’accompagner.

 

La violence des jeunes, contre tout, la société, le corps enseignant, eux-mêmes, d'où tirent-ils cela?


De longue date, l’adulte n’a pas eu confiance en sa jeune descendance, la prochaine génération. La jeunesse de maintenant n’est bonne qu’à porter les maux des manquements de ceux qui l’ont engendré. Il faudrait que ça change, mais vu que ça roule comme ça….

Jeunes… jeunesse taire. Adultes… adultère.

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 20:25

Je voudrais revenir sur un point particulier de mon enseignement.

Une des forces de la psychologie est sa communauté pour tous, phénomène qui permet à chacun de s’y retrouver ou de se sentir concerné et, de près ou de loin, d’y comprendre plus ou moins quelque chose.

C’est aussi par ce phénomène que la psychologie s’est insinuée dans le vocabulaire commun et qu’on trouve à tout bout de phrase des expressions techniques qui perdent leur sens et ne veulent plus rien dire, ni du point de vue psychologique, ni autrement d’ailleurs.

Aujourd’hui, nous nous arrêterons sur le terme « déni ».

Souvent, au cours des formations sur l’accueil de l’enfant handicapé que j’anime, il est question de la position des parents dont l’enfant adopte un comportement qui laisse à penser que le pédiatre va bientôt leur annoncer une fâcheuse nouvelle.

Le personnel d’accueil périscolaire peine avec cet enfant, souffre, ne sait pas quoi faire ou comment s’y prendre, mais lorsqu’il est question d’interpeller les parents pour leur faire part de la situation, ceux-ci se dérobent, esquivent, n’ont pas le temps, ne voient pas où est le problème. Et là, et j’y ai droit à tous les coups, on me sert un somptueux : « Ces gens sont dans le déni !! ».

Donc, si vous le voulez bien, nous allons regarder ça de plus près.

Le déni : qu’est-ce que c’est ? Tout d’abord, de quoi parle-t-on ?

Dans les différentes définitions qu’on peut trouver, notamment dans le dictionnaire de psychanalyse d’E. Roudinesco, le déni est « l’action de refuser la réalité d’une perception vécue comme dangereuse ou douloureuse pour le Moi ». Autrement dit, le psychisme s’arrange pour ne pas reconnaitre ce qu’il perçoit, pour ne pas lui donner un sens qui mettrait en danger son équilibre. Et c’est là que la définition plus complète fait aussi appelle à une autre donnée importante : il ne faut jamais oublier que cette action fait partie des mécanismes de défense du Moi. On ne dénie jamais par plaisir ou par intérêt : on dénie parce que sinon, c’est l’angoisse qui survient.

Pour une définition plus large, je renverrai à cette page :

http://www.psyblogs.net/psychologie/clinique.php?post/Le-Deni link

 

Le déni : pourquoi ? Essentiellement pour se protéger psychiquement. Que croit-on : que les parents sont aveugles ? Qu’ils n’ont pas perçu que leur enfant avait un comportement vraiment troublant, des fixations étranges, qu’il ne participait pas aux activités par rébellion ou parce qu’il avait suffisamment compris la vanité de l’existence pour ne pas perdre son temps à jouer à la marchande ou aux Playmobil ? Non, bien sûr. Les parents savent. Quand le personnel de l’école leur fait savoir leur préoccupation, ils n’en sont pas à la première remarque désagréable, à la première déconvenue, à la première crise inexplicable, au regard de travers dans les magasins ou à l'impossibilité d'aller au jardin d'enfant. Mais qu’y a-t-il comme réponse, comme possibilité ? Alors oui, ils s’esquivent, et quand on les interroge, ils disent que non, qu'il n’y a pas de problème. Et surtout pas un problème du genre de ceux dont la médecine doit se charger, et qui va radicalement changer leur vie entière et celle de leur enfant.

 

Le mot "déni" mal utilisé est souvent connoté d’un pan négatif, d’une absence de volonté, d’un refus de faire face à la réalité. Quelque part, c’est le cas. Mais c’est d’une part une volonté inconsciente, et d’autre part, si le psychisme met cela en place, c’est qu’il ne dispose pas d’autre chose pour affronter ce que la réalité lui renvoie.

Si le déni est un mécanisme de défense, et s’il est identifié comme tel, c’est qu’il protège quelque chose, quelque chose de fragile, psychiquement fragile. L’enfant est un des enjeux de la réussite, de l’accomplissement, autant personnel que social. Celui qui a choisi de ne pas en avoir intrigue. Celui qui ne réussit pas dans son éducation n’inspire pas confiance. Aussi, malgré tout ce qu’on peut mettre en œuvre dans le discours d’intégration de l’enfant handicapé, être parent d’un enfant porteur de handicap est la dernière chose que l’on souhaite à ses ennemis. Découvrir le handicap de son enfant, c’est être remis en cause sur une grande question existentielle.

 

Aussi, la prudence convient. Comme l’indulgence ou la bienveillance. Il ne conviendrait pas d’aller chercher les parents sur le terrain de leur déni. Bien sûr que les parents vont être dans le déni, mais ce n’est pas sur cette résistance qu’il va falloir se battre. Le véritable travail va se jouer ailleurs, sur un autre chemin, sur la main tendue, sur le savoir-faire et la cohérence des équipes au grand complet (médecin scolaire, psy scolaire, instit', ATSEM et AVS), sur le dialogue. Avant d’être jugés sur ce qu’ils ne font pas avec leur enfant, les parents ont d’abord besoin d’être accompagnés dans ces terres hostiles dont ils ignorent tout.

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 19:09

En ces jours frais, le pays s’émeut du texte de loi accordant le mariage aux couples de même sexe. Le psychologue, comme il n’a vraiment que ça à faire, y a réfléchi.

 

Au départ, moralement, la cause des homosexuels, dans une société qui se veut ouverte et réfléchie, ne peut recevoir un « NON » définitif sans susciter débat. On ne peut que difficilement s’opposer à l’union de deux personnes qui s’aiment. C’est trop vieux jeu, pour ces Roméo et Juliette des temps modernes.

 

Mais ça ne passe tout de même pas tout seul. Et il reste la question, au-delà de la pudibonderie, c’est l’adoption. Premièrement, il y a quelque chose dont j’entends peu parler dans le débat actuel, c’est de ce qui pousse deux personnes qui s’aiment à s’unir. En gros, tout cela ne parle pas beaucoup d’amour. Est-ce qu’on peut considérer que deux hommes ou deux femmes, qui vivent ensemble et partagent le même toit, le même lit, les mêmes sentiments, puissent avoir envie de se sentir unis aux yeux de la loi, de la Société, des instances civiles ? Si on l’admet pour un couple hétérosexuel, sur quels critères pouvons-nous le dénier à deux amoureux ?

 

Mais poursuivant le raisonnement, la question représentant l’écueil majeur est celle de l’adoption : peut-on empêcher deux personnes qui s’aiment d’avoir un enfant ? Question à laquelle on ajoute son corolaire : pourquoi un couple de femmes le peut de la façon la plus naturelle qu’il soit, alors que c’est interdit aux hommes ? L’argument le plus fréquemment utilisé est le suprême intérêt de l’enfant, mais quoi ? Qu’est-ce à dire ? Avoir deux parents du même sexe serait-il néfaste pour son développement ? Un enfant vivra-t-il plus mal s’il grandit dans l’amour de deux parents unisexes qui l’ont désiré qu’avec un couple de connards hétérosexuels semi-consanguins alcooliques et violents. Dans les différents cas de violences sur mineurs que j’ai eu à traiter, les bourreaux n’étaient pas homosexuels (même pas refoulés)…

 

Au final, je me demande ce qu’on protège derrière cette véhémence ? Car on tolère l’homosexualité, on autorise leur présence parmi nous, ils s’infiltrent (ton ironique), ils sont reconnus, j’ai moi-même un très bon ami homosexuel, bref, ils ont leur place dans la société, mais, mais, mais, mais…. Pas tout à fait. Pas tout à fait car il reste encore des citadelles qui sont chèrement défendues.

 

Alors, que protège-t-on ? Est-ce l’idée du mariage, de l’union, la fête de l’Amour ? Cette cérémonie que l’on célébrait entre 250 et 300.000 fois par an en 2010 alors qu’y en avait plus de 400.000 dans les années 70. C’est manifestement sur le recul. Ce n’est pas pour dire que les gens s’aiment moins, mais c’est une porte par laquelle ils ne se sentent plus obligés de passer. Non que l’engagement soit moindre, mais les temps changent, et on peut vivre ensemble sans être marié, le PACS suffit. Pendant que le nombre de mariages se réduit de 20%, le PACS se voit multiplié par 9 (+70% pour les PACS entre même sexe, +1100% pour les PACS entre sexe opposé).

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF02327

Est-ce l’affirmation de leur présence, jusque dans nos sacrements les plus hétérosexuels, que les homos viennent conquérir petit à petit ? La Loi défend encore quelque chose, à laquelle les hétérosexuels ont droit, et pas les homosexuels. Et cette loi qui devrait créer de la fraternité permet au contraire de conserver quelques derniers bastions de la différence.

 

Est-ce la protection de l’enfance ? Inutile de rappeler qu’homosexualité n’est pas le synonyme de pédophilie (ah ben mince, je viens de le faire). Mais rien ne prouve la qualité ou la défaillance d’une éducation unisexe. Ce n’est pas la présence ou l’absence d’un des deux sexes au quotidien qui en assure sa réalité psychique. Sinon, que penser des divorcés, ou des jeunes veufs ou veuves ? Faut-il retirer au parent survivant l’enfant de son conjoint décédé ? Que penser des pères hétéros qui s’occupent de leur petit garçon ? Et encore plus avant, pourquoi pense-t-on que l’éducation d’un enfant par deux femmes sera moins problématique, moins questionnante que s’il s’agit de deux hommes.

 

Est-ce le rappel de l’ordre de la Nature ? Car le mariage, de lointaine tradition, se fait dans l’idée de fonder une famille et d’assurer une descendance. Il ne peut donc avoir lieu qu’entre personnes de sexe différent. La filiation, la descendance, le génome, ces questions restent encore, malgré une volonté d’élévation de nos civilisations, très prégnantes quand il s’agit de transmettre la vie. Nous sommes perpétuellement ramenés à la bassesse de nos origines animales.

 

N’aurions-nous pas peur que ces gens, à la sexualité radicalement différente de la nôtre, finissent par trop nous ressembler ?

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 00:12

Vient de tomber le verdict dans l'affaire des « tournantes de Fontenay-sous-bois ». Sur les quatorze mis en examen, dix ont été acquittés, trois écopent de peine avec sursis et un seul prend de la prison ferme.

 

Et déjà, tout le monde parle d'un échec, d'un naufrage judiciaire, treize ans après les faits. Qu'a-t-il bien pu se passer ? Qu'attendions-nous avec tant d'espoir pour être à se point déçus ? Espérions-nous une condamnation exemplaire ? Une Happy end, où les méchants sont châties et les victimes reconnues dans leur bon droit ?

Rien de tout cela n'est advenu.

 

Pourtant, il y a eut une instruction, un jugement, un long délibéré, tout ça pour un verdict des plus surprenant. Difficile de dire ce qu'il s'est échangé dans le tribunal à huis clos. Difficile de dire pourquoi tous les mis en examen ont reconnu les faits puis sont revenus sur leur déclaration.

 

Toujours est-il qu'il semblerait que la justice n'ait pas fonctionné. L'un des principes d'un jugement, c'est la reconnaissance des torts subis par la victime, la reconnaissance de son statut de victime, le fait que la Société, par la bouche du juge, dise « on reconnaît le tort qui te fut fait . Et pour avoir porté ce tort contre toi, l'auteur va en être puni. ». C'est de ces mots là que la victime peut reconstruire ce que l'agression a écrasé, reprendre place dans l'ordre du monde. Un agression violente, un viol, en réunion à fortiori, provoque une telle dévastation psychique que la personne ne peut y mettre un sens. C'est au delà de ce que l'on peut admettre, de ce qu'on peut s'imaginer. C'est de l'impensable. Et cet impensable là, psychiquement, tue.

La Justice, et c'est pourquoi il est parfois préférable qu'elle prenne son temps, fournit l'amorce de sens nécessaire à la reprise du dialogue psychique. Quand elle dit : «  Nous te croyons », ça ressoude les fragments brisés par l'acte, cet acte qui a nié l'humanité, qui a transformé en chose, qui a dévitalisé. Quand la Justice fait bien son travail, les choses rentrent dans l'ordre, les victimes reconnues rentrent chez elles et les coupables en prison. Normalement.

Mais dans cette affaire, ce n'est pas ce qui s'est passé, et cette reconstruction n'est pas ce qui adviendra.

 

Treize ans après les faits, que peut-on encore comprendre ? Comment comprendre qu'un viol en réunion est puni de 20 ans de réclusion et qu'il n'en a été demandé que sept ? Pourquoi fut-il demandé si peu ?

 

Comment comprendre que les victimes aient mis des années à porter plainte, violées à de multiples reprises, menacées, terrorisées dans leur quartier. Comment faire comprendre que de garder le silence est le dernier rempart pour se convaincre encore que ces faits n'ont jamais eu lieu, et que tout ça va s'arrêter ? Comment expliquer qu'il faut avoir le temps nécessaire pour trouver le courage de le dire, en l'absence de preuves matérielles, de constats médicaux, de traces ADN . Rien de définitif ou de confondant. Cela aurait été trop facile sinon.

 

La société actuelle n'est pas le terreau favorable à la germination de la culpabilité. Car il est à craindre que des violeurs, immunisés par le phénomène de groupe, se présentant devant une justice qui a bien réajusté le bandeau qu'elle porte sur les yeux, face à des victimes démunies, ces violeurs n'entendront jamais la gravité de leur acte et la portée de leur action. Alors, pourquoi se priver de recommencer ? Quel exemple donner à la génération suivante qui aura les mêmes pratiques ?

 

Le pire serait d'en arriver à la question : De quoi le juge a-t-il eu peur ? La cité est dite sensible, et il ne tarde pas à s'entendre que ce jugement à minima fut produit pour ne pas rallumer la poudrière. Il existe donc des lieux où des crimes peuvent être perpétrer dans l'impunité. Et si on ne punit pas pour un crime sexuelle, quel sera l'échelon suivant ? Quel autre tabou viendra protéger les criminels ?

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 09:39

Comme vous le savez tous, fidèle auditoire, ce jour du lundi 18 fut émotionnellement très chargé, puisque le matin se déroulait les épreuves écrites (pour lesquelles je remercie Clémentine) alors que l’après-midi se tenait la soutenance du mémoire (pour lequel il me faut remercier Danielle sans qui je serai un abruti).


            Au cours de celle-ci, j’ai été surpris par les commentaires des examinateurs. Ils ont beaucoup insisté sur la clarté de mon propos, alors que l’introduction les avait quelques peu effrayés, posant les bases de ma réflexion dans sa globalité, à savoir tenter de trouver des points de jonction entre la psychanalyse et les sciences cognitives.


            Alors bien sûr, dit comme ça, ça fait peur, ou sourire. On s’imagine déjà les cotations de modularités du gradient d’amour maternelle, la rééducation fonctionnelle du complexe d’Œdipe ou pulsions des fonctions exécutives, tout ce qui fait rêver. Je vais donc préciser avant qu’il ne faille interner tout le monde. On ne peut pas mettre en relation, en miroir, en concordance la psychanalyse et le cognitivisme. Ça ne parle pas de la même chose, le propos n’est pas le même. La science a un objet, et la psychanalyse un sujet…..


            Cependant, comme je ne pense pas qu’il y ait des gens qui fonctionnent uniquement en psycho-dynamique sans aucun processus cognitif, pas plus qu’il y en ait qui ne soient que pur processus sans aucun affect, il y a de bonnes raisons de croire que ces théories ne sont que les différents éclairages d’un même objet. Alors, ça peut paraitre simpliste dit comme ça. On le sait bien que les théories sont des éclairages, que ça ne dit pas tout, et que selon là où on se place, on ne voit pas la même chose. Oui mais, quand on change radicalement de point de vue comme je l’ai fait, ça se voit mieux. J’ai ressenti cette étrange confusion en entendant des collègues parler d’un enfant, à grand renfort de « toute puissance, opposition, vérification des limites, le cadre de la Loi, le nom du père » et tout le tremblement, tout en entendant la voix intérieur qui disait : « rapport au langage, capacités d’intégration des normes sociales, structuration de sa représentation visuelle du monde, implication et langage somato-corporelle ». Bref, tout ceci me disait : il n’y a pas que ça ! et ce point de vue très psycho-centré me paraissait soudainement fort parcellaire.


            Non, il n’y a pas qu’un seul point de vue. Mais la difficulté persiste à vouloir les unir, puisque chacun s’ancre en partie sur l’autre. Même faire du sujet, dire « Je », nécessite des capacités cognitives. L’inconscient, pour se mettre en place, pour se structurer ou non, a besoin d’organiser les choses, de les ranger, de les classer pour les retrouver. Ça se fait tout seul ou un processus s’en occupe ? Et ce processus se met en place, se consolide et devient effectif à partir de règles de renforcement, elles-mêmes bâties sur des préférences ou des « retours sur expérience », suite à la réponse donnée et le bénéfice qui en est dégagé, suite à un sens donné à cette réponse. On ne peut pas désintriquer les deux point de vue, comme si, sous un éclairage vert, on pouvait en tout point affirmer qu’ici, c’est du jaune et là, c’est du bleu.


            Je pense que parfois, on fait un peu trop confiance à nos chapelles, qu’il est malvenu de remettre les choses en questions, et qu’il existe toujours une sorte de bouc-émissaire théorique, une théorie qui est tout ce que la notre abhorre. Il y a peut-être une façon un peu plus sensée de comprendre ça, avec davantage de hauteur, de perspective, une autre raison que celle d’avoir « raison contre », mais pour créer cette intelligence, il faudrait se parler.


            Alors là…………………….

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 14:41

A l'occasion de ces dernières semaines de travail forcené, j'ai passé beaucoup de temps auprès, avec et devant mon odinateur.

A tel point que je me suis mis à Twitter.

Oh que c'est beau. Quel belle invention que cette affaire-là !

En fait, c'est très pratique, car ça te permet de dire à la Terre entière, condensée dans une remarquable liste d'amis, tout ce qu'il te passe par la tête, faire découvrir ce que tu viens de découvrir, partager dit-on, bref, faire du réseau social.

 

J'ai commencé avec quelques abonnements, une poignée d'abonnés.

Il y avait essentiellement les choix du moment, à savoir Kyan Kojandy et Navo (l'auteur de Bref), Arnaud Tasmère parce que je le trouve bien timbré, et l'inévitable Alexandre Astier, parce je trouve chaque jour en cet homme soit une inspiration soit une bonne raison de rigoler, ce dont il ne faut pas se priver. Par les hasards qui régissent le monde, les difficultés et questions que rencontraient le roi Arthur étaient à l'image des difficultés et questions que je rencontrais.

Parmi mes abonnées, il y a trois personnes que je connais pour les avoir physiquement cotoyé, les autres sont des connaissances, des relations de connaissances, des connaissances de relation qui ont entendu parlé de quelqu'un qui leur a tweeter un truc un jour mais comme c'était vachement bien.....  Des ombres.

 

Les mots qui reviennent souvent dans la tweetosphère sont : 1) Suivez-moi, ou 2) Retweetez-moi.

1) C'est un appel à faire grossir la liste de gens inscrits en tant qu'abonnés sur votre compte et qui recevront tout message que vous posterez.

2) L'autre formule incite le correspondant à relancer l'info que vous venez de lui adresser. ça se fait beaucoup auprès des personnalités, c'est pris comme un petit signe de leur part, "C'est mon anniversaire, RT, please", et si le quidam répond, c'est la joie éphémère d'avoir, l'espace de 4 secondes, compter dans l'idée d'une quelconque star.

 

Inutile de dire que, vu mon activité internautique et mon sens social, l'accès à ces réseaux m'est carrément contre-indiqué. Globalement, moins de 1% des tweets présentent un intérêt. Car si le fait d'être abonné à la TweetLine de quelqu'un vous permet de lire ce qu'il y inscrit, vous avez aussi accès à tout un tas de commentaires d'un intérêt plus que mitigé des autres paumés sans amis du net qui veulent apparaitre dans un semblant de vie sociale....

 

Afin de poursuivre l'expérience, j'ai eu recours à un site nommé Metwee. Il s'agit d'une sorte de programme qui prend votre compte en main et génère autaomatiquement des abonnements sur d'autres comptes. Chaque heure, ça génère une vingtaine d'abonnement, sans doute par  un calcul savant de centre d'intérêts, ou de celui de vos abonnés. En 24 heures, je suis passé de 30 abonnements à 520 (une augmentation de 1600%). L'effet produit est qu'en face, trop content d'avoir de nouveaux abonnés, le quidam vous renvoie la pareille et s'abonne à votre compte. Là, effet similaire, je suis passé de 12 à 56 abonnés sur la même période (+366.66%). Bien entendu, je ne connais pas ces personnes, et je fais un tri sélectif parce que c'est bien souvent concours de néant.

 

Au delà de ça, une question que je remue souvent est: "Mais que vient-on faire sur ces réseaux ?".

Est-ce qu'il s'agit d'obtenir une visibilité, une chaine d'échanges, de montrer qu'on est là, de propager la bonne parole (souvent la sienne). Est-ce une autre façon de dire "Hé, je suis là!!" ou bien "J'ai quelque chose à dire!!!"

Sommmes-nous dans la prédiction d'Andy Warhol : "Un jour, grace aux média, tout le monde aura son heure de gloire...", et Tweeter en est-il le vestibule?

Sommes-nous là dans une quelconque chimère, une attente, l'espoir d'un souffle de célébrité?

Qu'est-ce qui nous pousse à mettre ainsi à la face du monde notre quotidien, notre instantanéité, sous couvert d'un anonymat étrange dont l'étymologie à elle seule vaudrait le coup qu'on s'y penche, à adresser à des centaines de personnes qui s'en foutent des messages qui tomberont dans l'oubli dans les 20 ou 10 minutes qui suivent.

 

Sur ce genre de média, en appellant au following, qu'est-ce qu'on cherche?

Qu'est-ce qu'on attend et espère? Qu'est-ce qu'on désire?

Sommes-nous autre chose que des vagues, issues de cet océan internautique, porteuses du plus puissant et du plus personnel des messages, que nous allons livrer au silence du premier rocher venu sur lequel nous nous écraserons, dans l'espoir qu'il s'en émeuve et qu'il nous réponde.

 

Ensuite, j'héberge un chat qui dort de 7h à 1 h du matin. Mais quand il ne dort pas, il ne dort pas.

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 10:21

            Voilà, la rédaction du mémoire est finie.

C’est un drôle de moment, parce qu’au fil des lectures, de la réflexion, on doit bien admettre que la pensée a bougé.

Vue de l’extérieur, les avis divergent. Quand je fais part de mes découvertes intellectuelles, il y a deux camps : les « Ben oui, tu savais pas ? » et les « Oui, on dit ça mais c’est n’importe quoi… ». Donc, à peu près, il y a ceux qui disent que je n’ai rien trouvé d’extraordinaire, et il y a ceux qui disent que je n’ai rien trouvé du tout.

Et finalement, c’est pas faux.

Je n’ai rien trouvé de fondamental, en expliquant que le sujet, malgré toute la base psychanalytique qu’on lui donne, est également régi par des processus cognitifs.

La place du sujet, c’est aussi entendre ce qu’il dit de sa place à lui, et non pas de celle qu’on lui suppose lorsqu’on l’entend. Et cette place, c’est aussi celle de ses processus mentaux à lui, et non ceux qu’on lui suppose en les pensant au travers des nôtres. Ce qui me fait penser qu’au contact de la déficience ou du handicap mental, on interprète en permanence. On redit, en nos mots et compréhension de névrosés, ce que la personne vient de dire ou agir. Là-dessus, on rajoute « pulsion, toute-puissance, indifférenciation … ». Mais qu’en est-il de la pensée, telle que pensée par son penseur ? Et d’ailleurs, comment faire pour penser avec des processus mentaux qui ne sont pas les nôtres ?

Pour la personne qui a un trouble du langage, mais je parle d’un trouble costaud, genre mauvais développement de l’aire de Wernicke qui analyse le langage, comment peut-on s’appuyer sur un discours, quand le champ du discours n’est pas clair ? Pour exemple, essayez de suivre une conférence technique sur un sujet inconnu, ou lisez Les Ecrits de J. Lacan, et vous verrez. Vous verrez que globalement, la teneur générale du propos, vous l’aurez à peu près. Mais dans le détail, ça échouera. Et on entend les rouages mentaux qui grincent, car on ne sait qu’en penser, ça ne s’articule pas. Il est vraisemblable que des personnes qui ne soient pas dans un rapport classique au langage aient cette sensation désagréable qui nous est, la plupart du temps, inconnue. Ou très bien peuvent-elles ne pas l’avoir, utilisant autre chose qui nous serait, de fait, inconnue. Une autre pensée se forme, moins verbale, car l’essentiel du verbal échappe. Comment pense-t-on, quand la pensée n’est pas verbalisable ?

Je n’ai rien trouvé d’extraordinaire en essayant d’articuler les deux champs théoriques : psychodynamique et cognitif. On peut travailler avec les deux. Sur certains points, ils se complètent et sur d’autres, ils ne parlent pas de la même chose. On peut écouter l’autre tout en pensant que cette parole est issue de processus mentaux, et qu’elle reste porteuse de sens pour son locuteur.

Je n’ai rien trouvé de formidable en limitant la dimension interprétative de toute observation. Bien sûr, l’enfant peut dire et faire, et ce dire et faire a un sens à la lumière de la théorie freudienne. Mais cette théorie n’est qu’une source d’éclairage. Autre théorie, autre lumière. Avec un peu de chance, plusieurs faisceaux croisés peuvent même réduire les zones d’ombres. Le sens de se dire est faire peut peut-être être interrogé si on se penche sur les capacités de la personne.

Une chose est sûre, hormis les impôts et la mort : pas de cerveau, pas de psychisme. Un autre truc est sûr : pas de cerveau sans psychisme. Autrement dit, il ne peut rien avoir de psychodynamique sans un substrat anatomique qui le permette. Et ce substrat neurologique ne peut se mettre en place passivement, c'est à dire sans émettre des actions, des réponses, des interactions avec l’environnement, des comportements, somme qu’on appellera  individualité, être quelqu’un.

            Alors oui, les enfants avec qui je travaille, je les regarde autrement maintenant. Car regarder et comprendre sont très liés. Selon ce que je regarde, j’en comprends différemment. Et l’autre devant moi est différent à mes yeux. Et quand je parle avec un jeune psychotique, tout ne vient pas que de la forclusion du nom du Père. Il y a aussi des troubles sémantiques et peu importe de savoir si l’un a initié l’autre.  Il me parle de et avec sa capacité cognitive à être en son lieu psychique. Et c’est cette double dimension qu’il faut entendre.

            Alors oui, c’est un peu chaud, mais je suis là pour ça…..

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 16:37

La réflexion se poursuit.

Ces nouveautés théoriques rencontrées au fil de la rédaction de mon mémoire sont sources de bien des questions.


J’ai toujours à l’esprit cette tentative de dialogue entre les sciences cognitives et la psychanalyse. Elles sont articulées par beaucoup de « oui, mais... » renvoyant chaque point à une explication opposée de l’autre point de vue.


La psychanalyse dit quelque chose, mais le cognitivisme explique pourquoi. Le cognitivisme démontre quelque chose, et la psychanalyse en cherche le sens. Les autistes ont rompu le lien de la communication, mais leur cerveau ne leur permet pas de traiter les informations non-verbales de la relation sociale. Les symptômes qu’ils présentent, le syndrome autistique, sont le reflet du silence du monde de leur point de vue (ou de leur point d’entente). Que penser d’un monde dans lequel, quand les gens s’expriment, la moitié de ce qu’ils disent passe par les mimiques du visage, si on est incapable de regarder ce visage, parce qu’on n’a pas en tête les schémas qu’il faut pour aller chercher là ces informations, schémas stockés dans le sillon temporal supérieur dont l’IRM montre le dysfonctionnement ?


Dans ce cas, une condition neurologique préexisterait-elle à la mise en place du syndrome ? Oui mais, pas que… Il y a aussi l’enaction, l’influence de l’environnement qui permettent à certaines choses de se mettre en place ou non, quel que soit le capital génétique. La psychanalyse répond aussi, et ce quelles que soient les origines qui ont amené cet individu à être tel qu’il est, qu’il en est ainsi, cet individu, et qu’on ne peut le réduire à un faisceau de causalités neurologiques. Il y a autre chose, en plus, un tout au-delà de la somme des parties. On pourrait résumer à les sciences cognitives disent pourquoi ça marche ainsi, alors que la psychanalyse dit : « peu importe ce savoir ».

 

La difficulté réside dans cet entre-deux, qu’aucune de ces deux sciences ne prédominent sur l’autre, et ce sans glisser vers ce qui, dans chacun des camps, exclue l’autre possibilité de réponse. Dès lors, il ne va pas être question de s’adresser seulement à ces capacités cognitives particulières, mais davantage de s’entretenir avec cet autre humain, en étant un tant soit peu renseigné sur la façon particulière qu’il a d’appréhender le monde.

Il ne faut pas perdre de vue la personne face à nous, le sujet, et le travail de son inconscient qu’aucune science ne pourra opérationnaliser ou rendre totalement compréhensible. Ce non-savoir, il nous faut le supporter.


Quelle que soit la façon de voir les choses, la route par laquelle je vais poursuivre ce chemin, il reste une base qui peut se résumer ainsi : et toi, que veux-tu ?

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