Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 14:31

            Vous vous en doutez bien, malgré mon écoute bienveillante, il y a parfois des termes qui me font sortir de ma légendaire torpeur. Dans la série que j’aime tant « Les mots de la psychanalyse aux mains des journalistes », le très sympathique Nicolas DEMORAND, qui n’est pas tout à fait n’importe qui, nous en a sorti une belle dont je vous invite à prendre connaissance ici link.

            Encore une fois, messieurs les journalistes, foutez la paix à la psychanalyse et arrêtez d’utiliser son vocabulaire qui vous échappe et vous dessert dans vos propos. Je m’arrêterai donc sur le terme Sublimation.

            La sublimation est une notion récupérée par Freud pour décrire la transformation de l’énergie psychique, c'est à dire la pulsion. La pulsion se détermine par quatre éléments : la poussée, la source, l’objet, le but. La sublimation est une modification du quatrième élément, à savoir la transposition du but. Quand je dis « récupérée », il faut savoir que la première utilisation de ce terme vient de la science, plus précisément la physique, décrivant le passage direct d'un corps de l'état solide à l'état gazeux. Ce qui est à retenir, c’est le changement d’état de façon directe, sans passer par une étape intermédiaire classiquement connue, l’état liquide. Par exemple, la glace se transforme en eau liquide qui se transforme en vapeur d’eau. En cas de sublimation, l’eau passe directement de l’état de glace à l’état de vapeur.

            D’un point de vue psychanalytique, la sublimation a surtout pour fonction de détourner la pulsion de son but original pour une satisfaction plus acceptable. L’exemple le plus connu est l’implication intellectuelle infantile du jeune qui vient de se confronter à l’impossible du complexe d’Œdipe et qui, face à la menace de la castration, investit son énergie psychique dans les apprentissages scolaires, énergie dont il va avoir bien besoin pour apprendre à lire et à écrire. La comparaison tient toujours avec la Physique : il y a transformation pure et simple de l’énergie sans passer par une phase intermédiaire.

            Reprenons ce que disait Nicolas parlant de Nicolas. L’enjeu de la campagne sera de montrer les changements intervenus sur l’homme Président, et comment celui-ci va tenter de nous convaincre qu’il peut encore faire l’affaire pour les cinq prochaines années. Ce parallèle allant de l’homme à la Nation voulant démontrer que si l’homme a changé, la Nation peut le faire aussi, serait pour le journaliste une tentative de psychologisation du débat. Sans démentir cette hypothèse, ça ne met qu’un nouveau mot sur la question, car la manœuvre semble un peu grossière. Mais l’adage « Plus c’est gros, plus ça passe » résonne encore de la voix de ses prédécesseurs dans les couloirs de l’Elysée. Par contre, il n’y a là rien de sublimé. Il y a juste une tentative de faire croire que le Président s’est amélioré, s’est transformé en quelque chose de mieux. Or ceci n’est pas de la sublimation. L’eau, glace ou vapeur, reste du H²O. La pulsion, quelque soit son but, c’est de la pulsion. La notion de sublimation ne va pas, si on la met du côté du psychique, avec une idée d’amélioration. Est-ce qu’on ne tomberait pas là sous le sens commun du « sublime » ? Peut-être, mais dans ce cas-là, il ne faut pas faire appel à la psychologie. Par contre, on peut ouvrir son dictionnaire et trouver le mot qui convient mieux. Le souci, c’est qu’avec élever, ennoblir, idéaliser, la manœuvre se voit, transcender, ça fait trop mystique, gazéifier, volatiliser, ça fait chimique, et purifier, ça fait peur et ça rappelle le Karcher. En fait, le terme « sublimer » peut-être retenu avec sa définition : transposer en idéalisant. Quelque chose reste assez recevable dans cette définition. Cependant, le terme avance masqué, car autant la communication de la présidence peut tenter de le sublimer (pour nous le faire croire changer en meilleur) qu’elle devrait à tout prix éviter de l’idéaliser, ce qui serait une grosse erreur de marketing, genre vente forcée. Et il faut rester vigilent sur les mots employés par la Presse, le ton, les idées, car c’est avec ce discours à la douceur du miel, dans ces à-peu-près, dans ces « voudrait dire que… » et l’emploi inapproprié du subjonctif (le mode de l’éventualité) que les couleuvres passent le mieux dans nos gosiers.

            De toute façon, les grands enjeux de la présidentielles, on les connaît : dire que l’autre camp fera pire, essayer de détourner ou de récupérer les voix du Front National, faire peur aux gens ou leur promettre monts et merveilles, sachant qu’au final, ce sont les marchés qui nous tiennent sous leur coupe, englués que nous sommes dans un système financier qui nous tient à la merci de son bon vouloir spéculatif. Ce « Il a changé » nous parle davantage d’une compétition du genre Présidence Académie, nous faire briller un homme plus que ses idées, passant d’un choix de leadership plutôt qu’un véritable vote démocratique pour des idées, des projets, un futur. Le candidat est sensé incarner tout ça, mais la présentation nous parle d’abord de la personne, du leader, avant de dériver vers un étrange vocabulaire militaire de rappel des troupes, ordres de batailles, lieutenants du parti, etc… Est-ce bien pour cela que je veux voter ? Nicolas DEMORAND parle aussi, dans la même phrase, de Gauche et d’alternative crédible… Alors là…. Je vous entretiendrai plus tard des dangers du sur-travail et ses risques hallucinatoires….

Repost 0
27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 12:14

            Tout d’abord, on ne peut que s’étonner de la réactivité publique ou médiatique qu’a générée cette affaire… A peu près 500.000 tweets, des commentaires de tout le monde, de tous bords, dans tous les sens….. Et chacun y va de son opinion, de son étonnement, de son sens de l’impossible quant à la réalité de cette affaire, du complot, tout ça… Mais le premier point, c’est que tout le monde a quelque chose à en dire. Même moi, ce qui me chafouine, il me faut l’admettre. On ne devrait pas répondre à une question qu’on ne nous pose pas.

            En vrai, qu’avons-nous ? Un homme, mais pas n’importe lequel. Un gros, un puissant. On va l’appeler DSK, et en l’occurrence, c’est un patron. Oui mais patron, ça fait patronnât, c’est pas gentil avec les ouvriers… Alors patron d’un truc bien, puissant lui aussi, voir international, qui aide les gens, de gauche, un peu technique mais pas trop, pas dans le caritatif mais pas dans le capitalisme dévorant non plus, une grosse institution, mondiale… Tiens, on va prendre le FMI. Ça pète bien, ça a la classe. On sait pas trop à quoi ça sert, mais parait-il que DSK le patron l’a bien géré. En fait, ça a pas mal de côté positif, ce FMI. Allez hop, au boulot les  communicants d'Euro-RSCG ! Faites nous une icône ! Et par-dessus le marché, c’est dirigé par un français. Là, inévitablement, il y a un je-ne-sais-quoi de chauvin, quelque chose de patriotique, quelque chose de glorifiant à savoir qu’un de nos compatriotes se voit confier la responsabilité d’un organisme international dont les objectifs sont plutôt généreux coté développement, coopération, emploi... Bref, ça force un peu l’admiration, ça donne du contentement, et, de loin, on s’identifie, c'est-à-dire qu’on partage certains traits de ressemblance… Bref, le DSK, ça a l’air d’être un bon produit, à tel point qu’on pourrait entendre parler de lui dans les sondages, mais on en est pas encore là…

            Alors que tout semble bien se passer, et soudain, patatra, ça choit, c’est la chute. Et là, finie la ressemblance, et l’identification, je ne veux plus rien avoir à faire avec ça. Ça ne marche plus la banque mondiale, la stabilité financière, la pauvreté dans le monde et tout ça ! Ouh, l’a fait le vilain avec sa quéquette ! ! (effectivement, la thématique sexuelle illicite renvoie toujours à la période de l’enfance où on apprend que cet organe a une autre fonction qu’urinaire, et que le sexe, lié à l’intimité et au fruit défendu, a quelque chose à cacher (notez le double sens). Cet apprentissage tourne autour des 4/5 ans).

            Donc effectivement, DSK, le patron du FMI, a fait des choses qu’il ne fallait pas avec son zizi, sur une dame qui ne lui avait rien demandé. Déjà, à ce point des débats, je pause le OLLA !  Car, bien que réagissant après tout le monde, les éléments réels de l’enquête et de la réalité des faits restent flous, ce qui induit forcément des déductions approximatives. Il n’y a qu’à voir ce que disaient les journalistes de la lettre de Xavier Dupont de L., et des interprétations journalistiques douteuses qu’on a pu être découvertes qu’après, lors de sa lecture, au moment de la publication tardive de celle-ci. L’information, c’est comme le pétrole, quand on n’en a pas, il faut avoir des idées pour en inventer…

            Oui, il est déjà le moment d’appeler à la réalité des faits, car sinon, c’est dans l’imaginaire qu’on s’enfonce. Et on ne s’entreglose plus des faits, des personnages, des conséquences, mais on parle de notre imagination, de notre idéation. On chimérise sur la justice immanente du monde qui condamne aussi le puissant face au humble…Tant qu’on ne sait rien et qu’on ne peut qu’inventer, on fantasme : sur ce qu’il a pu se passer dans cette chambre, sur ce scénario de film porno d’un gros riche en peignoir (ou tout nu, ça dépend des sources) qui s’attrape la femme de chambre, sur cette justice immanente du monde où le capitalisme est puni par là où il pèche, ses excès, sa négation de l’individu, son absence de règle… Oui, ça fantasme, en pro-lui ou pro-elle, c'est-à-dire qu’on ne parle plus vraiment de cette affaire, des personnes concernées, mais on parle de nous, de notre réactivité à ce genre de cas, de nos mécanismes de défense inconscients et surtout de ce qu’on va faire de ces images identificatoires dont je parlais plus haut. Bel exemple pour la communauté internationale, un de nos représentants qui finit au mitard pour une histoire de cul ! ! Oui, ce genre de chose affecte le regard du monde. Souvenez-vous du bond des exportations françaises en 1998, tout ça parce qu’on avait gagné au ballon…

            Et comme je disais en préambule, je trouve que cette affaire qui lie pouvoir-argent-sexe, cette histoire a remué beaucoup trop de monde, de paroles pour ne pas recéler quelque chose d’autre…  On explique, on analyse, on présuppose, comme s’il y avait quelque chose à réparer, tout du moins, il y a une recherche forcenée d’explication. Comprendre. Dire encore et encore, faire du sens. Trop, à mon avis, pour que ça ne parle pas de quelque chose qui a à voir avec l’élaboration post-traumatique, ou de fantasmatique inavoué. Ou bien dire qu’il ne s’est rien passé, ou bien le condamner à la roche tarpéienne. Le langage, ça sert à mettre un peu en forme ce merdier innommable qu’est le monde, en mettant des mots dessus justement. Il y a quelque chose de cet homme qui nous a surpris, qui a fait effraction dans notre imaginaire le concernant, quelque chose comme son animalité, son côté biologique, le fait qu’il soit un homme tout nu face à une jolie femme, la pulsion, le défaut d’intégration des limites, la condition humaine… Parce qu’être homme, c’est aussi être ça, avoir des limites dans ses limites, que normalement, la socialisation et la culture cadrent, nous aident ou nous poussent à respecter, et des fois non….

            Les grands de ce monde sont des hommes, que nous ne côtoyons pas plus que notre voisin de pallier. Ce n’est pas parce que les médias nous en rabattent les oreilles que nous les connaissons. Nous ignorons beaucoup plus sur eux que nous n’en savons. Oui, des fois, même les grands de ce monde font caca…

            Et ce côté humain que notre imaginaire avait ignoré en pensant au futur président que nous vantait les journaux, ce coté humain est revenu en force, au premier plan. Et les réactions qu’on entend, de qui viennent-elles ? D’hommes politiques, de journalistes, d’éditorialistes, de personnes qui ont soit une parole de poids, soit les moyens de la diffuser. Tout ce petit  monde qui parle par médias interposé et qui donne son avis, ce sont eux même des gens de pouvoir, des gens qui savent ce que provoque le charisme, connaissent cette sensation particulière qu’on ressent quand on s’adresse à nous parce qu’on est « pas n’importe qui », ont eu ce ressenti d’être un peu au dessus de la masse, avec les facilités que ça procure, et les limites que ça rend élastiques. Toute ces personnes qui aujourd’hui parle de l’affaire, que rappellent-elles de leur propre cadre, de leur propre représentation de la loi ? Que se rappellent-elles à elles-mêmes dans un discours qui dit « Y’a pas mort d’homme » ? Qui sont ces gens qui nous gouvernent, qui prétendent nous "représenter", et qui ne sont pas de notre espèce?

            Donc la question va devenir : Qui est Dominique ? Au-delà de son étiquette de patron du FMI, derrière ça, qui est l’homme, et sa pulsion ? C’est peut-être sur ce versant là que je veux bien entendre les propos du juge disant « Justiciable comme les autres », en cela que son titre ne lui octroie aucune différence en tant que justiciable, en tant qu’homme. Cela eut pu être crédible jusqu’à l’organisation de la sortie devant les journalistes. En quelque sorte oui, car le « oui mais ce n’est pas Monsieur tout le monde » rétorqué par ses défenseurs nous aveugle quand à la logique des faits… Avant la justice, on préjuge. De qui, de quoi ? Qui juge-t-on, d’abord ? Un quidam ? Ou une personnalité ? Hé attends ! Il est défendu par William Taylor "l'un des dix meilleurs pénalistes de Washington" et Benjamin Brafman, l’avocat des stars, celui de Michael Jackson, ces gens qui se battent pour avoir une vie privée, font des procès aux paparazzis parce que ceux-ci la leur volent, mais quand ils sont mis en cause, se servent de leur alias pour devenir intouchables devant le tribunal… Quand  Bertrand Cantat a été jugé, il n’a pas fait valoir qu’il était le leader d’un grand groupe français, lui…! Il faut revenir à Qui est Dominique ? que s’est-il passé ? De quoi parle-t-on ? Viol, relation sexuelle forcée… STOP !  Avant tout, on va résumer par : Avait-il le droit de faire ce qu’il a fait ? Pour avoir été longtemps consulté par la Justice pour savoir ce qu’il se passait dans la tête de ces présumés violeurs, je peux vous dire qu’il n’y a pas de viol propre, et encore moins avec consentement. Et s’il s’agit d’une agression sexuelle, quelle que soit la gravité de l’acte, évaluée à l’aune de ce qu’a fait l’agresseur, cela ne parle pas des conséquences pour la victime. N’oublions pas que pour une même stimulation, deux personnes auront un ressenti douloureux différent. Pour une agression, deux individus auront un vécu différent, et une façon de différente s’en relever, de métaboliser l’acte, de passer à un après. La question de la précision du type d’agression sexuelle est secondaire. Et par qui aussi. Peu importe que ce soit un séisme, une inondation, une éruption volcanique, en cas de catastrophe, la question c’est « Combien de morts ? Que faut-il réparer ? ».

            Il serait temps de passer de l’affaire « DSK lutine la femme de chambre » à Monsieur Strauss-Kahn Dominique, mis en examen pour agression sexuelle sur Madame Diallo. Qu’est-ce qui s’est passé ? Et s’il a fait quelque chose, que fait-on pour elle ? car les tournures judiciaires que ça prend sont des plus ambigües. Et on va sans doute beaucoup entendre parler de cette femme de chambre immigrée qui vit dans un sale quartier, tout ce qui va pouvoir faire douter de ses propos, diminuer la faute. Soyons vigilants à ce qu’on entendra de ce qu’elle a dit. Méfions-nous du conditionnel, le temps du potentiel et de l’hypothétique journalistique. A propos, quant à ces journalistes qui « savaient », et qui n’ont rien dit… Quelle tristesse ! Mais pas de contre pouvoir, ça, ça compte… Ils se justifient comme des enfants « y’en a des qui sont des vilains, mais c’est pas nous … ». A la solde de qui allez-vous encore vous complaire ?

 

            Et merde, je ne voulais pas en parler de cette affaire au départ….

Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses, et plus de livres sur les livres que sur autre sujet : nous ne faisons que nous entregloser.
Tout fourmille de commentaires : d'auteurs, il en est grand cherté.
Le principal et plus fameux savoir de nos siècles, est-ce pas savoir entendre les savants ? Est-ce pas la fin commune et dernière de toutes études ?
Nos opinions s'entent les unes sur les autres. La première sert de tige à la seconde : la seconde à la tierce. Nous eschellons ainsi de degré en degré. Et advient de là, que le plus haut monté, a souvent plus d'honneur, que de mérite. Car il n'est monté que d'un grain, sur les épaules du pénultième.

Michel de Montaigne, Essais, III, 13

 

 

 

Repost 0
30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 23:38

            Comme je suis débordé de travail, je consacre un peu de mon temps libre à la lecture du fait judiciaire du moment, dite « La tuerie de Nantes ».

            Bien sûr, en tant qu’expert, ce genre de personnalité fascine, car je serais friand de lire le rapport du psychologue, jeter un coup d’œil sur ses réponses au Rorschach ou son T.A.T.

            Cependant, pas moyen de savoir quoi que ce soit temps qu’on n’aura pas retrouver l’homme. Alors, un tour d’horizon de la presse passe le temps. Et là, on en apprend de belles… Car en fait, comme d’habitude, on suppute bien plus qu’on ne sait. De plus, la presse se délecte de mystère en lequel elle transmute son non-savoir.

            « Personnalité floue avec de nombreuses zones d'ombre» lit-on dans Libération du 23 avril. Qui connaît quelqu’un à la personnalité « floue » ? ça existe, une personnalité floue ? Dans un autre article du même journal, deux jours auparavant, c’est « le profil professionnel » qui est très flou. Alors on retrace inlassablement le modus operandi, la méticulosité avec laquelle il a préparé son acte, allant jusqu’à abattre les deux chiens, et les incohérences de ce qu’on a rapporté de lui, de son train de vie mystérieux et autres détails. Le problème, c’est la loupe grossissante journalistique qui force le trait sur le monstre qui prémédite, qui tisse son sinistre projet de façon invisible, auprès de tout un chacun, mais qui est là, juste à côté. Encore pire que Tony Meillon peut-être, car on ne le voit pas venir, inconnu des services de police…  Alors, on se raccroche à ce qu’on peut, à ses déclarations fantasques sur sa profession, à son lien à la religion, vraisemblablement l’intégrisme dans Le Monde du 30 avril…

            Il reste donc cette question du « pourquoi ? », et le côté incompréhensible que produit l’acte et la préparation requise devrait déjà interpeler sur une configuration psychologique. Comment peut-on penser pour pouvoir penser ça ? On parle de maitrise, de planification, de contradictions, ça donne des indices…

            Cependant, on ne saura rien tant que ce ne seront pas ses mots qui auront dit. Si on le retrouve… et vu qu’il est en Europe de l’est, en Géorgie, ce qui est bien le moins pour un homme qui travaillait dans le tourisme….

Repost 0
12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 12:03

            Encore une fois, une question tournant autour de FaceBook me préoccupe. Comme vous l’aurez compris, et que vous l’attendez tous, je vous livre mon tourment afin que vous perceviez à quel point vos soucis sont mineurs…

            Il se révèle donc une étrangeté, quelque chose qui touche grandement au paradoxe d’une sorte de langage sociétal car FB propose de créer des réseaux sociaux, c'est-à-dire de mettre en lien les gens qui, dans la vraie vie, sont déjà en lien. Seulement par le média FB, la spécificité, la particularité contextuelle de chaque relation sociale se gomme pour ne laisser qu’une occurrence possible : celle du personnage virtuel dont le nom apparaît en haut du compte. Car oui, l’humain devant son clavier est bien toutes ces bribes d’individualité qui le représentent via FB, au fil des publications, des commentaires, des liens, des ajouts, des adhésions à des groupes, etc... La différence avec la réalité, c’est qu’en vrai, on n’est pas tout ça en même temps, car on module notre comportement social. Sur FB, pas de modulation possible, on livre tout sec à toute notre « liste d’amis » qui nous sommes à un moment précis et ce message est livré indépendamment qu’il soit lu par le frère, la sœur, les parents, les collègues de bureau, la vieille copine du bout du monde, ou tous ceux de la liste... Sans modulation liée à l’environnement social, c’est pour ça que FB, voulant créer du réseau social, crée en fait une sorte de parc d’attraction géant pour pseudo-identité. Ce ne sont que des messages sans destinataires précis, donc pour un Autre encore plus flou, vague, incertain, mal défini, innommable, mais paradoxalement pas tant que ça, car ces représentants de l’Autre, on les a choisi pour les mettre dans notre liste. Mais c’est pas très grave….

 

            Ce qui m’interroge aujourd’hui, c’est l’intimité, ce qu’on appelle aussi « privacy ». FB offre ou fabrique la possibilité d’une nouvelle identité, celle développée face au clavier, face à l’écran, ce mix de qui on est au bout de tout ça. On fait ce qu’on veut, pense-t-on, mais vu la publicité de l’espace, on le fait toujours sous le regard de l’autre de la liste, pas vraiment sous surveillance mais au moins sous le regard. La liste, chacun de ses membres, peut venir commenter, approuver ou dénier ce qu’on vient d’écrire. On vote « J’aime » ou « J’aime pas ». On reproche : « Tu étais sur FB l’autre jour, tu m’as même pas poké ». On ordonne : « Les photos de nous deux que tu as mis, tu les enlèves tout de suite !!!! ». Le verbe est ouvert à tous, de la critique à l’approbation. Le jugement. Et c’est là que quelque chose de notre rapport au monde se tord, car la réponse de cet Autre, constitué d’autant de parcelles d’identité qu’il y a de personne sur ma liste d’amis, cette réponse, que me dit-elle ? Que contraint-elle de ce MoiFB, ou que fait-elle parler du SurMoiFB ?

            Et surtout, qui puis-je être sous le regard de cette entité là, au fil de mon accès et de mes publications, puisque le but est que nous soyons toujours en lien, qui puis-je être dans ces espaces sans solitude, c'est-à-dire sans place pour un imaginaire qui viendrait se substituer à la parole de l’Autre puisque parole de l’Autre toujours il y a ? Se souvient-on de la polémique sur l’installation de Webcam dans les écoles primaires ? C’était trop mignon, comme ça les parents pourraient regarder leur enfants toute la journée… Finalement, non ! Pas de ça ! Il y a des espaces avec, et des espaces sans. Il y a des temps où je peux, je veux être seul… Et l’idée d’installer des webcams est morte, ce qui n’est pas plus mal. FB a un peu ce coté là, on est vu, on dit aux autre, à l’Autre qu’on est là… un peu… « Pour vivre heureux, vivons cachés » prend une autre tournure, comme être caché au grand jour, derrière un voile illusoire. A-t-on tant besoin de ces espaces de solitude, au milieu de l’Autre, qu’on se crée des pseudos pour l’occuper pendant qu’on rêvasse ailleurs sur les chasses où il ne nous attrapera pas…. C'est aussi paradoxal qu'un cache-cache, où il est décevant d'être trouvé, mais il est terrible de ne pas l'être.

 

            J’ai déjà entendu parler de quelqu’un qui nous voyait tout le temps, au départ pour veiller sur nous parce qu’il nous aimait, puis aussi pour nous surveiller pour peser nos actes au moment Jugement Dernier…

            Je ne sais pas ce qu’il est devenu…

 

Qui disait : "La vie, c'est ce qui se passe pendant qu'on fait autre chose"?

La vie, c'est ce qui se passe pendant qu'on vit sur Internet.

Repost 0
31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 13:35

ces temps-ci, mon emploi du temps me prend un peu, mais je ne vais pas tarder à m'y remettre....

 

A la grande joie de mon lectorat...

Repost 0
30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 17:37

            Je trouve qu’il se révèle une dichotomie entre le discours ambiant actuel de la valorisation individuelle, peut-être due à ce qu’a engendré la psychanalyse dans l’importance donnée à la parole de chacun, et ce que propose la société de consommation du « avoir pour être »,qui se décline en « avoir mieux que le voisin pour… » être un cran au dessus….

            Ce culte de la réussite et de la performance individuelle trouve mal son écho dans les questions qui tourne autour de la fin de vie. Car, à la fin, à quoi bon tout cela ? Tous égaux face à la mort, on sera, au trépas, tous logés à la même enseigne. Et le seul moyen vers lequel on se tourne, c’est justement l’autre, cet autre qui nous accompagnera, l’entourage, la collégialité.

            Dans une société si individualiste, l’approche de la mort se teinte de la terrible injonction de «  ne pas mourir seul », devant l’angoisse dans laquelle elle nous place et qui ne trouve de réponse qu’en s’en remettant aux autres. C’est ce qui se dit dans le «  je ne veux pas mourir à l’hôpital », dans un service froid et impersonnel, sans personne qui me tienne la main, loin de mes proches, seul, seul, seul de mon chez moi… Je veux mourir chez moi, dans mon quotidien, dans mes affaires personnelles, là où je suis encore quelqu’un…. Ce autour de quoi tourne la Loi avec ces termes de dignité, c’est apporter l’assurance au grand malade qu’il ne sera pas que cela, ce corps cachexique et douloureux,  qu’on pourra lui répondre jusqu’au bout en le regardant encore lorsqu’il dira : « Dites moi que je suis encore quelqu’un ».

Repost 0
26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 15:34

            Ces jours-ci, le 25 janvier, le Sénat se voit proposé un texte sur la légalisation de l’euthanasie, texte qui fait grandement débat mais qui, étonnamment, dépasse les clivages politique. Loin de donner des indications quant aux meilleures orientations à retenir face à ce texte, j’apporte ici quelques éléments de réflexion afin de permettre de penser un peu plus en avant de cette question qui, sachons-le, ne trouvera pas de réponse.

            Réfléchir sur la mort, depuis les premières sépultures du Paléolithique moyen il y a 10.000 ans, a vraisemblablement toujours été une question depuis que l’Homme a pris conscience du caractère fini de l’existence et a tenté d’en aménager quelque chose. Prendre acte de cette finitude, de cet inconnu de l’après, et tenter tous les aménagements possibles, tout cela jalonne l’histoire des peuples et des religions. Le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui se penche vers un point spécifique, sous d’autres lumières. Bien que notre inaliénable condition de mortel ne soit toujours pas négociable dans ce bas monde, bien que nous ayons essayé moultes croyances et superstitions pour s’inventer un après ou une immortalité, nous sommes maintenant à une époque scientifique et technologique où la médecine nous propose des issues à cette incroyable demande.

             « Ne sais-tu pas que la source de toutes les misères pour l’homme ce n’est pas la mort, mais la crainte de la mort ? » dit Epictète, car au-delà de « mourir dans la dignité » se pose d’abord et avant tout la question de la souffrance, de la crainte, sœurs liées puisqu’elles s’engendrent l’une et l’autre. On veut d’abord, et cette question est en toile de fond du débat, mourir sans souffrance, sans avoir mal. Bien sûr, la douleur est à bannir, et rien n’en justifie qu’on ne fasse ce qu’il faut pour la combattre. Mais dans notre société moderne, penser que l’on puisse mourir sans souffrir, c’est, quelque part, s’affranchir du corps.

            Cependant, la mort, c’est le moment où le corps charnel reprend ses droits puisqu’il impose sa parole, puisqu’il dit stop, il s’impose sur toute dimension spirituelle, et sur ce qui fait notre différence dans le règne animal. Mourir, c’est être ramené à n’être qu’un corps et perdre la dernière illusion de notre immortalité, puisque nous n’avons jamais vécu d’autres expériences que celle de la vie. Et on peut alors comprendre les enjeux psychiques intenses qui se mettent en marche, les questions, l’angoisse, puisque l’Homme s’apprête, en ces derniers instants et avec toute la terreur qui l’accompagne, à vivre une expérience dont il ne connait rien. C’est le temps de la non maitrise absolue, le temps où le psychisme arrive au bout de ses solutions. Sans que nous ne nous en rendions compte, ces questions sont actives à tout moment de la vie, car tout ce que nous prévoyons pour circonscrire aujourd’hui ces peurs, c’est pour plus tard, et c’est de l’imaginaire, sur fond d’inconnu. Ces peurs, que sont la douleur, la déchéance, l’incapacité, les décisions prises pour nous par d’autres, l’acharnement thérapeutique redouté, mais aussi des questions de l’ordre de : « qui serai-je alors à ce moment là ? ou qu’est-ce que je pourrais en dire ? M’écoutera-t-on ? » touchent notre condition humaine et celle de notre position de sujet  acteur de notre vie.

            C’est cela qu’essaye de cadrer la Loi, prévoir maintenant pour être tranquille plus tard. Mais cette expérience si personnelle, si intime, peut-elle entrer dans le cadre d’une loi qui, d’une façon républicaine, est faite pour tous ? La mort peut-elle être légalisée ? Comment la Loi peut-elle intégrer ces dimensions individuelles ? Est-ce possible qu’on puisse aller légalement vers « une bonne mort » ? La Loi, qui vise à la protection de chacun, l’absence de mal, reste donc du côté de la vie.

            Car ce que réclament les malades qui veulent en finir, ce n’est pas d’en finir avec la vie, mais souvent d’en finir avec la douleur, avec l’effroi de la solitude, retrouver la lucidité qui permettra que ça se finisse bien. Pour preuve, alors que d’intenses douleurs dues à la maladie poussent certaines personnes à faire une demande d’euthanasie, la prise en charge par une unité de soins palliatifs associée à un protocole anti-douleur ajustée amène la quasi-totalité des patients à revoir leur décision. Il en est de même pour les sondageslink qui laissent apparaitre une majorité forte de 94% des sondés qui seraient pour une loi autorisant l’euthanasie. Quelle en est la question : « Selon vous, la loi française devrait-elle autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent ? »link ce qui peut trop facilement être compris comme « une loi doit-elle autoriser la possibilité de ne pas souffrir trop longtemps ». Bien sûr que les gens répondent OUI. Mais quels seraient les résultats si on interrogeait sur une alternative ? Euthanasie, pas euthanasie, pas de douleur ? Reposons la question : Que choisiriez-vous entre l’euthanasie et la suppression de la douleur ?

            Et aussi, il y a les autres, les vivants qui sont encore là et qui, eux, pourront faire quelque chose quand le corps n’en pourra plus. La société savante qui réfléchit sur les Soins palliatifs s’intitule elle-même Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifslink. L’accompagnement, le maitre mot. On nait seul, on meurt seul, et les soins palliatifs proposent une alternative, un message en forme de « je ne mourrai pas avec toi, mais tu ne mourras pas seul ».

            La réduction maximum de la douleur, l’accompagnement, la rassurance, la prise en compte de l’avis du patient, des proches, de la personne de confiance, c’est déjà ce que proposent les unités de Soins Palliatifs, s’appuyant sur la loi Léonettilink qu’il suffirait d’appliquer, c'est-à-dire de financer. Le malade n’est plus seul, l’éthique des équipes (médecins compris) s’éloigne des attitudes dictatoriales et toutes puissantes chères à certaines classes de la médecine faisant craindre une valorisation de l’acte médical au détriment des volontés du patient. Faut-il une autre loi pour pouvoir dire aux patients : Ayez confiance, quoi qu’il se passe, nous essayerons de faire au mieux pour vous tel que vous l’auriez souhaité. L’enseignement des Soins Palliatifs, face à des questions manichéennes d’arrêt ou de poursuite des soins, prônent qu’il existe une troisième voie, sans acharnement déraisonnable, respectueuse. Il faut s’efforcer de trouver une « autre solution » dans ces cas là, la mort étant un processus normal qui ne se hâte ni se retarde.

            Les soins palliatifs proposent une prise en charge qui va au-delà de la fin de la vie, au-delà du corps, puisque le malade est accueilli d’une façon plus globale, avec sa famille, ses croyances, sa personnalité… Les services, encore restreints, n’ont que peu de chambre, et on connaît le nom du patient derrière la porte, son prénom. Il est un caractère d’humanité qu’on ne pourrait que vainement tenter de légiférer, et d’autres réponses que la mort.

             N’oublions pas que la force des mécanismes de défense pour tenir cette question éloignée de la conscience, pour nous protéger de la peur et de l’angoisse de notre finitude, tout cela vient hanter notre réflexion car, ne nous y trompons pas, réclamer un débat sur ce sujet qui se voudrait dépassionné, cela ne suffit pas. Nous ne pouvons nous soustraire aux angoisses contenues dans la question. Aussi, en parlant de ça actuellement, nous ne voyons cela que de la fenêtre de nos beaux jours, mais qu’en sera-t-il à l’heure dite ? Et surtout, alors que nous parlons de textes de loi valables pour tous, on peut préciser la question à : « qu’en sera-t-il à l’heure dite pour moi à ce moment là ? » sachant que je suis incapable de répondre à cela parce que je ne suis pas encore cette personne là. On parle d’insoutenable, d’irregardable, l’inimaginable au sens où on ne peut pas se représenter mentalement ce que sera ce moment, ce que sera notre corps, notre ressenti, notre entourage, notre façon de pensée liée à notre âge et à notre condition physique à ce moment là. Mais nous pouvons nous rassurer dans la nouvelle rencontre de nos frères humains qui, eux aussi, vivront un jour ou l’autre ce moment.

            Enfin, dans cette dimension législative, on peut s’interroger sur le fait de relancer ce débat qui risque d’être long et couteux d’efforts, débat très attendu et demandé par l’opinion publique, qui est sous-tendu par des enjeux très passionnés, à une quinzaine de mois des élections présidentielles. Lancer un débat politique sur la peur de la mort, en disant «  on s’en occupe », n’est-ce pas une excellente manœuvre ? Mais il y a quelque chose de plus grand à défendre …

 

Repost 0
14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 13:00

 

            Je voudrais apporter là un commentaire à l’interview de Noam Chomsky, « Le lavage des cerveaux en liberté »link.

            Chomsky est un linguiste travaillant au MIT, et a travaillé sur la faculté de langage. Cette interview parle de l’utilisation du langage, et de l’implicite des débats qui bien souvent, dans les médias, font l’impasse sur la vox populilink. En d’autres termes, les médias nous font part d’un monde que le commun des mortels ignore, un monde où les hommes politiques sont questionnés sur la raison d’état et répondent programme politique alors qu’on voudrait être rassuré sur ce dont demain sera fait. C’est cela qu’il qualifie de « lavage des cerveaux en liberté », cette illusion démocratique qu’on nous sert à chaque 20 Heures, alors que les problèmes sont tout autre, ce qui nous donne, à nous le peuple, cette sourde impression de ne pas être entendu. 

            L’analyse de Chomsky est intéressante quand il parle de la justification et de la distillation de la peur. N’ai-je pas déjà dit que le fond de commerce des média (ou médium), c’est justement l’annonce du pire à venir, la manipulation de l’angoisse, dont nous avons eu un exemple frappant aux avant-dernières élections présidentielles nous proposant JM Lepen au second tour, alors que le journal avait explosé le temps d’audience des faits divers et autres agressions violentes ? Très efficace, la technique consistant à dire aux gens : on vous informe qu’il y a un danger, et des gens sont là pour vous en protéger (comme, par exemple, des armes de destructions massives en Iraq). Pour le bien de l’autre, principe posé par la morale judéo-chrétienne, on pourrait faire beaucoup de choses. C’est ce qui a motivé les plus grands crimes contre l’Humanité, la Shoah, la colonisation, le « C’est pour ton bien ». L’amour du prochain est un piège sans nom, car « Aime ton prochain comme toi –même » est le commandement le plus paradoxale qui soit. Que sais-je de mon prochain pour l’aimer comme il se doit ? L’amour que je me porte est-il l’amour qu’il lui convient ? En l’aimant comme moi-même, l’aimè-je pour lui ou pour moi ? Le bien de tous que vise le politique, le bien de l’autre, même contre son gré, question que pose la psychiatrie ou les soins palliatifs au moment de la fin de vie, malgré lui ou à sa place. Ou comme en psychanalyse, Jacques LACAN, Le séminaire Livre VII, l’éthique de la psychanalyse, on s’interroge sur ce qu’est cette manœuvre qui consiste à faire quelque chose dans l’optique du bien de l’autre. Et, de ce que dit Chomsky, c’est cette idéologie qui soutient la démarche propagandiste.

            Il se trouve une articulation intéressante entre le « faux » message à faire passer discrètement, inconsciemment, pour que ça ne se voit pas trop et comment le moyen utilisé trouve sa technique dans le marketing. Car le marketing, c’est là pour vendre de l’illusion, du rêve, du possible. Et le moyen utilisé, c’est de mettre en lien avec le désir, avec le manque qu’on abolit et le « truc en plus » que l’on fait miroiter : « Avec le biniou Coin-Coin, votre vie serait quand même autre chose ! ». Il faut que le consommateur veuille ce produit, désire être ce beau mâle qui se badigeonne l’aisselle au stick large de Mennen, s’approche de l’idéal qu’il a de lui-même avec ce nouveau téléphone portable… Et ainsi, la démocratie nous chante de l’endoctrinement sur un air de liberté. Pour notre bien, on nous raconte de belles histoires ou des histoires qui nous plaisent, et qu’on réalisera (rendra réelles) au supermarché du coin. Chomsky en identifie aisément les auteurs, ceux qui sont pour l’ordre mondial établi : les investisseurs, les financiers, les fonds de pension, ceux qui détiennent les médias. Bref, l’argent et le pouvoir. Le pouvoir se présente toujours comme altruiste, désintéressé, généreux soit dans l’absence d’intérêts personnels, ce qui est faux, car il y a de l’intérêt personnel, des intérêts à préserver, faire valoir son idéologie ou garder le pouvoir, prôner le TINA[1], nous proposer de dépenser, ou dé-penser.

            Ainsi, les médias vendent une fausse image du monde qui tronque notre raisonnement. L’opinion d’un individu sur le monde se fait par les informations dont il dispose, et qualifier ceux qui résistent « d’antimondialistes » infuse qu’ils sont d’abord « anti » alors qu’ils se réclament plutôt d’être « alter ». C’est la langue du troisième Reich de Victor Klemperer, la novlangue, à base de néologismes permettant d’asservir la langue donc la pensée, participant à la mise en place de la propagande, au conditionnement des esprits. Par exemple, pour ne pas dire le mot anti-pédé, on utilise le terme plus politiquement correct d’homophobe. Etymologiquement, homo, c’est le même, et phobos, la peur. L’homophobie est la peur de ce qui nous est semblable, alors qu’on l’entend comme le désamour de l’homosexualité. Les deux concepts sont bien différents. Autre exemple, avec le mot anarchie, qui s’apparente souvent à un joyeux bordel parce qu’il n’y a pas de chef (cela dit, moi j’en ai un de chef au boulot, et les jours où il est là, c’est un joyeux bordel…), alors que l’anarchie signifie absence de commandement (arkhê « ce qui est premier »), c'est-à-dire responsabilité de chacun. On assiste à un glissement de sens qui induit plus qu’il n’informe, et surtout qui fait perdre un certain rapport entre la réalité et le langage utilisé pour la décrire. L’écart se creuse de plus en plus en ce qui est, les mots qu’on utilise pour le dire et ce qu’on dit vraiment. Mais c’est de cet écart, de cet « à peu près » croissant que se nourrissent les confusions médiatiques qui ainsi détournent l’attention vers le sport ou la météo. Ecoutons les superlatifs distribués dans les faits divers. Lorsque le train Strasbourg – Port Bou arrive avec 26 heures de retard, on parle de galère, du train de l’enfer, de cauchemar, on s’apitoie sur ce qu’on vécu ces pauvres passagers, mais il ne faut quand même pas exagérer, 26 heures de train, ce n’est pas 26 heures sur la table d’opération. Comme je dis parfois, je préfère que ce soit mon garagiste qui m’annonce une mauvaise nouvelle plutôt que mon proctologue… Mais ça fait parler à la ferme…

            La parade dont parle Chomsky, le contrôle des moyens de production et d’échange par les citoyens, pour court-circuiter le discours financier. Mais cela touche à la communauté, voire au communisme, dont l’inspiration profonde va à l’encontre de nos convictions animales. Partager pour qu’il y en ait pour tous est contraire à ce que réclamer notre instinct : provisionner pour ne pas manquer. Or, une autre économie est possible pour que chacun puisse disposer de ce dont il a besoin (Qui a besoin d’un salaire de 100.000€ par mois ?). Les producteurs qui voient leurs revenus s’effondrer parce qu’il y a surproduction ne peuvent comprendre que les prix à la consommation augmentent parce qu’on importe, et qu’ailleurs, on a faim. Mais avant d’atteindre une autre économie, il faut atteindre un autre rapport au monde, et à soi, à sa consommation donc au manque, à sa condition animale qui ne risque plus, dans le monde actuel géré autrement, de manquer.

            D’ici là, ça cause dans le poste, et encore une fois, je le redis : « Eteignez la télé !! », car c’est peut-être ça le péril, l’occupation de toute la place du discours par du blabla, des jeux débiles, pendant que le pouvoir, le vrai, celui qui tient le vrai discours, ne nous dit rien et reste à sa place. Mais qu’est-ce donc que tenir le vrai discours ? Dire réellement ce qui se passe ? Dire la vérité ? Mais la vérité, le vrai, qu’est-ce donc ? Qui peut avoir ce discours ? On s’en approche de trop loin pour qu’un de nous, individu ou pouvoir, ait une parole plus juste sur cette vérité. On est égaux face à notre vérité. Or, l’égalité de la parole de chacun, ce qui va dans le sens de l’anarchie de Chomsky, nécessite un grand temps de cerveau disponible, voire même, afin d’entendre ce que dit chacun, des capacités intellectuelles au-delà de ce que l’homme possède.

            On n’oubliera pas que dans altermondialisation, il y a « alter », l’autre, l’Autre… Ah tiens, le revoilà celui-là…



[1] Tina, initiales de « There is no alternative » (« il n’y a pas de solution de rechange »), propos de Mme Margaret Thatcher posant le caractère inéluctable du capitalisme néolibéral, qui n’est qu’une forme possible de « mondialisation ».

Repost 0
12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 19:26

            Hier soir, Nico que j’aime bien, le secrétaire de l’école de musique, me dit qu’il est en train de lire le livre de Michel ONFRAY[1] sur Freud. Ayant suivi de loin la polémique que ce livre a suscité à l’époque de sa sortie, je suis allé aujourd’hui voir ce qu’il en était dit, visionné une conférence donnée chez Mollat, et entendre les contradicteurs.

 

 

            Bref, je ne suis guère plus avancé, les arguments ne l’ont pas emporté sur la force de ce que Freud a mis à jour, même s’il n’a rien découvert et qu’il n’a que compilé et verbalisé ce que plusieurs auteurs de son époque, de ci de là, approchaient.

            La lecture d’Onfray n’est guère attaquable, car il a TOUT LU Freud, comme dirait Coluche, en cinq mois, chose que je suis encore loin d’avoir réalisé. Et sur l’intégralité de son œuvre et sa correspondance, on trouve des choses peu recommandables, ses positions vis-à-vis du pouvoir, son côté toxicomane, ses relations particulières avec sa belle-sœur, la transposition à une généralité de ses propres conflits inconscients.

            Cependant, autant peut-on avoir des choses à redire sur l’homme qu’il serait maladroit de rejeter du même élan la psychanalyse en entier. Il serait surprenant que Freud, montré comme un initiateur de secte ou créateur de religion ait réussi, sur des découvertes aussi contestables, à convaincre une telle partie de la population mondiale. Le fonctionnement psychique tel qu’il l’a décrit, le stade œdipien, la peur de la castration symbolique, les enjeux psychiques ou tout autre concept propre à la psychanalyse prennent maintenant une place importante dans la pensée actuelle, dans notre culture européenne. Qui n’a jamais entendu parler de névrose ou de pulsions ? Pourrions-nous tous nous tromper ? Mais là, on part encore sur cette pente délicate qui consiste à savoir qui a le plus raison. Laissons donc cela pour ouvrir un peu le débat, à savoir ce qu’on reproche à la psychanalyse ? Effectivement, quel est donc ce semi-procès qui lui est intenté au travers de son fondateur ? Que veut dire cette question sur le caractère scientifique très contestable de la psychanalyse ? Serait-elle encore recevable si elle n’en avait pas ? Avons-nous fait le tour de tout ce en quoi nous croyons pour ne garder que ce que la science a attesté ? Est-on bel et bien sûr qu’il est né à minuit, le divin enfant, et que plus tard, au fin fond de la Judée, ses copains s’appelaient Paul, Jean et Matthieu ? On croit à des choses sans preuve scientifique, et ça ne tient pas forcément du chamanisme ou de la religion, mais le monde est ainsi fait que la perception que nous en avons prend sens ainsi. La science parle en dehors de nous, mais nous, auteur et premier acteur de notre vie, nous n’avons recours à aucune démonstration scientifique pour en attester de la réalité.

            La psychanalyse, se déjoue de tout cela car elle se consacre à d’autres questions. Ça me fait un peu penser au surimi, cette histoire. Le surimi, c’est super bon, et avec de la mayo, on en mangerait plein. Pourtant, quand on voit comment c’est fait, ça colle la gerbe.

 

 

Onfray questionne le cuisinier mais ne jette pas un œil sur le plat qui lui est servi. On peut difficilement ne pas être respectueux du travail d’Onfray, mais l’attachement à la forme a méconnu le fond. Les ouvertures sur l’Humanité ( au sens du principe d’Humanité, ce qui nous fait Homme ) qu’a permis la psychanalyse, conséquences insoupçonnées à l’époque de Freud, dépasse de loin la pauvre description de l’homme. Onfray se défend de condamner la psychanalyse. Il dit juste que Freud était un escroc et qu’il a produit une escroquerie. Ça laisse un certain gout d’à peu près, de ratage, ou comme aime à le dire un de mes bons amis «  c’est un peu plus compliqué que ça ». Lire Freud, ça prend du temps. Le comprendre, que ça prenne sens pour notre inconscient, encore plus...

 

Allez, un petit dernier pour la fin, il faut aller jusqu'à 2min30, et vous aurez un exemple de ce qu'on appel un lapsus...

 

 

Mais ce n'est pas grave, puisque la psychanalyse n'existe pas....



[1] Le crépuscule d'une idole, L'affabulation freudienne de Michel Onfray, éd. Grasset

 

Repost 0
4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 08:57

Toujours dans la foulée de la réflexion sur le blogging, je me suis penché sur les accrochages que provoque parfois la lecture de la page Facebook. On s'entend alors dire sur un ton peu amical : "Dis donc, j'ai vu sur ta page que t'avais fait ça, que t'avais été là, et qu'est-ce que c'est que cette photo où t'es déguisé en éléphant en tutu...?"

 

Effectivement, Facebook a cet avantage de permettre de communiquer à tous et avec tous en une seule fois. On dit un truc, et toute notre liste d'amis est au courant. Mais de qui se compose-t-elle, cette liste?

En gros, il y a les vrais copains, ceux qu'on a inscrit en premier à l'ouverture du compte, puis les autres venus après, puis la famille, les copains de copains, un ou deux collègues qu'on aime bien.... En fait, des gens venus de différents horizons de notre monde social : famille, amis, travail.

 

Oui mais voila, si on a différent cercles de relations, c'est parce qu'on a besoin de pouvoir gérer différement les gens qu'on cotoie. Il y a des codes de relation, de tenue, de comportements, souvent dans le non verbal, qui permettent de placer chacun par rapport aux autres et par rapport à nous même. AInsi, si untel est mon copain et machin est mon frère, ça me place moi aussi dans une position par rapport à eux où je m'identifie, je me définie comme frère ou copain. je diférencie, je compartimente, je classe, j'ordonne, je repère, et ce point est très important, en délimitant mes relations sociales, je délimite aussi quelque chose de moi, c'est à dire "en lien avec tous ces gens, JE SUIS au carrefour de ces relations".

La personnalité est aussi cette mosaïque de la multitude de relation que j'ai, et de qui je suis à chaque fois dans ces relations.

Certaines choses vont ensemble et d'autres pas. Je suis comme ça ici et différent ailleurs, et je distingue ces différents groupes en m'adressant à ses composants d'une manière différente, qui à la fois s'adresse à ce groupe et le caractérise.

 

 

 

Mais Facebook met ce processus en échec. Effectivement, lorsque j'envoie un quelconque message, toute ma liste est au courant. Il n'y a plus de distinction, de différenciation. Le message que j'envoie en tant que Fan pratiquant de George Michael ou de la pèche à la truite en aquarium ( ce sont des exemples ), tout le monde le reçoit, tout le monde se voit adressé un message sur le même ton, donc venant de moi, parlant de moi, mais de façon décalée par rapport à ce que serait la normalité des échanges avec chacun des destinataires à qui, dans un échange dans le monde réel, je n'aurais paut-être pas dit ça. Puisque le message n'est adressé à personne en particulier sinon à la foule imaginaire de mes relations, ce message part dans le vague, trouve des interlocuteurs, mais reste une question : qui parle en vrai quand j'écris un mot sur mon mur que tout le monde pourra lire?

Et l'autre question est : puisque je ne peux plus faire valoir le canal de la relation spécifique à l'adresse de l'autre quand je passe par Facebook, qu'en est-il de mon organisation psychique socio-relationnelle à ce moment là? Et de l'aspect structurant du conditionnement social?

Repost 0

Présentation

  • : Psychologie quotidienne d'Aurélien LEGRAND
  • Psychologie quotidienne d'Aurélien LEGRAND
  • : Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
  • Contact

Recherche

Pages