Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 10:11

Non, je n’applaudirai pas

 

 

Réveil sous un ciel rose.

Ça y est, nous avons changé de président. Le peuple a parlé. On fait la fête, enfin, la moitié d’entre nous.

Et qu’entends-je ? Que dit le peuple ? Que dit le nouveau chef ?

« Le peuple me portant à la présidence ».. Ah oui, ça c’est bien. Ça me semble aller dans le bon sens. Le peuple mandate un chef qui s’occupe des affaires de l’Etat. Mais bien souvent, j’ai l’impression que la place de commandeur s’inverse, et le nominé devient chef, l’élu devient dirigeant, celui à qui on a confié la responsabilité de gérer les affaires auxquelles nous, peuple, n’avons pas de temps à consacrer, celui-là revient pour nous dire comment il faut faire et penser maintenant.

Dans la rue, ce bon peuple en a la tête chavirée : c’est la victoire d’un camp, «  On a gagné, on a gagné… » entend-on crier partout, comme les soirs de matchs… Gagner quoi ? Quel jeu ? Quelle bataille ? Je suis, comme à chaque fois, effaré par les emprunts linguistiques de la classe politique au lexique militaire : Partir en campagne, Battre le rappel, S’entourer de lieutenants, Compter ses troupes… Cette métaphore militaire, figurant le combat d’un camp contre l’autre, ne me donne pas une vision glorieuse de ce que pourrait être le débat politique, l’écoute du peuple, exercer une fonction de chef d’état. Dans cet affrontement, où est la fraternité qui illumine les frontispices de nos institutions républicaines ? Il me semble que ces mouvement d’idées qui ne vont pas dans le bon sens, pas celui de l’échange, de la réflexion, de bas en haut… J’entends davantage une volonté de convaincre plutôt que désir d’écouter.

 

Alors bien sûr, la fonction de chef d’Etat est loin de tout ceci. Et face à mon ordinateur, en regardant le ciel bleu par la fenêtre, je suis loin de m’imaginer ce qu’on dirige quand il est question de gérer le peuple, de prêter l’oreille à des problématiques extra-nationales, de comprendre les marché financiers et les règles de fixation du cours des monnaies, les enjeux économiques, sociaux et sociétaux, énergétiques, diplomatiques, les problèmes aux 15.000 composantes, loin des entendements du bon peuple ?

Oui, je suis loin d’être en capacité de me représenter ce que peut être l’exercice du pouvoir. Pourtant, par je ne sais quel endoctrinement, je me sens de pouvoir en dire quelque chose, dans mes choix, dans mon adhésion à ce système.

Et non, je n’applaudirai pas à cette élection, pas plus qu’on applaudit à un entretien d’embauche. Nous nous acheminons vers une période d’essai de 5 ans, renouvelable. Nous n’avons pas eu l’embarras du choix puisque l’abstention ne compte pas. Nous sommes autour de 65 millions de français. On compte 44 millions d'électeurs. si on retire les presque 20% d'abstention on qu'on ramène le score de FH à 49% pour effacer les votes-sanction (dont les journalistes ne parlent pas), on arrive à peu près à 17 millions et demi, soit 40% des électeurs, et 27% de la population française. Au passage, nous tairons volontiers que les abstentions font un score encore plus élevé que celui du FN, mais on se demande bien ce qu’ils veulent ces gens-là....

Oui réjouissons-nous, tant qu'il est encore temps, car ce nouveau président ne pourra pas nous faire sortir du système financier international, ne pourra tenir tête aux banques qui nous financent, ne pourra dire non à l'Europe qui nous contraint. L'autre candidat n'a pas fait mieux, en perçant un trou dans notre barque à la conférence de Lisbonne et mettant son pied dessus pour prétendre nous avoir sauvé. Et c'est peut-être ça que dit la voix muette de ces 20% : aucun candidat ne convient à cette tache : nous sortir du merdier mondial.

Toutefois, c’est ce que j’aimerais croire.

 

 

 

Repost 0
15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 08:59

ça, il fallait que ça arrive.....

A force de faire des mélanges bizarres, je finirai bien par tomber sur quelque chose de consommable ou pas, comme le Coca-Cola...

Depuis longtemps, je réfléchis à l'accompagnement des personnes en fin de vie, à ce qu'on met en place dans le maintien de la vie, dans le vivre, jusqu'au bout, et l'importance du relationnel, comme s'il fallait attendre ces derniers moments pour se rendre compte de la valeur de la renconte....

Avec cette nouvelle formation, le D.U. de Neuropsychologie, je vois ou revois des choses, des concepts. Celui de la théorie de l'esprit, (les processus cognitifs permettant à un individu d'expliquer ou de prédire ses propres actions et celles des autres agents intelligents), j'en avais entendu parler il y a longtemps, sans toutefois lui attribué une force hors norme.

 

Donc, ce matin, se mélangent dans ma tête ces deux notions : qu'en est-il de la théorie de l'esprit, la compréhension des états mentaux d'autrui, dans une dynamique d'accompagnement en Soins palliatifs ?

 

La théorie de l'esprit ne fonctionne qu'avec des ressentis connus. Pour comprendre l'état mental de l'autre, je dois avoir en tête cette expérience, ce vécu. Comment pourrais-je comprendre ce qu'il se vit sans en avoir quelques bribes? Même si je ne possède pas les détails, j'en ai au moins de signifiants contenus. Je peux comprendre les émotions que vit l'autre pour les connaitre aussi, ou me faire une représentation de ses états mentaux, parce que je les connais plus ou moins personnellement. Dit autrement, nous parlons le même langage.

Mais si je n'ai jamais vécu ce que l'autre est en train de vivre, comment peut-il y avoir partage d'émotions? Je ne parle pas des autres expériences de vie : il n'est pas nécessaire d'avoir tout vécu pour écouter ce que les gens ont à dire d'eux-mêmes. Les émotions, quelques soient les expériences, on les retrouve. Je parle de l'accompagnement du moment péri-mortem.

Que puis-je comprendre, moi, écoutant, accompagnant, de cette peur, de ce ressenti de la proximité de la mort?

Que peut comprendre mon corps qui va bien de cette terreur que génère le corps qui ne va pas?

 

C'est peut-être là que se situe le sens de cette phrase : "Il y a deux moments dans la vie où on est seul : la naissance et la mort."

Le premier parce qu'on ne sait pas encore qu'il va y avoir du monde pour nous accompagner, le second parce qu'on est, à ce moment là, le plus avancé dans l'expérience de la vie, alors que tous les autres nous suivent et qu'on ne le sait pas encore, on est le premier sur la liste.

Donc oui, le seul. Mais pas que.....

Repost 0
24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 19:06

 

            Peut-être l’aurez-vous lu ou en aurez-vous entendu parler. Une association britannique a créé un #hashtag, c’est-à-dire une sorte d’adresse sur Twitter, un compte sur lequel on peut écrire, avec un sujet des plus étonnants. La même chose a été reprise dernièrement en français : #jenaipasporteplainte. La raison de ce tweet ? Permettre aux personnes victimes d’agression sexuelles de le dire quelque part. Cette initiative, qu’on peut à la fois souligner car belle idée que d’ouvrir un espace de parole qui se voudrait confidentielle sur un lieu si public, et regrettable car, comment se fait-il que nous en soyons arrivés là….link

            L’article du Monde rapporte quelque chose de très intéressant car il met le doigt sur ce phénomène compliqué qu’est la culpabilité des victimes, et son corolaire, la honte. Un slogan féministe reprend simplement cette idée : "Que la honte change de camp". Les chiffres sont en effet inquiétants : 75.000 victimes par an, soit 200 par jour, des femmes qui connaissent leur agresseurs, qui seront condamnés dans 2% des cas. Ça ne fait pas beaucoup, on est bien d’accord. Pour la simple raison qu’une majorité, près de 90% ne portera pas plainte, et sur celles qui le feront, nombres seront découragées et abandonneront, principalement à cause de la difficulté à établir clairement les faits.

            Mes années de pratique auprès des tribunaux en tant qu’expert m’ont amené à côtoyer la difficulté que rencontraient les victimes dans leur démarche envers elles-mêmes, leurs proches et la société. La médiatisation du phénomène, parfois, par à-coup, l’actualité qui donne la parole aux associations militantes, ça permet de fonder et d’autoriser ces personnes à faire les démarches nécessaires. Mais bien souvent, à quel prix ? Chaque cas est individuel. Les enjeux sont tellement intenses et profonds qu’on ne peut jamais clairement dénouer l’écheveau des faits. Quand la victime trouve la force de porter plainte rapidement et qu’il est encore possible d’appuyer ses dires par un examen médical, parce que sa simple parole ne suffit pas, bien sûr, le dossier peut être consolidé d’éléments tangibles. Par contre, quand les faits datent un peu, quand il n’y a eu aucune violence, seulement un défaut de consentement ou un abus de faiblesse, ou une soirée trop arrosée qui a dégénérée, le recueil de la plainte et la judiciarisation des faits est plus compliquée. Souvent, quand un temps relativement long séparait les deux temps, les victimes me disaient simplement : « Mais qui m’aurait cru, depuis le temps ? ».

            Dire, c’est le dire à tous, et dans la tête de chacun, c’est savoir qu’il s’est passé quelque chose de sexuellement sale. « La salissure, du corps jusqu’à l’âme », m’ont-elles dit. Dire, c’est risquer de ne pas être crue, c’est être confrontée à nouveau à son agresseur, c’est surtout, devant l’incroyable de la violence de l’acte, voir dans l’entourage apparaitre les défenses psychiques du traumatisme. Nous les possédons tous, et elles fonctionnent pour tout le monde. N’avons-nous pas entendu la parole de Mme Dialo mise en doute, c’est-à-dire déniée, parce qu’elle voulait se faire de l’argent ? C’est souvent ce qui se passe quand les preuves manquent, où que l’agresseur tarde ou résiste à acquiescer : on finit par mettre en doute les paroles de la victime. L’article dit d’ailleurs « Impossible de s'assurer de la véracité des témoignages », et cette question est étonnante, car qu’importe… Il y a peu de chance que soit twitté des faux témoignages, aucune chance qu’un tweet permette l’ouverture d’une instruction et savoir si c’est vrai ou pas, on s’en fout. LA question n’est pas là. On n’a pas cru la personne quand elle a dit qu’elle ne voulait pas, on ne croit pas d’emblée la victime quand elle dit ce qui lui est arrivé. Le « pas facile à vérifier » est une redite, une répétition de l’agression. L’enjeu est de donner une place à « pouvoir le dire », à ce que les victimes comprennent qu’elles ne sont pas seules, et qu’elles osent…       

Dit comme ça, ça peut paraitre simple, mais sur le terrain, en face à face, c’est toujours difficile, parce que j’ai eu moi aussi des déclarations embrumées de  larmes, des femmes outragées et humiliées par un mari ignoble qui avait fait subir les pires horreurs à toute la famille, prêtes à n’importe quoi pour qu’il aille en prison et ne s’approche plus jamais des enfants. Sauf que ça n’était pas vrai. On ne peut signer de blanc-seing aux personnes qui se disent victimes, mais il n’est pas normal que la grande majorité d’entre elles en soit réduit à passer par l’anonymat twitien pour sortir de l’ombre. Pour les victimes, les conséquences sont autres. Même quand on arrive à le dire, on le dit avec un pseudo, un avatar, comme si ça n’était pas arrivé à l’ensemble de mon être, mais juste à une partie. Il y a un écran entre moi et mon mal, écran d'ordi, écran de protection. C’est un peu comme lorsqu’il y avait eu le tremblement de terre à Haïti. Pour les personnes concernées, on est sous les décombres, tout a été ravagé, détruit, tout est cassé. Et la vie quotidienne fait qu’on doit vivre avec ça. Pour les personnes non concernées, comme nous devant nos écrans de télé, on s’émeut, et on se dit « Rholala, c’est terrible… Elle est où la télécommande ? C’est l’heure de PBLV… »

            Malgré la grandeur et l’avancée de nos sociétés modernes tel qu’on le prétend, il y a encore des barbaries qui se pratiquent, et des choses dont on ne parle pas, qui restent tabou du simple fait que nous sommes incapables de penser que des individus sont capables de ça, proches de nous. Le crime est trop grand, trop intrusif psychiquement, et on le met vite sous le sceau de la suspicion. Les victimes ne parlent pas car elles ont honte de ce qu’il leur est arrivé ou de ce qu’on va penser d’elles, alors que ce phénomène n’apparait pas dans les autres cas. Les accidents de la route, les maladies professionnelles, les gens qui font des actions de classe pour s’unir et porter plainte ensemble contre un escroc, ils n’ont pas honte de ce qu’ils font. L’agression sexuelle et le viol, de par leur composante sexuelle et le lien au désir, sont caractéristiques de ça. Et comme le lieu du crime, c’est le corps, on ne s’en remet jamais tout à fait. L’agression sexuelle vient intruser le corps et faire effraction dans le psychisme. Il y a, au premier sens du terme, un ébranlement des bases structurelles de l'identité, ce qui provoque l'instabilité, le mal-être, puis le repli, les penchants dépressifs, les attitudes suicidaires par voie de conséquence. Ce qu’il se passe après, les questions, les explications, sont les tentatives de réparation de cette effraction. Pour les victimes d’une part, mais aussi pour l’entourage qui ne comprend pas plus que ça. Or, vu les chiffres, il y a bien de ce côté-là quelque chose du non-pensé, du pulsionnel, d’un agissement primaire que la cadre social ne contient, ne retient pas. On ne porte pas plainte pour que ça s’oublie mais ça ne marche pas.

            Tant que nous n’aurons pas les moyens de Minority Report, il faudra se contenter d’accueillir les victimes, ce qui passe d’abord par les autoriser à être reconnues en tant que telles.

            #jenaipasporteplainte

Repost 0
22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 12:27

            Il est sans nul doute d’une difficulté ou d’une prétention extrême de vouloir établir des ponts entre le champ psychanalytique et les Sciences cognitives.

            De toutes parts, les deux disciplines sont présentées dos à dos, inconciliables. A juste titre pour les yeux du néophyte, sans aucun doute. L’une parle de processus, de connexion, d'opérations intellectuelles qui donnent une somme de comportements qu'au final nous appelons l'indiidu. L'autre prône l’existence d’un acteur de premier plan, d’un sujet, de la personne qui parle, auteur et acteur de ses dires. Or, l’expérience et la pratique nous montrent que le jeu n’est pas aussi transparent que cela et, pour reprendre une image théâtrale, il y a quelqu’un, quelque chose qui souffle une partie du texte de derrière le rideau. C’est ce qu’on appelle l’inconscient. Tout ne vient pas clairement se présenter sur scène, des choses se passent dans les coulisses. Alors que l’acteur « joue » son rôle sur scène, d’autres agissent pour bouger les décors, faire des effets de lumière, passer des accessoires… Je mets le verbe jouer entre guillemets car, dans cette métaphore, on ne joue pas vraiment, car c’est sa réalité que l’acteur pose sur scène. Il n’y a pas le décalage qu’impose le jeu, on est dans le vrai. Il y a donc ce qui est visible, présenté, et il y a tout le reste, tout ce qui permet que cela se fasse, mais dont on n’a pas idée.

            Car la conscience, qu’est-ce que c’est ? « J’ai bien conscience que.. » dit-on quand on signifie qu’on a pris cette donnée en compte, qu’on a traité l’information. Dans les cas d’anosognosie, le patient n’a pas conscience de son trouble. Et dans l’héminégligence latéral, il n’a pas conscience de l’espace entier. La distinction, c’est « Peut-on y penser ? ». Ça se résume à la question : où est, qui est le « je » qui pense?

Comment perdure la différence théorique : dans les deux cas, le traitement se fait sans qu’on y pense, implicite, on ne peut avoir accès à tout le traitement de l’information qui se passe dans nos têtes, trop complexe, trop riche, trop de choses qui vont trop vite et dont la conscientisation réclamerait un traitement supplémentaire qui le ralentirait considérablement. De plus, l’automatisation est un gain de temps et d’énergie. Ça, c’est l’inconscience cognitive. Pourtant, même sur le divan du psychanalyste, il y a bien des choses qui se passent, des opérations qui se réalisent. L’Inconscient que suppose la psychanalyse est du même ordre : à l’insu de la personne, des choses se passent, des associations sont faites et leurs opérations agissent.

Plutôt que de consolider ce qui éloigne, il conviendrait de fouiller du côté de l’instrument principal de la psychanalyse : le langage. Les sphères du langage, l’aire de Broca et de Wernicke, sont sollicitées dans beaucoup de traitements cognitifs, bien au-delà des taches verbales. Leurs projections dépassent largement leur localisation pariétale. Pourquoi les aires du langage sont-elles mobilisées pour des opérations non verbales ? Quel appui fournit le langage à notre pensée ?  Pourquoi le sens du mot est nécessaire dans les situations où rien ne se dit ? Pourquoi cela a-t-il tout de même un effet ? Comment ces mises en sens inutilisées peuvent-elles produire des effets, des symptômes, qui s’effacent quand la verbalisation est rendue effective ?

La différence entre l’inconscient psychanalytique et l’inconscient cognitif, c’est que l’inconscient psychanalytique se parle, qu’on peut en dire quelque chose, quelque chose à soi, de soi, alors que les fonctions cognitives sont démontrées expérimentalement et que globalement, on a tous les mêmes, et ça s’organise sur les mêmes structures cérébrales. Globalement oui, mais quand on rapproche le microscope, individuellement, moins. Les circonvolutions cérébrales, dans leurs détails, sont individuelles. La différence qui perdure entre ces deux disciplines, c’est la prise en compte de la personne qui parle. C’est vraisemblablement sur ce point que les deux champs se trouvent dos à dos, et sur l’inexplicable scientifique du langage. Mais comme ça ne dit pas tout, car des questions restent trop intensément posées, et il est impossible de poser la prédominance d’un des domaines sur l’autre.  Chacun s’étaye et s’engendre mutuellement. On comprend affectivement les choses avec une cognition qui a été modelée par cette affectivité. Le sujet se pense avec son intelligence qui se construit avec son affectivité, au fil de son expérience.

C’est pour ça qu’il est préférable de construire des ponts plutôt que des murs, d’aboutir à une proscription d’une logique d’exclusion, de par l’organisation réciproque des deux champs, une co-organisation mais qui finalement appréhende le sujet sous deux facettes différentes. On ne peut pas être à la fois au four et au moulin, mais ni le meunier ni le boulanger ne peuvent nier ou se passer de l’autre maillon de la chaine, sinon, nous retombons sur la troisième question existentielle de l’humanité : « Qu’est-ce qu’on mange ? »…

 
   

 

Schema.png

Repost 0
18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 19:01

            Lorsqu’en psychologie cognitive on dit venir des horizons psychanalytiques, on croise de grands regards étonnés. Sans que les commentaires soient formulés ainsi, il y a une sorte de : « Que fais-tu là, voyageur égaré ? Tu as perdu ton chemin ? Ou c’est la déception qui t’amène, peut-être ? »… Difficile de faire comprendre la motivation à aller voir ailleurs, à s’aventurer dans d’autres sentiers théoriques. L’écart est si grand entre les deux points de vue, la Psychanalyse ou les Sciences cognitives, comme entre les deux versants d’une montagne par ailleurs infranchissable avec un pied dans deux pays différents, que cheminer entre ces contrées est vite synonyme d’errements. C’est une erreur commune, tant l’exercice d’une vision globalisante de l’individu est complexe. Comment peut-on penser que la parole puisse soigner, quand toutes les études scientifiques prouvent le contraire ? Comment admettre que de telles pratiques puissent avoir lieu, quand elles échappent à toute validation scientifique ? Comment peut-on croire que la science, entre chiffre et résultats statistiques, entende quelque chose à l’Etre humain ?

            Venir marcher dans les plaines du cognitivisme quand on vient des plages de la psychanalyse ne signifie pas forcément tourner le dos à ses précédentes convictions, ou vouloir débusquer la faille dans ce nouveau domaine. Il y a à l’origine une curiosité, une interrogation, un besoin d’un autre air peut-être. La psychanalyse est une science, un art, un savoir-faire vais-je dire préférablement pour ne pas heurter les puristes du terme, qui demande temps et pratique. A l’instar du cerveau, l’outil psychanalytique se modifie lors de son utilisation et donne des résultats différents au fil du temps. Il n’est pas plus évaluable que le fil de la vie humaine. Mais tout ceci ne se fait pas sans une certaine logique, sans du vivant à l’œuvre dans son évolution, des neurones qui bourgeonnent ou des apprentissages qui se font, des cognitions que se mettent en place, des processus cognitifs qui vont orienter la compréhension, et cela même sur le divan du psychanalyste… La Science elle, est sûre, stable, ne s’avance que si la méthode expérimentale a préalablement validé son propos. Tout du moins jusqu’à la prochaine fois, selon Popper, que la réfutabilité entrera en œuvre. De ces deux vérités, faut-il irrémédiablement en choisir une et une seule ? Surtout sachant que tout choix, aussi scientifique soit-il, se fait toujours sur des bases affectives…

Loin de vouloir soustraire une des disciplines au champ de la réflexion, il est préférable de les additionner. Rajouter des angles d’attaque, ce n’est pas s’empêcher de tirer, c’est rajouter des cordes à son arc, accroitre l’arsenal. La neuropsychologie se trouve à cette interface. Mon expérience en Soins Palliatifs résume bien ce genre de rencontre, là où la médecine touche ses limites puisque, quoi qu’on en sache, à la fin, c’est toujours la mort qui gagne. Quoi que la Science puisse y ajouter, il reste toujours une parcelle où l’individu va avoir quelque chose à dire, et aura besoin de quelqu’un qui, sans autre intention que de l’écouter, va accueillir ses paroles, bien qu’elles proviennent de l’aire de Broca. Et d’une façon égale, ce qu’est capable de mettre en lumière la psychanalyse, je pense qu’il est possible d’en entendre d’autres choses si on y ajoute une dose de neurosciences.

Voilà pourquoi il est possible de s’intéresser aux neurosciences en venant de la psychologie clinique, malgré le rapport de l’INSERM de 2008, parce qu’au-delà du cerveau, des structures, des aires de Brodmann, des neurotransmetteurs dont les parcours restent aussi mystérieux que bien réels, il reste quelque chose de très humain qui doit garder sa place dans ce que recouvre peu à peu le savoir scientifique. Chacun a quelque chose à dire qu’aucune science ne saurait appréhender, et cette parole de la personne, de l’individu, du Sujet au sens lacanien ou de Monsieur tout le monde qui a besoin de parler, il est impératif qu’elle puisse encore être entendue, d’homme à homme, de patient à praticien, sans recours technologique. Cependant, cette pensée qui a besoin de se dire, par où passe-t-elle cérébralement parlant, et qu’implique-t-elle dans l’association libre demandée par la thérapie ? Les deux savoirs ne se superposent pas, mais ne s’annulent pas non plus. Différents champs théoriques pour différentes approchent pour différentes écoutes. Bien sûr, écouter quelqu’un, c’est périlleux, et invérifiable par la validation expérimentable. Ça n’a pas de valeur scientifique car il n’est pas possible de systématiser l’expérience. Mais est-ce à dire que cela n’a pas de vérité ? Combien sont les croyances qui ont été scientifiquement invalidées mais qui pour certains font force de loi ? Qu’en aurait-il été de la chrétienté s’il avait fallu attendre la preuve scientifique de Dieu pour commencer à croire ?

            La preuve scientifique n’est pas tout, pas plus que l’hégémonie du discours analytique. Il existe une autre vérité, plus individuelle, à la marge de la procédure expérimentale, les quelques pour-cent qui ne valident pas le résultat final. Alors que ces résultats parlent de groupes, de tendances, de généralités, l’action du psychologue s’insère dans l’individualité, là où la seule vérité qui compte est la vérité psychique, la même vérité qui, suspendus au-dessus du précipice, bien que fermement attachés, bien que la Science nous garantisse qu’il n’y ait aucun danger, nous amènera à trembler de peur du vertige, et ce même en parfaite connaissance des réseaux neuronaux impliqués.

Repost 0
26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 21:32

Depuis décembre, je me suis inscrit au D.U. de Sciences neuropsychologiques.

 

Loin de délaisser l'approche psychanalytique, un autre point de vue, d'autres ouvertures me motiveraient peut-être à relancer ce blog, vu l'affluence massive.

 

Loin de me contredire, je vais tenter de rester dans une démarche constructive. Cependant, les deux discours sont irréductibles, pour la simple et bonne raison qu'ils ne parlent pas de la même chose, aussi similaire puisse être leur sujet respectif : ce qu'il se passe dans la tête de l'individu.

 

Opposer les deux champs théoriques reviendrait à opposer les tournevis et les marteaux. Chacun sa fonction, inégale et non transposable à l'autre.

 

Bien des questions restent en suspens, et la construction et les fonctions du langage ouvrent de grandes perspectives.

 

J'espère avoir le courage de faire profiter qui le souhaite de mes avancées dans cette réflexion.

Repost 0
8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 12:06

            Encore une fois, le débat sur la légalisation de l’euthanasie est réclamé à corps et à cris par la foule. La revendication est simple : on ne veut pas mourir dans d’atroces souffrances, on ne veut pas d’acharnement thérapeutique, on ne veut pas servir de cobaye et, bien sûr, mourir dans la dignité. Comment ne pas être d’accord avec ces demandes… ? La difficulté est plutôt dans la façon d’y accéder, c'est-à-dire : si on n’arrive pas à une mort telle qu’on la désire, faut-il la provoquer ? Bref, qu’est-ce qu’on peut négocier de la Mort ?

            La complexité du débat est due, entre autre, à la pluralité des points de vue. Car cette question qu’o voudrait être celle de l’euthanasie est en fait celle de la mort. Elle touche de nombreux domaines : personnel, humain, légal, médical, spirituel, familial, sociale, de l’intégrité physique du corps au large cercle de notre finitude dans la temporalité de l’univers. Ça fait beaucoup, et c’est pour ça que c’est compliqué, car chacun à un argument qui se vaut de son point de vue, mais qui n’est pas conciliable avec les autres. On ne peut pas laisser souffrir les gens, et on doit les aider à mourir / Oui mais s’ils ne souffrent pas, on ne doit pas faire ça / Oui mais s’ils souffrent un peu et que ça dure trop longtemps, il faut faire quelque chose / oui mais on n’a pas le droit de tuer les gens / oui mais on n’a pas le droit de les laisser souffrir / Oui mais Dieu nous regarde et il interdit ça / Oui mais moi, je ne suis pas médecin pour faire ça / Oui mais moi, je ne veux plus voir mon enfant dans cet état / Oui mais c’est moi qui décide de ce qu’il va advenir de ma carcasse !.... Oui, ça fait beaucoup de points de vue.

            En fait, ce qu’il est utile de savoir même si ça ne sert pas à grand-chose, c’est que sur ce sujet, nous parlons d’une position défensive, comme de la tour de guet d’un château, à la porte duquel frapperait un inconnu qu’on pressent comme hostile… On n’a pas très envie de le laisser entrer, celui-là… On ne le connaît pas, mais on ne le sent pas… Donc on est poli, courtois, on lui parle gentiment, mais en fait, on n’a pas du tout envie de le voir là, et on a surtout envie qu’il parte. On blablate en se donnant de la constance, en lui répondant qu’il n’entrera pas, qu’il ne passera pas, qu’on n’a pas besoin de lui et qu’on va y arriver sans, et que ce sera tout pour aujourd’hui… Mais l’étranger ne part pas. Il est là, sans véritablement insister pour entrer, mais ne part pas… Alors on fait comme s’il n’était pas là, on s’active, mais on garde un œil sur lui, en vacant à nos occupations du château, mais en restant vigilent sur ce qu’il fait. Mais en même temps, on n’a pas trop envie de savoir, et on l’ignore (mais il ne faut pas le laisser faire n’importe quoi, alors on le surveille, ouhlà, ça devient compliqué). Cet étranger, son nom, c’est l’angoisse de mort. Attention, ce n’est pas la Mort. La Mort, elle, est tout à fait extérieure à tout ça. Le château, c’est notre construction psychique qu’on tient à défendre, le Moi, dont l’angoisse fait partie, et essaye de l’intruser. Et tout le débat se fait ainsi, du haut de la tour de la barbacane, un œil sur cette angoisse qu’on voudrait ne pas laisser entrer, qu’on voudrait ignorer mais qu’on observe quand même.

            C’est pour ça que le débat n’est pas serein, car d’où qu’on se place consciemment, individu, famille, médecin, quidam concerné de près ou de loin ou peuple qui veut donner son avis, tous parlent de cette position défensive. Et dans la complexité du débat qui est demandé, il est important de se demander comment est-il possible de l’envisager. Qui fut directement concerné par cette question ? Qui parle en connaissance de cause ? Parle-t-on pour maintenant ou pour plus tard ? Et dans ce « plus tard », qui serons-nous alors, et serons-nous d’accord avec ce nous-mêmes d’il y a trente ans ? Dire « Pas d’acharnement ! Si un jour je déraille, la piqure directe ! » quand on a 40 ans et que tout va bien, la belle affaire ! Mais 30 ans plus tard, le corps fatigué, marre de tous ces médecins et de tous ces protocoles, voulant que ça s’arrête et quand se pose la question « Alors, on pique ou pas ? Parce que quand vous aviez 30 ans, vous disiez oui ! Alors ?! »… La réponse n’est pas simple. Et surtout, nous parlons du lieu de notre heure actuelle, de notre âge actuel. Qui serons-nous et qu’aurons-nous à dire dans ces lointaines années, quand la question ne se posera plus théoriquement, mais concrètement, dans notre corps ? Nous nous projetons dans un futur où nous serions nous-mêmes, mais le temps aussi aura changé, et nous aussi.

            Il y a, dans cet appel à un débat sur l’euthanasie, quelque chose à entendre non de ce qui est demandé, mais de ce qu’il se dit derrière, là où se loge la crainte, la crainte du garde en haut de sa tour, qui, au fond de lui, n’ignore pas totalement qui est cet étranger. L’excellent article du Dr Burucoalink, (cherchez à CHU Bordeaux, soins palliatifs, le texte "De la demande d’euthanasie aux soins palliatifs, à propos de situations singulières") souligne « Nous pouvons tenter de comprendre cette militance, ne pas la rejeter d’emblée. Nous pouvons prendre acte de ces euthanasies médiatisées comme l’expression de crises sociétales, et la médiatisation comme un fait révélateur des aspirations évolutives de notre société (maîtrise, confort, beauté, longévité, qualité de vie…). Le débat sur la dépénalisation de l'euthanasie trouve un fort écho à nos angoisses de mort. »

            L’angoisse. Voila pourquoi ce débat n’aura pas de fin, et qu’il va engraisser les médias qui devraient s’en éloigner car ils ne feront qu’attiser ce qu’il faudrait apaiser. La mort est un sujet qu’on ne peut évoquer sans passion, c'est-à-dire sans que ça nous mobilise profondément, sans que ça ne sollicite nos défenses, notre pulsion de vie. C’est elle, la gardienne, celle qui tergiverse du haut de la tour, et qui veille à la sécurité du château. Ce n’est pas un mécanisme de défense, mais c’est elle qui l’anime, son énergie, sa motivation.

            Il faut donc faire le point sur ça avant d’entamer le débat.

Repost 0
30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 13:09

            Il y a certains débats qui remuent toujours l’opinion publique. C’est facile à faire : on prend un sujet qui concerne tout le monde (la peine de mort, les clopes, les radars automatiques, les nains de jardin…) et sur lequel chacun va avoir son mot à dire. On choisit de préférence un sujet qui n’offre en apparence que peu d’alternative. C’est pratique car il est difficile d’obtenir un consensus et ainsi, le débat n’en finit jamais. C’est ce qui est en train de se passer pour l’euthanasie.

            J’écoutais ce matin une radio du sud, Sud-Radio, dont le sujet était, en gros : Euthanasie, oui ou non ? D’un intérêt relatif, surtout des témoignages pro et anti, des gens qui racontent leur histoire des plus dramatiques, des souffrances, des tristesses qu’on aurait souhaité éviter.

            De tout cela, j’en retiens toujours le même élément : on demande leur avis à des gens qui ont été pris dans la dynamique émotionnelle de l’instant du décès, qui ont dû choisir entre la douleur, la perte et la culpabilité, avec cette idée de faire au mieux quand ce mieux n’existe pas. Mais qu’en est-il de la parole des professionnels ou de ceux qui ont pu prendre le temps d’y réfléchir un peu ? Comme je l’ai déjà dit, les choses essentielles ont été dites dans la loi qu’il ne reste qu’à appliquer.

            Dans cette émission, j’ai entendu les arguments pro-euthanasie, qui sont bien souvent constitués après la mort, à savoir « Non à l’acharnement thérapeutique ». La loi Léonetti cadre déjà ce point en interdisant l’obstination déraisonnable, mais ce point ne peut malheureusement se valider qu’aux vues des résultats thérapeutiques. Parfois, tenter l’opération de la dernière chance, ça marche. J’ai vu en néphrologie des réanimations qui semblaient désespérées, et des patients qui en ressortaient amoindris, et qui s’en remettaient, et qui finissaient leur vie paisiblement. J’ai vu en soins palliatifs des patients condamnés qui étaient soulagés par les antalgiques et qui offraient à leur famille une dernière rencontre apaisée, laissant un souvenir doux et chaleureux, un "au revoir" souriant, la dernière image qui restera en mémoire. Quand ça se passe mal, l’argument « Il a passé 15 jours de trop » est tout à fait entendable, mais on ne peut le dire qu’après. Si le patient en réchappe, on ne se pose pas ce genre de questions. Alors, faut-il admettre que les médecins ne connaissent pas toujours l’issue de leur intervention ? Faut-il désintriquer le mélange opéré comme quoi le médecin, avec son savoir, n’est pas dans une position de vérité. La seule alternative est, encore une fois, la collégialité, l’équipe, et l’accompagnement de la famille. Il faut s’y mettre à plusieurs.

            Par l’appel à une loi sur l’euthanasie, j’y crois surtout que ce qui est craint, c’est la douleur, la déchéance. Et il ne faut pas confondre douleur et souffrance. La douleur peut être prise en charge, et dans la majorité des cas, efficacement combattue. Combien de patients, partisans de l’euthanasie, moduleront leur envie d’en finir si on leur donne accès à une fin de vie non douloureuse ? La souffrance peut s’accompagner. On réclame une loi, pour tous, pour statuer sur une question existentielle, individuelle. Le moment de la mort, de la séparation, devient avec l’accompagnement des soins palliatifs, un moment de réunification, où on se regroupe pour décider, accompagner ensemble, équipe et famille, le malade.

            Quand, lorsque le patient ne peut plus s’exprimer, on laisse la décision finale à la famille, il faut se demander pour qui les proches décident-ils ? Pour le malade afin d’abréger ses souffrances ou pour eux-mêmes, la famille, qui ne supporte plus de voir leur proche dépérir ou ne plus les reconnaître. C’est une décision d’un poids inimaginable en l’absence d’une équipe formée à pouvoir encadrer cette décision. Il ne faut laisser personne, médecin ou parent, seul à l’œuvre de la réponse. Et surtout, une fois la décision prise, elle est prise. Avec le temps, on y repensera, on se demandera si la décision fut la bonne. Mais c’est une illusion que de vouloir éclairer une question ancienne avec d’autres lumières nées d’un long temps de réflexion. Avec le temps, on change, on pense autrement, on a d’autres idées et on reconsidère ce qu’on aurait dû faire à ce moment là. Ce qui est une fausse manœuvre, car on n’est plus dans la même dynamique, on n’a plus les mêmes éléments. Le « j’aurai dû » est forcément erroné. On va décider au mieux, en ces moments critiques, et il ne faut rien reconsidérer après coup. Il est donc essentiel que cette décision soit le mieux encadrée possible.

                   Il ne faut pas non plus se mentir sur la puissante dynamique psychique à l'oeuvre. D'où viennent ces questions, cette réclamation forcenée du vouloir "bien mourir"? Il faut clairement y voir l'action de la pulsion de vie qui, sous un jour nouveau crie encore que "Non, la mort ne triomphera pas, et jusqu'au bout, elle sera combattue". Mais de ce mécanisme, il faut s'en méfier comme de l'autre, celui qui ferait pousser la seringue, qui réclame que tout se finisse, car il ne nous rend pas plus clairvoyant. Appeler à l'euthanasie pour que ça se finisse bien, c'est aussi une façon de dire qu'on maitrise, qu'on controle, et qu'on ne sera pas renvoyé à notre finitude humaine. Et on sait très bien que c'est faux. Et il est à trouver un passage dans cette entre-deux, dans l'inconciliable de la mort qui gagne toujours, et de mon humanité qui tient au moins à une défaite honorable. Autrement dit digne, pour l'autre, mais aussi pour moi.

 


            Enfin, une loi autorisant l’euthanasie aurait surtout l’avantage de dédouaner l’acte médical. Le médecin ne serait plus un criminel, même si cet acte se pratique régulièrement, dit-on, dans les services. Cette autorisation de mort touche par ce point le débat sur la peine de mort, de l’autorisation légale de donner la mort à quelqu’un, et se heurte au même argument : une fois que c’est fait, il est trop tard. L’écueil qu’il ne faut pas perdre de vue, hormis la possibilité de rémission car les cas de refus d’euthanasie suivi d’une amélioration de l’état du patient, ça existe, on ne peut que rester très vigilent quand aux questions bassement matérielles qui entourent le décès d’un individu. Qu’est-ce qui garantit que chaque euthanasie sera justifiée comme seule issue possible à une fin de vie inextricable ? N’y aura-t-il jamais aucune hâte dans ce raccourci ? Est-ce que pour Pépé qui geint depuis des semaines, et dont l’héritage ferait bien plaisir à tout le monde, est-ce la bonne solution ? Et pour ce SDF pour qui on ne connait aucune attache, et qui coute....? Comment pouvons-nous avoir confiance en ces médecins qui vont mettre l’euthanasie en œuvre, médecins dont on se défiait l’instant précédent dans leur acharnement thérapeutique ?

            Ça fait 10.000 ans que ça nous pose question, la science ne nous ouvre que d’autres chemins, de nouvelles problématiques, et de nouvelles solutions, mais rien de nouveau dans le rapport à l’homme et à sa finitude. Ou alors, se détournant de la solution toute faite qu’est l’euthanasie, il faudrait peut-être prendre le temps, se retrouver, se parler, que le patient puisse dire et le médecin entendre, bref, marcher ensemble…

Repost 0
26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 18:23

 Je voudrais revenir encore une fois sur un sujet qui secoue mollement la presse ces temps-ci, à savoir la relance de la question de l’euthanasie suite à la mise en examen début août de Nicolas Bonnemaison, urgentiste à Bayonne, pour "empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables".

            Le principal problème que pose ce geste est que ce médecin a agi seul en commettant un acte interdit dans une situation pour laquelle il ne trouvait pas d’autre solution. Cependant, il existe déjà un cadre légal qui statue sur ces difficiles moments de la fin de la vie.

            Selon un récent sondage réalisé par l’institut Ifop pour le compte du quotidien Sud Ouestlink, « un Français sur deux (49%) estime aujourd’hui que la loi sur l’euthanasie devrait autoriser les médecins à mettre fin sans souffrance, à la vie de personnes atteintes de maladies insupportables et incurables ». La question qui me vient est : sur les 1001 personnes interrogées pour se sondage, combien sont au courant de la loi Leonetti ou des objectifs de soins des équipes palliatives ? Il est effectivement très tentant de proposer au public des solutions radicales, une quasi assurance d’une fin sans déchéance et sans douleur, bref, d’une maitrise des instants derniers. Mais cela est-il tenable ? On ne légifèrera jamais sur la mort, et un cadre légal est déjà en place sur ces questions là. Alors, quelle peur s’agit encore là ? Peur de la déchéance, de la souffrance. Laisser mourir n’est jamais que le reflet de la crainte de notre propre fin de vie.

            La loi Leonetti pose pourtant des principes simples :

                        - interdiction fondamentale de donner délibérément la mort à autrui

                        - interdiction de l'obstination déraisonnable (L. 1110-5 CSP alinéa 2). Est considérée comme déraisonnable l'administration d'actes « inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie. »

                        - respect de la volonté du malade, il n’y a qu’à lui demander, car autant il est simple et évident de vouloir que tout se passe au mieux quand on est peu concerné par le problème, les réponses changent souvent quand le souffle devient de plus en plus court. Et si le patient ne peut s’exprimer, nomination d’une personne de confiance, que l’on n’oubliera pas d’accompagner, et qui pourra, au mieux, dire ce qu’aurait souhaité le patient. Et si cela est possible, on prévoit des directives anticipées avant que les pires heures n’arrivent. Toutes ces dispositions font que la feuille de route est tracée, que le médecin n’a pas à prendre des décisions illégales seul, que le patient partira comme il aura souhaité partir.

                        - soulagement la douleur, car c’est un des points cruciaux que prône  l’euthanasie. Ne pas avoir mal. Car bien souvent, quand un patient dit vouloir en finir, ça n’est pas d’en finir avec la vie qu’il souhaite, mais d’arrêter d’avoir mal. Et là aussi, quel est le niveau de formation des médecins en matière d’antalgie ? Les médecins ne savent pas tout sur tout et professionnellement, c’est une difficulté que d’être face à une douleur et de ne pouvoir la soulager. Il faut démystifier l’usage de la morphine (qui ne rend ni fou ni toxicomane), et penser aux co-antalgies, en associant différents anti-douleurs, les massages, la balnéo…

                        - respect de la dignité du patient bien sûr, mais surtout et d’abord accompagner, lui et ses proches. Il semble que ce point, qui me semble fondamental, soit le moins développé. L’intitulé correct d’un service est «  Soins palliatifs et Accompagnement », et souvent ce dernier mot est oublié. L’euthanasie, c’est l'arrêt de l’accompagnement.

            Enfin, pour permettre aux professionnels de faire leur travail correctement et ne se retrouve pas acculés ou mis en examen : la collégialité. Une décision d’interruption du soin se prend à plusieurs, non pour délayer les responsabilités mais pour atténuer les enjeux psychiques individuels. On réfléchit mieux à plusieurs. Cependant, cela est encore vécu comme une parcellisation du pouvoir du médecin, et encore faut-il que celui-ci se prête au jeu, même s’il reste l’ultime décisionnaire. Ce point est d’ailleurs celui sur lequel se trompe Jean-Michel Baylet (en parlant de la pratique de l’euthanasie) dans l’édition du 22 aout de France-Soir, lorsqu’il déclare : « Ceux qui persistent à ne pas vouloir voir cette réalité se rendent complices de toutes les dérives et laissent les médecins et les juges seuls face à des questions sur lesquelles, en réalité, il appartient aux politiques d'apporter des réponses claires ». Et non ! Si le service de soins palliatifs est organisé comme il se doit, ou même ailleurs, le médecin ne doit en aucun cas se trouver seul face à cette question. En somme, la loi est déjà là.

            D’autres questions viennent ensuite : quelle culture du soin palliatif ont les boss dans leur service ? Lors de mon passage dans une unité de soins palliatif, j’ai accompagné l’équipe mobile, celle qui se déplace à la demande d’un service. Souvent, c’est à la demande de l’interne, le jeune en formation, qui utilise ce recours car il sait qu’il ne pourra rien faire pour le patient. Ce sont souvent des conseils concernant la lutte contre la douleur qui sont attendus. Et l’équipe mobile ne fait que donner des conseils et des orientations, pas de prescription, car ça ne se fait pas de prescrire pour le patient d’un autre médecin. J’ai vraiment eu l’impression qu’on marchait sur des œufs dans ces couloirs. Et quand on parle d’accompagnement, là, on nous regarde avec des grands yeux étonnés, limite à tendre la main vers le Vidal pour voir la posologie….

            Et si, comme le propose le Dr Léonetti, un débat citoyen devait s’organiser, que les participants lisent d’abord le texte de loi existant. Le grand danger sera toujours que ce sujet est extrêmement impliquant, puisque tous nous aurons, un jour, à franchir le Styx. Et même s’il est réclamé un débat dépassionné loin des médias, il y aura toujours, plus ou moins masquée, une composante active, du monde du vivant qui se défend de l’idée même de la mort.

            Ne perdons pas de vue non plus que sur cette question, nous ne pourrons jamais faire « qu’au mieux » entre le savoir du médecin, notre peur de ces instants terribles et la voix presque inaudible de celui qui part. Mais si on désire légitimement que la fin de vie se passe bien, à quel moment, et comment décide-t-on que la qualité de vie est suffisamment dégradée pour en finir ? ça, c’est moi, patient, qui le dirais au moment voulu, et il y a fort à parier, si l’antalgie a bien marché, que je ne vivrai pas assez vieux pour dire stop.

            Mais le développement des soins palliatifs, en ces temps d’austérité et de coupes franches dans les budgets hospitaliers, ne semblent être la voie qui sera privilégiée.

A lire aussi : link

 

 « On dit qu’on allonge l’espérance de vie, et en fait, on ne fait que prolonger la vieillesse ».             Professeur Choron 

Repost 0
25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 10:08

            Petit à petit, retour des vacances.

            Il s’en est passé des choses, la crise, la chute de Khadafi, et bien sûr l’affaire DSK. Dans cette volonté assidue d’éclairer le monde de la puissance de ma pensée, je vais donc m’insurger et faire un commentaire définitif qui devrait faire taire une bonne fois pour toute la presse et la classe politique dans son ensemble.

            Je ne sais pas bien encore ce qui m’indigne le plus : la joie du PS, le retour mi-triomphale du mis en examen alors qu’il ferait mieux de se cacher, les étonnants retournements de veste des médias au point qu’on se croirait dans Saturday Night Fever, les incessants commentaires d’une foule de quidams qui n’ont qu’une vue parcellaire de la situation et donc une conclusion fort approximative, l’immonde déballage que tout cela a provoqué et la consommation avide qui en a été fait, les multiples explications sur la justice américaine et, pire du pire, les allégations les plus infondées sur les dires de Mme DIALO, les à-peu-près, plus ou moins mensongers ou pas, confirmés ou retirés, dont on n’a eu que des bouts, dont on a mélangé les ordres de citation, qui ont été traduits de façon fort diverses, qu’on a remanié, interprétés…

            Je ne suis pas très confiant en les analyses produites sur les dires de la victime. Il y a eu beaucoup de contradictions, ses premières déclarations attestant d’un viol, certifiées par une consultation médicale dans un centre spécialisé. Le médecin qui a reçu la victime est une spécialiste de ce type de consultation. De ce rapport, rien n’en aura été fait. On reproche à la victime la multiplicité de ses déclarations, ce qui, dans un moment traumatique, n’a rien d’étonnant. Au moment de l’agression, l’infraction psychique que représente l’évènement traumatique déclenche des processus de survie. Une seule chose compte : ne pas mourir, comme dans un accident dont on dira, une fois réchappé « Tout s’est passé si vite ». La réalité qui opère à ce moment là déroule ce qu’elle a à faire et la succession des évènements est telle, et si compliquée, si incompréhensible, qu’elle va nécessiter un long travail de retraçage. Tout cela, dans l’instant, la victime n’a pas les moyens psychiques de l’enregistrer, et beaucoup de détails vont manquer au moment de la reconstitution des faits. Par ailleurs, alors que le psychisme est un organe dont la fonction principale est la construction de sens, cette fonction va avoir besoin d’éléments pour s’accomplir par la suite, pour répondre aux questions du type : « Pourquoi moi ? Pourquoi est-ce qu’il m’est arrivé cela ? ». La victime va donc se re-raconter l’histoire, avec les éléments dont elle dispose de sa réalité vécue, mais éléments qui n’auront été que partiellement captés et aussi modifiés, recréés, incomplets. Au final, le témoignage d’une victime n’est jamais que parcellaire. Sans dire qu’il soit faux, car l’agression a belle et bien été vécue comme telle, mais il y a toujours une marge entre ce qui s’est passé, les conséquences que cela a dans la tête de la victime, et ce qu’on peut en relater face à un tribunal. Des expérimentations ont démontrées que, dans un contexte violent comme une agression à main armée, les témoins oculaires n’arrivent à fournir que 30% d’informations réelles, les 70% restants sont produits par l’imagination.

            Malheureusement, c’est dans cet interstice de non-savoir que se loge le coin de la défense de DSK. On ne peut pas dire qu’il n’ait rien fait, mais on ne peut pas dire qu’il ait fait quelque chose. Et comme il vaut mieux laisser courir un coupable que d’emprisonner un innocent, DSK retrouve le sourire.

            La seule question qui vaille, celle qui n’aura jamais de réponse et à laquelle plus personne ne semble s’intéresser est : que s’est-il passé ? C’est de là qu’on pourrait savoir si le présumé agresseur a ou non un sens de la personne humaine, un sens des limites, l’idée de l’autre. C’est cette réponse qui nous permettrait de savoir s’il faut se réjouir de le voir revenir en France, au sein du parti d’opposition. Car ne nous faisons aucune illusion, il ne sera pas exclu de la prochaine campagne présidentielle. Et j’avoue que redonner la parole à quelqu’un dont les frasques sexuelles ont été déballées ainsi dans la presse pour asseoir la course à la présidence, ça me laisse complètement optimiste sur la moralité de la classe politique qui fera les beaux jours de nos enfants…

Repost 0

Présentation

  • : Psychologie quotidienne d'Aurélien LEGRAND
  • Psychologie quotidienne d'Aurélien LEGRAND
  • : Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
  • Contact

Recherche

Pages