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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 22:53

            La question du jour portera donc sur l’identité nationale, très à la mode en ces jours.

            Comme cela a déjà été mis en lumière il y a longtemps, on peut faire un lien entre le développement d’un individu et celui de l’humanité. Il y a des phases, des crises, des dépassements, des figures parentales, des naissances et des morts, des principes organisateurs. L’adolescence se voit souvent accolée au terme de « crise » (qui vient de décision, jugement, et aboutit souvent à une action suite à cette décision) car la personne vit quelque chose de suffisamment troublant pour être capable de trouver en elle les réponses à ses questions.  L’adolescence est le moment du passage à l’acte du corps, de la puberté, de l’annonce de la vie sexuelle à venir, du lâchage de l’enfance, de la découverte de l’autre, de la découverte de soi dans la nouveauté des rôles sociaux et des capacités intellectuelles pour penser cela. Les enjeux sont tellement divergents qu’aucune solution ne se trouve, à moins de renoncements terribles. C’est, quand on a quinze ans, un peu effrayant. Alors, le Moi, coordinateur du psychisme, va tenter de faire avec tout ça, ce qu’on s’est construit jusque là, ce qu’on aime, qui on croit être, notre parole qui est, peu à peu, prise en compte comme celle d’un grand, comme dans les responsabilités ou les choix.

            La construction de l’identité, ce sont ces choix et ces rejets, ce qu’on prend pour être «  pareil » ou qu’on jette pour ne pas y ressembler. Il y a des choix qui sont faits, même si beaucoup de choses sont déterminées par ce qui est déjà en place.

 

            Et cette identité, qu’en est-il quand elle se passe au niveau national ? Ne sommes-nous pas, en ce moment, en train de nous poser la question de qui nous sommes avec, parmi nous, une proportion certaine d’éléments que nous n’identifions pas comme étant notre ? Qu’en est-il de ce que nous acceptons et refusons ?

            Mais revenons un peu sur la question de l’identité. L’identité est un concept ambivalent, c'est-à-dire qu’il signifie plusieurs choses. L’identité, c’est à la fois ce qui fait que les choses sont pareilles, mais aussi qu’elles sont uniques, crise identitaire pour dire que je ne suis pas comme toi ou que je me questionne sur mon identité. Papier d’identité, pour dire que je suis moi, et pas un autre. De l’identité, on passe à l’identique, qui veut dire « pareil ». J’ai mon identité de français, régionaliste, citadin, habitant du quartier, jusque dans ma famille ou ma génération, car je suis comme ceux qui partagent ces critères avec moi, à la différence des autres. L’identité, il n’y en a qu’une, mais si on constate l’identité de deux choses, c'est-à-dire qu’elles sont identiques, alors, elles sont pareilles. Nous laisserons de coté pour le moment les différentes composantes de l'identité, ce qui complexifierait le débat.

 

Qu’est-ce à dire que d’incorporer en notre similitude, en notre identité, en du « pareil », d’autres si différents de nous ? Que signifie d’être musulman dans la patrie du vin rouge et du saucisson pur porc ? Qui s’identifie à l’autre ? Car l’identité va dans les deux sens : partagerons-nous nos sandwichs à l’ombre des moquées ? Célébrerons-nous l’Aïd el-Kebir comme le 14 juillet ? Et plus précisément, est-ce qu’Abdel peut se dire français ? Est-ce que Mustapha est un français ? Et puis-je intégrer dans ma définition, considérer au même titre que moi que je reconnais comme français, que Mohammed soit français ?

Psychologiquement, l’échec du maintien de l’identité, de l’union de l’individu psychique à ce stade de sa vie peut prendre de graves formes psychopathologiques, la plus connue étant la schizophrénie, qui veut dire « coupure ». Coupure de l’être en deux (ou plus), car échec du Moi à intégrer tout ça.

Et lorsqu’on voit la joie de la communauté algérienne à la victoire de son équipe, on peut se demander de ce qui s’est raté de cette intégration identitaire pour que ces français célèbrent la victoire d’un autre pays ? Et que se passe-t-il si la coupe du monde nous offre un France-Algérie ? Est-ce qu’il faudra faire jouer des voleurs ? Ça ne doit pas être facile de courir avec les mains coupées mais ça évitera les fautes…

 

La société a encore un travail à faire, travail de transformation de son identité, c'est-à-dire de qui elle est. Les autres ne seront pas incorporés, assimilés, dissous sans que la société n’en garde des changements. Ceux qui nous font nous poser la question de l’identité nationale font partie et changent la société qui les accueille, comme les découvertes de la vie adolescente modifient la personne en train de les vivre, comme on change quand on rencontre quelqu’un…

Comme quand on dit : «    - Mais tu as changé, toi, non ?

- Oui, je crois que j’ai rencontré quelqu’un... »

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 10:00

Il me fut demander par une partie de mon lectorat mon avis sur l'empathie.

C'est vrai que c'est une notion importante, souvent mal comprise et utilisée parce que le mot peu usité a un petit caractère technique qui donne l'impression qu'on s'y connait.

On le confond souvent avec la sympathie qui, étymologiquement proche, ne recouvre pas tout à fait la même notion. Dans les deux cas, "pathie" vient de pathos en grec, douleur qu'on ressent, et qui désigne maintenant par extension, toute maladie ou dysfonctionnement biologique. "Sym" veut dire "avec", comme dans symétrie où une chose va avec une autre dans les mêmes proportions. "Em" veut dire " dedans". La différence est alors le lien psychique établi par rapport à l'autre.

Alors que la sympathie définirait plutôt quelque chose de l'ordre du reflet, souffrir comme l'autre, en miroir, en double flèche, ou éprouver comme l'autre, (cette personne m'est sympathique, c'est-à-dire qu'il y a des choses que nous partageons, que nous ressentons ensemble), l'empathie exclut cette co-sensation. On comprend ce que l'autre ressent, mais sans en subir le ressenti. Ainsi, on peut être empathiquement proche de quelqu'un, mais sans toutefois être sous le joug d'un ressenti qui accable. C'est plus intellectualisé.

C'est une donnée essentielle dans la prise en charge de malades, car il convient de rester à la bonne distance professionnelle et de rester opérationnel dans ses pensées. L'empathie permet de comprendre ce qu'un malade ressent, au-delà du diagnostic, d'entendre la personne qui parle de son symptôme, de sa douleur. La proximité empathique, souvent mal maitrisée par les médecins ou le corps infirmier, est ce qu'ils évitent pour rester clairs dans leur diagnostic ou leurs actions et éviter d'être pollués par un quelconque ressenti. Cependant, ça laisse le patient bien seul avec son sentiment de ne pas être entendu. L'approche empathique doit se situer dans cette bande étroite, entre trop grande distance et trop grande proximité, la première n'étant pas très porteuse pour le patient, la seconde est nuisible pour le professionnel.

La subtilité consiste à écouter le patient, et simplement entendre cette plainte, ce témoignage de son pathos, mais sans le prendre à son compte. On peut entendre parler de la douleur, sans s'en charger, sans la prendre sur ses propres épaules. Cela revient à dire : "Je vois bien que tu portes une lourde charge, et que tu peines. Mais cette charge (ta maladie, ta douleur), je ne peux la porter avec toi (ça, ce serait de la sympathie). Par contre, je peux être le témoin de ta peine, et t'assister, t'encourager pour que tu n'ais plus l'impression d'être seul dans ton effort.". Autrement dit, l'action qui succède à la compréhension empathique, c'est de l'accompagnement. J'ai compris que tu portes une lourde charge, je marche auprès de toi, mais je ne porte pas ton paquet, ce qui me permet de pouvoir marcher auprès de toi, et que tu ne sois pas seul.

Dans les faits, être empathique commence par pouvoir prendre cinq minutes auprès du patient, lui ouvrir une petite fenêtre, un petit moment de parole, c'est-à-dire rien qu'à lui, et non pas laisser trainer une oreille distraite ponctuée de "Oui, oui" pendant qu'on fait un soin délicat. C'est garder toujours à l'esprit que, ce dont parle le patient, c'est de son vécu, et que ça a sa réalité, malgré les antalgiques prescrits. Il ne s'agit pas d'une discussion argumentée à ce moment là. On laisse venir la parole, ce qu'il a à dire. Ensuite, on reformule, ce qu'il a dit lui, et non ce qu'on en ressent. On atteste, on témoigne de ce qu'on a entendu et reçu, mais ça reste les dires du patient, à lui.

                Voila.

 

En réponse à un article précédent sur le film "Il y a longtemps que je t'aime", je ne pense pas qu'il s'agisse d'empathie entre les deux soeurs. D'une part parce que celle qui sort de prison n'en dit rien. Elle ne parle pas de son geste, ni de son incarcération, ni de son ressenti, sauf peut-être à la toute fin, mais on ne verra pas les réactions de sa jeune soeur. Pareil pour la jeune soeur (jouée par Elsa Zilberstein), elle vit son truc, quelque chose de très vivant, avec sa famille, ses enfants, la remise dans la vie de sa soeur qui vient de faire 15 ans de prison, pour se racheter de la trahison obligée par les parents. Chacune des deux est dans son truc, dans son moment de vie, et je ne vois pas trop où il y a de l'empathie là-dedans....
De la souffrance, oui...

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 16:06
J'ai eu hier soir la grande surprise de découvrir un film : "Il y a longtemps que je t'aime", dont voici un lien pour la bande-annonce.


http://www.dailymotion.com/video/x4obec_il-y-a-longtemps-que-je-taime_shortfilms

Film brillant de Philippe CLAUDEL, avec Kristin Scott Thomas et la lumineuse Elsa Zylberstein. Voyez ce film avant de lire la suite.
AVERTISSEMENT : cet article s'adresse à ceux qui ont vu le film, car je parle de faits qui ne se dévoilent quà la fin, et dont il serait dommage de perdre la saveur par une lecture trop précipitée.


Bien, vous l'avez vu? Poignant, n'est-ce pas?
Les questions qui sont posées à la fin font le quotidien des Soins Palliatifs.
"pourquoi ne nous as-tu rien dit?
- Et alors, qu'est-ce que ça aurait changé? Qu'est-ce que vous auriez fait, quand il hurlait de douleur?"

Cette histoire parle de l'euthanasie d'une mère sur son jeune fils, porteur d'une maladie héréditaire, des années d'emprisonnement qui s'ensuivent, et du silence qu'elle garde éternellement pour elle. Le film parle aussi de la lutte de sa soeur durant toutes ces années, puis à sa sortie de prison pour la ramener du coté de la vie, car la douleur est telle que plus rien ne l'atteint, ne la concerne.
" Le meurtre d'un enfant, c'est une prison dont on ne sort jamais."

Comment, une fois quelque chose de cet ordre vécu, on peut encore s'inscrire dans le monde des hommes. Si la justice faisait convenablement son travail, un idéal nous dit qu'il y a une issue possible. Crime, punition, réhabilitation. et le travail commence là : comment permettre à cette femme de se réhabiliter à ses propres yeux ? Comment donner un sens à sa vie, suite à son acte? Là où la vie se déroule selon les chemins les plus normaux, amour, enfantement, parentalité, et lorsque la maladie vie tout fausser, et la mort comme seule issue vient tout arrêter, qu'est-ce qu'on peut encore attendre de cette vie quin'a pas tenu sa promesse?

Oui, la question est grande, et la réponse n'existe pas. Tout est à construire, dans cette vie que tout a ravagé.
Mais dans ce film, il y a aussi ce médecin iranien qui a sur son bureau la photo de sa famille, périe sous les bombes. se frappant le coeur, il dit : " La guerre n'est pas si forte que ça, car ils sont toujours là..."

L'exemple que donne la soeur est simple : être, encore, là. Car pour elle, la vie ne s'est pas arrété, et elle se poursuit à la sortie de prison de sa soeur ainée. Et il faut continuer à vivre...

Sinon, en ce qui concerne l'accompagnement, il faut voir  "Et après..." avec John Malkovich et Romain Duris.

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 22:04

Nous nous pencherons aujourd'hui sur le cas d’Anne, une jeune fille Infirme Moteur Cérébral, dont les parents veulent installer une webcam dans sa chambre, au pied de son lit.
Bien sûr, cela suscite beaucoup de remous, de commentaires et autres "ça défraye la chronique", près de 48000 connexions sur le site DoudouWorld, un millier de messages laissés par les internautes. Donc, y'a pas de raison, le psychologue y va aussi de son petit mot. Je relève au passage que personne ne m'a rien demandé, mais c'est ça qu'est bon avec le net, tout le monde peut dire son mot, même et surtout si on ne lui a rien demandé...

Reprenons le problème, et les questions qu’il soulève. En préambule, je tiens à préciser qu’il n’y aura dans mes propos rien de jugeant ou réprobateur, je voudrais juste mener une réflexion avec les éléments dont je dispose, c'est-à-dire la presse. On ne s’exprime que sur des personnes qu’on a rencontrées, et le psychologue ne répond pas aux questions qu’on ne lui a pas posées.


1) La jeune fille. Anne souffre ou vit avec une infirmité motrice d’origine cérébrale, elle est dépendante pour tous les actes de la vie quotidiennes, ne possède pas le langage mais il semble (d’après les images vues à la télé, ça vaut ce que ça vaut) qu’elle puisse se faire comprendre de ses parents. Dans la mesure du possible, ce qui doit guider la démarche est bien sûr son intérêt, sa dignité, ce qu’elle voudrait, elle s’il lui était donné la possibilité de répondre à la question.

Par ailleurs, qui supporterait d'être filmé en permanence? Les expériences télévisuelles du type Loft Story n’ont pas donné de très bons résultats quant au manque d’intimité engendré par ce regard constant de l’autre.

Mais au-delà de ça, il faut aussi se demander pourquoi, à 32 ans, est-elle encore chez ses parents? La réponse la plus évidente est celle du manque d'établissements d'accueil, qui font défaut, il est vrai. Quelles solutions ont-elles été proposées à cette jeune femme et à ses parents ? S’agit-il d’un refus de placement des parents, car il n’est jamais facile de confier ainsi la mission parentale à d’autres personnes, même des professionnels. Malgré les difficultés quotidiennes, il s’agit encore et toujours de son enfant, et parfois, le placement est une étape infranchissable.


2) Les parents. Une des questions qui va nous préoccuper est de savoir : d'où émane leur projet? Faire partager la vie quotidienne de leur enfant. Que veulent-ils montrer ? Est-ce qu’il s’agit de leur douleur, de leur solitude face au handicap de leur fille ? Il s’agirait alors de pointer les lacunes du système, du manque d’établissements évoqué plus haut. Ou veulent-ils faire partager leur famille, permettre de rencontrer véritablement Anne, demoiselle, la personne, ce qu’elle fait, qui elle est. Et il y a derrière un message plus humaniste : les handicapés vivent aussi, et on peut le montrer. Sans aucun doute, ces gens en savent davantage que ce que veulent bien en retranscrire les médias sur ce qu’Anne peut vivre. Que sait-on de la dynamique familiale avant d'en parler? Et c’est ce qu’il faudrait savoir pour comprendre leur démarche : Anne, sa place, sa famille, a-t-elle des frères et sœurs...

 

3) Le regard extérieur. Car ces images livrées au Net, à qui s’adressent-elles ? Qui regarde? D’autres personnes handicapées, qui se verront offrir un nouvel outil de communication ? Leur famille, qui verra qu’il se vit la même chose ailleurs, réduisant alors l’isolement que crée cette sensation d’être seul à vivre ça ?

Qu'est-ce qu'on va voir, nous autres, que cette situation ne concerne en rien, sinon dans la convocation de notre humanité propre ?

Finalement, il y a davantage de questions que de réponses. Ce qui est sûr, c’est que l’idée parentale est loin de vouloir nuire à leur fille. Mais elle, concernée au premier chef, et qui ne peut rien en dire, qu’elle est sa place ? Et de cette question qui restera sans réponse, on peut en faire ce qu’on veut, sous la bannière de « vouloir le bien de l’autre », problématique qui se pose sans cesse à partir du moment où on prend quelqu’un en charge.

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 10:05

Travaillant dans un institut médico-éducatif, dit IME, je m’occupe de la prise en charge de jeunes retirés de la scolarité classique au profit de l’éducation dite « spécialisée ».

Cela concerne tout enfant à partir de 6 ans qui ne peut suivre une scolarité normale du fait de ses troubles ou de sa maladie mentale, son incapacité à gérer le groupe, à intégrer des enseignements ou des apprentissages, comprendre les règles sociales. Les enfants accueillis sont psychotiques, présentent une dysharmonie d’évolution, c'est-à-dire que leur développement psychique, affectif et intellectuel ne suit pas le développement habituel des enfants, des jeunes trisomiques dont les capacités sont limitées, des enfants autistes, entre autre. La structure qui les accueille est dite IMP, pour institut médico-pédagogique.

A ces enfants est proposée une prise en charge à différents niveaux. Ils sont en petits groupes, encadrés par des éducateurs spécialisés qui leur font faire diverses choses, des activités manuelles ou d’éveil, des sorties, des jeux, du sport… Ils sont aussi pris en charge par plusieurs thérapeutes selon leur besoin, psychiatre, psychologue, psychomotricien, orthophoniste.

Toute ces pratiques visent à réduire la confusion qui règne dans l’organisation psychique de ces enfants, leur donner des repères dans les règles sociales, leur permettre d’acquérir de l’autonomie, dans leur tête et dans la pratique du quotidien, tous les fondements nécessaires à une intégration sociale future.

Arrivés à leurs 14 ans, ils sont placés dans une autre structure de l’IME dite IMPRO, pour médico-professionnel, où il leur sera enseigné les bases d’un apprentissage préprofessionnel si leurs capacités le permettent. En cas contraire, une structure particulière les accueille, toujours dans cette optique d’accompagnement et de maturation mais sans visée technique, jusqu’à leur départ de l’institution.

Malgré le plateau technique et la pluralité des intervenants, la tâche est complexe. La difficulté que présentent ces jeunes laisse souvent beaucoup de questions sur la démarche à adopter, les choses à faire, la conduite à tenir. Au fil des courants théoriques et des personnes rencontrées se pose inlassablement la question : qu’est-ce qu’on fait ? On se réunit, on évalue, on questionne, et, si tout se passe bien, on envisage, on planifie, on établie un projet pour le jeune, comprenant les différents objectifs pointés par les actions de chacun.

            Seulement, ça ne se passe pas toujours comme ça, tant la réalisation quotidienne se révèle chaotique. On manque de moyens et de personnel, de salles, de véhicules, de temps, de connaissances. De tout, on manque. On manque de confiance en soi et en l’autre, en notre collègue, notre chef ou le directeur. On manque de projet, on manque, on manque, on manque…

            De là donc naissent des conflits de tous ordres, notamment sur la vie institutionnelle en elle-même, et la maigre réunion du lundi est insuffisante à ce qu’il s’en dise davantage pour résoudre les conflits et problèmes que la semaine a posé.

            Mais au-delà de ça, il reste un fond conflictuel qui ne s’épuise pas. Depuis des années, la situation s’est améliorée. Du personnel en plus, des formations, des intervenants extérieurs, un renouveau de l’équipe, un cadre de travail dans une équipe qui se renouvelle. Cependant, le mécontentement persiste, pour quelques raisons tout à fait valables sur le plan pratique certes, mais aussi pour d’autres raisons qui restent… comment dire, non pas mystérieuses, mais discrètes, dans l’ombre, souterraines, c'est-à-dire relevant de l’inconscient institutionnel.

 

Malgré le professionnalisme de chacun, la confrontation quotidienne à la maladie mentale ou à la difficulté intellectuelle reste épuisante. Il faut répéter sans cesse les mêmes choses à ces enfants, les apprentissages sont très longs, récurrents au quotidien. Leur violence est parfois explosive, et la tendresse du regard posé sur ces chères têtes blondes voit souvent apparaître leur difficulté à appréhender le monde, la souffrance de l’incompréhension, l’impossibilité de se faire comprendre, la dépendance psychique, l’angoisse, la précarité de l’imagination. Certains jours, cela est d’une tristesse indescriptible.

Même si c’est une évidence, il faut rappeler la difficulté, voire la dureté qu’il y a à prendre ces enfants en charge, et cette dureté ne cherche que des échappatoires.

Etre dans le conflit entre collègues, c’est ne pas être face à la difficulté de la maladie mentale, non dans le sens de ne pas en être capable, mais dans une tentative d'évitement ( je n'ai pas dit : ne pas faire face).

On porte le conflit là où on peut le mettre, là où on peut s’exprimer et qu’il y ait du répondant. On ne peut pas être en conflit avec ou contre la maladie mentale. Elle demande de l’empathie, de la compréhension, un travail d’élaboration qui va venir se substituer à celui dont l’enfant est incapable. Elle réclame du temps de pensée, de parole. Ce temps là est d’une autre nature que le temps où on s’accroche avec ses collègues pour régler ses comptes, chacun exposant ses arguments et tous repartant mécontents, mais sûrs de ses positions. Mais là où du temps long et constructif serait nécessaire, puisque ce temps manque, on va au plus rapide, et on décline l’énergie en quelque chose de plus explosif, plus rapide, plus vite-dit, mais forcément de moins constructif.

le psychologue doit alors être présent, dans ces interstices du calendrier ou de l'emploi du temps institutionnel, pour donner la parole aux autres professionnels sur leur pratique, sur les fondements de leur engagement, sur leur conception de la maladie mentale. il faut leur donner la parole sur "être professionnel face à la tâche" pour dériver du traditionnel discours " être proffesionnel au milieu des autres".

De ce travail élaboratif peut naitre une pensée plus claire, qui réduira l'angoisse que le sujet provoque, et nécessitera moins de déviances conflictuelles faussement salvatrices telles qu'elles apparaissent au cours des réunions.

Cela est aussi valables pour le secteur hospitalier, ou pour tout secteur où s'occuper de nos frères humains nous cause une souffrance non-dite liée à la précarité de nos existences.

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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 14:20

Actuellement, je m'interroge sur la sexualité des adolescents.

Il y a une chronologie naturelle dans la découverte de la sexualité des adolescents, qui passent d'abord par la découverte du corps de l'autre, et dans le même temps, par la découverte de son propre corps.

Il y a des intérêts qui se succèdent, pour l'autre, pour différentes parties de son corps, pour ce qu'on peut vivre avec.
L'intérêt du jeune adolescent, à la sortie de la phase de latence, présente une ambivalence. Elle est composée du désir provoquée par l'autre, l'intérêt croissant pour la dimension sexualisée et en même temps fortement teintée de l'interdit posé au moment de l'Oedipe.
Cet interdit pour le sexe perdure toute la vie sous différentes formes, lié à la culture.

L'adolescent porte d'abord son intérêt sur ce qui est le plus visible, et ce sont bien souvent les seins qui retiennent l'attention. La maturité sexuelle grandissante, et les expériences se succédant, la sexualité va se génitaliser pour passer à l'acte sexuel lui-même. Mais il y aura encore d'autres découvertes à faire, dans l'assurance de soi, les préliminaires, les jeux, et toute l'étendue de ce que propose une sexualité épanouie à l'âge adulte.

Ces différentes phases, cette chronologie de la découverte n'est pas sans évoquer une chronologie analogue qui s'observe pendant l'enfance.  En effet, il est connu que le développement sexuel de l'enfant passe par différentes phases, et accordant un rôle majeur à différents objets qui se trouve alors dotés d'un pouvoir érotique. Il s'agit des phases orale, anale et génitale, où la bouche, l'anus et le sexe se trouvent successivement investis d'une attention particulière, car l'excitation de ces zones provoquent un plaisir.
Cependant, dans les deux premières localisations, cet intérêt passe pour aller se fixer sur une autre zone du corps, ce qui atteste de la dimension psychique et évolutive de l'affectation de la zone érogène. L'enfant grandit, et une autre partie de son corps devient plus importante que la précédente en termes de capacité d'excitation, et ce déplacement est corrélé à la maturité physique et psychique de l'enfant.

Ce mécanisme de déplacement de l'intérêt pour une partie du corps se retrouve dans la maturation de la sexualité chez l'adolescent. Les différentes parties de son corps ou de celui du partenaire, ou de ce qu'on peut vivre avec lui suivent également une chronologie d'investissement.

La différence entre l'enfance et l'adolescence réside dans la capacité à pouvoir penser sur soi, faculté dont le jeune enfant n'est pas pourvu. Il s'ajoute donc de nombreux facteurs comme la morale, la culture, les interdits, l'affirmation de soi...

Cependant, cette chronologie semble subir quelques perturbations pour les adolescents contemporains. La dimension culturelle est en effet chahutée par la mise à disposition d'une sexualité adulte accomplie au travers de tous les médias qui sont maintenant disponibles : les programmes érotiques sur les innombrables chaînes de télévision, l'offre Internet inépuisable de ce côté-là ( Internet est un petit pas pour l'homme, mais un grand pas pour la pornographie), les téléphones portables dont ils sont massivement équipés et qui proposent, pour le prix d'un SMS, toutes sortes d'offres plus ou moins érotiques mais qui, bien souvent, devancent de loin leur maturité sexuelle. A un moment de l'existence où les remaniements de la construction identitaire sont au plus fort, ces vitrines de la sexualité adulte ne présentent pas toujours le meilleur de ce qui sera, dans le futur, possible avec l'autre. Si la vie sexuelle avec un partenaire choisi s'apparente à la cuisine traditionnelle, ce qui est montré aux adolescents s'apparente aux fast-food ( trop riche, trop gras, mal fait, nuisible à la santé).

Si une chronologie du développement est nécessaire pour intégrer ce qu'il faut savoir au plan sexuel à l'âge adulte, l'offre précède de trop loin la demande. Malheureusement, l'adolescent en recherche de repères nécessaires à sa construction identitaire reprend à son compte ces exemples inappropriés.
Il est à craindre que, pour des raisons commerciales, l'affichage d'objets de désir nuise à ceux auxquels ils sont destinés.
La situation n'est pas encore alarmante. On relève juste chez les dolescents des pratiques sexuelles très avancées pour leur jeune expérience. Cependant, d'eux-même, ils reconnaissent que, les années suivantes, ils reviennent à des choses plus conventionnelle, moins extrémistes, plus en lien avec l'autre, avec ce qu'il désire et attend.
Comme si, de l'acte sexuel précocément proposé et suscité par voie médiatique, l'adolescent devenu jeune adulte en construisait quelque chose de plus apaisé, dans un relationnel à autrui, un temps de maturation où l'autre va venir aider à la construction d'un "je" qui acceptera ou non que soit ainsi traité son corps.


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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 14:19

La mise en dialyse n'est qu'une des étapes de l'insuffisance rénale chronique. L'insuffisance rénale se décompose en plusieurs stades, évalués par la clairance de la créatinine. La clairance est une mesure permettant d'évaluer le pouvoir d'élimination, de filtration par les reins d'une substance donnée. La créatinine est produite par l'activité musculaire, un des déchets liés au fonctionnement. Étant stable pour une personne car produit en fonction de la masse musculaire, le calcul de son élimination est un très bon marqueur.

Il existe plusieurs façons de mesurer cette fonction, et les taux obtenus donnent une indication de l'insuffisance rénale. En dessous d'un certain seuil, il sera estimé que le rein ne fait plus son travail d'épuration, de filtration, et il faudra passer à la dialyse, substitut mécanique à la fonction naturelle.

Si le travail a été fait correctement, cet épisode ne doit pas être une surprise. On doit, à tout prix, cherché à limiter l'impact traumatique de l'annonce. Le rein se dégrade lentement, le patient aura donc rencontré plusieurs fois son néphrologue qui lui en aura parlé avant que cela n'arrive. Cependant, dans de rares cas, on voit arriver des patients en urgence avec des œdèmes pulmonaires, et la mise en dialyse est la seule indication possible. Ou alors l'information était incomplète ou mal comprise par le patient.                                                                                                                                                                         

Quand le corps passe à l'acte d'une façon aussi radicale, il y a un effet traumatique qui se déclare, d'incidence variable. Souvent, si le terrain n'a pas été assez bien préparé, le patient peut afficher certaines caractéristiques du choc réactionnel (choc, négation, colère, marchandage, abattement, acceptation). Dans la mesure du possible, l'accompagnement psychologique avant cette étape, ou simplement une présentation du psychologue comme faisant partie de l'équipe thérapeutique, peut apporter une aide circonstanciée au patient. Le psychologue ne sera pas un joker qu’on pourra jouer le cas échéant, mais sera identifié à un des éléments du dispositif comme les infirmières, la diététique, l’assistance sociale. Les réticences que montre naturellement le patient à s'adresser au psychologue auront déjà eu le temps de maturer si celui-ci a été rencontré auparavant, facilitant le dialogue.

Au moment où le néphrologue indique au patient que la mise en dialyse est nécessaire, la vie de celui-ci va à nouveau se trouver bouleversée. Généralement, les habitudes alimentaires sont à revoir, le régime change, notamment les apports hydriques qui, de très abondant, deviennent très limités. Alors que le patient ne voyait son médecin que quelques fois par an, les séances de dialyse se pratiquent tous les deux jours. C'est donc un profond bouleversement au quotidien qui s'opère.

La maladie rénale, si on la laisse faire, s'insinue partout. Il devient plus difficile de suivre une activité sociale ou professionnelle à cause de la fatigue globale générée par la maladie ou par le traitement. Cela est surtout vrai pour les personnes les plus âgées. Il est nécessaire d'avoir un régime alimentaire approprié, c'est-à-dire souvent personnalisé par rapport au reste de la famille, ce qui n'est pas sans poser problème au cours de réunions familiales. De même, les reins ne remplissant plus leur fonction d'élimination, l'absorption de liquide se trouve considérablement diminuée. Fini le repas avec apéritif, vins rouges, café et digestif. Et cela ne passe pas inaperçu. Il faut faire face aux regards, et aux questions. Au quotidien, le patient sera remis en cause psychiquement, car une partie de lui, son corps, est en train de vivre quelque chose qui n'est ni souhaité, ni demandé. On assiste parfois à des sortes de punition des patients contre eux-mêmes, car ils s’en veulent d'être ainsi, même s'ils sont conscients du fait qu'ils n'y sont pour rien. Familialement, il faudra continuer à tenir sa place dans le rang, père, mère, frère, enfant ou époux. Et puis, envers soi, tout le temps, lutter contre la soif. Celle-ci n'est pas réelle, car le corps ne manque pas d'eau. Le dysfonctionnement rénal produit un déséquilibre des électrolytes qui, analysé par le thalamus, est traduit par de la soif. Si le milieu sanguin est trop concentré, en y rajoutant de l'eau, la concentration baisse. C'est un mécanisme naturel qui fait ressentir cette soif, mais qui se trompe dans son analyse. Chez certains patients, celle-ci renvoie à la soif éternelle qui tourmente les damnés en enfer.

Seulement, comme il fut dit plus haut, c'est d'abord le corps qui est le maître d'œuvre de cette situation. Soudain, la barque devient folle. Dans toutes les complications actuelles et à venir, il est important de permettre au patient d'en dire quelque chose. Il reste la première personne concernée, avant la parole du médecin, et avant les analyses biologiques. Que s’imagine-t-il ? Que projette-t-il ? A quoi ça le renvoie, de ses craintes, de son histoire, de ce qu’il sait, de ce qu’il va devoir recomposer dans l’avenir ?

Mais surtout, qu’est-ce que ça reformule de lui-même ? L’important est la permanence du sujet, c'est-à-dire comment la personne va perdurer avec cette particularité physique, comme elle va continuer à être quelqu’un, avec d’autres moyens, d’autres futurs, d’autres envies. Le « je » reste intact.

C’est de cela, en partie, dont le psychologue est le garant : vous serez quelqu’un d’autre, mais toujours quelqu’un, un peu différent de ce que vous pensiez, mais toujours vous-même. Personne ne vous perdra, ni les autres, ni vous-même. La maladie ne va pas tout régir, vous avez encore quelque chose à en dire.

Mais pour pouvoir tenir ce discours au patient, il faut quelqu’un pour le faire en face.

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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 10:10
C'est sûrement par choix, mais à force de la regarder, je me suis rendu compte qu'on pouvait très bien se passer de la télé.
Certes, je suis un peu déconnecté du monde des vivants, de la réalité de TF1, mais heureusement, j'ai encore quelques fidèles résistants à mes côtés qui gardent un écran allumé plusieurs heures par jour...

Et quand y'a foot, c'est chez eux que je vais.
Qui dit foot dit pub, et c'est là que ça commence. Regardez ce qui suit, écoutez bien, j'analyse après...





Voila, rien d'extraordinaire, vous avez sans doute déjà vu cette pub.
Ce qui est toujours intéressant avec la pub, c'est que pour arriver à ses fins, c'est à dire qu'on achète, qu'on lâche l'oseille, et bien il faut nous séduire. Ou ça nous plait et on donne les soussous, et c'est le commerce, ou ça nous plait pas et on donne les soussous quand même, et c'est les impôts.

Il y a un rapport de séduction entre les deux partenaires, le vendeur et l'acheteur. Chacun a quelque chose que l'autre désire : un a l'objet, et l'autre a l'argent. Quand je dis " Que l'autre désire", c'est en dehors de toute acception lacanienne, on est d'accord, sinon, on n'en a pas fini. Mais effectivement, il y a quelque chose de l'ordre de l'échange, chacun a quelque chose qui lui fait défaut et qu'il voudrait bien avoir. C'est un peu le même schéma que la relation sexuelle.


Et il y a l'entremetteur qui est le publicitaire. Son rôle est de faciliter les échanges, que l'affaire se fasse. il est face à une balance pas très équilibrée. D'un côté, il y a le vendeur, et son produit, et qui veut vendre pour avoir plus d'argent, et de l'autre côté, il y a l'acheteur, qui veut bien acheter, mais bof, qui en a déjà un à la maison, qui n'est pas si tenté que ça, finalement...
Ah, la tentation... Et oui, car c'est un peu là que ça se tient, il faut tenter l'acheteur, et briser ce que ça sous-entend dans ses racines chrétiennes : Tu ne nous soumettras pas à la tentation.
Donc, c'est pas facile, mais il faut tenter l'acheteur, et infléchir la balance en sollicitant LE mécanisme qui peut contrer la moral anti-tentaton, c'est à dire le désir.
La pub a pour vocation de stimuler notre désir, de promouvoir l'envie, et de préférence par des moyens les plus inconscients possibles, de façon à ce qu'on ne puisse pas trop y réfléchir ou s'en rendre compte.
C'est comme ça que ça marche, à nous faire croire que...  Et les voies de promotion du désir, elles sont multiples, ce qui rajoutent indéfiniement des cordes à l'arc publicitaire...

Voyons de plus près cette publicité, dans ce qu'elle dit.
"Personellement, j'aime aller vite, très vite" Première scène, un jeune et bel homme, portable à la main au premier plan, qui s'autofilme,  et
qui interpelle sur l’identification. « Personnellement » dit-il, et il va nous démontrer comment, avec son téléphone, il est quelqu’un de bien, et qu’il nous invite à être pareil. Culte de la vitesse et de la performance, le voila qui court dans un aéroport plein de monde, mais ça ne le gène pas, il traverse, plus fort que la foule, bousculant une valise de touriste qui attend.

« Je n’ai pas peur du temps qui passe », référence aux crèmes anti-âge, qui ont la vocation contre-naturelle de ne pas subir le vieillissement. De la même façon, il est dit quelque chose de l’ordre du « toujours jeune », leitmotiv actuel.

« Je ne fais pas semblant », sur l’image d’une famille qui se fait prendre en photo dans une tenue vestimentaire blanche, simpliste, unie, dans une position ridicule. Une façon de dire «  je ne suis pas comme ça ».

« Et je refuse d’attendre, d’attendre » sur des images de vieux qui attendent leurs valises à l’aéroport ( on est toujours dans l’idéologie de la jeunesse vive et rapide, remuante face aux vieux), ou d’un homme cinquantenaire bedonnant à la peau très blanche ( donc pas bronzé, signe qu’il ne profite pas du soleil, de la plage et des joies des vacances avec les nanas), en slip chaussettes et sandales ( code vestimentaire repoussant) face à son barbecue. Comme pour la famille de la photo, ces images sont contre identificatoires, c'est-à-dire qu’en fait, on est bien d’accord, on ne veut pas ressembler à cela. Juste un point sur un travers qui s’insinue : attendre devant un barbecue, ce n’est pas attendre. C’est faire cuire des trucs qu’on va manger après, et ça prend du temps pour que ce soit bon, parce que le barbecue, quand c’est bien fait, c’est bon. L’image peu attirante de cet homme occulte une autre idée, celle de prendre son temps pour profiter des choses. Mais il faut aller vite…

On passe alors, suite à ces contre-exemples, à la version positive.

« Il est temps de tracer sa route », appel à la promotion personnelle (avec un portable, tu parles…), succès, ambition, réussite, et unicité, on va faire quelque chose de personnel, innovant, qui va nous sortir du lot. On voit alors des jeunes qui courent, qui font les andouilles dans une piscine d’intérieur, signe que, financièrement, ça va. Les images vont alors très vite, il y a des filles, des scènes très rapides, ça va vite, les filles touchent les garçons, sensualité, glamour, on est jeunes, on fait les cons, la vie est à nous…

« J’ai aussi besoin de voir, de parler, de toucher, de communiquer, de partager d’aimer, de profiter de la vie », ensemble de besoins dans lesquels tout un chacun peut se reconnaitre, et donc, adhérer au discours. Il y a plein d’autres moyens de faire tout ça sans avoir recours ou besoin d’un téléphone… Cela dit, parler, communiquer, d’accord, mais toucher par l’intermédiaire d’un téléphone ???  Une référence à l’écran tactile ??? C’est un peu faible.

Le final, « Avec mon nouveau bidule, je vis à fond, gnagnagna, la vitesse sans retenue». Ce « vivre à fond », « sans retenue » parle en fait, comme tout ce que propose la technologie actuelle, de l’extension des limites humaines. Le « toujours plus » se trouve enfin des moyens dans la technique. Et c’est ce que fait miroiter la publicité : ce « un peu plus que vous dont vous rêvez », ce vous-même dont les limites s’étendraient au-delà de vous-même, jusqu’aux frontières de votre imagination, de votre fantasmatique, la technique vous l’apporte.

La publicité joue sur le tableau du manque à être. Ce que nous ne pouvons être par nos limites physiques, nos corps, nos cultures, nos interdits et nos peurs, la technique nous donne les moyens de passer outre, d’être illimité, de rester jeune, de pouvoir, pouvoir, pouvoir…. Et sans manque! Sauf que, sans manque, pas de créativité.

 

« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » se trouve débouté, car la jeunesse sait (croit-elle), avec ces accès permanents aux connaissances du Net. Mais si c’est le Net qui sait, ce n’est pas l’homme. Et la vieillesse peut, enfin, si elle est bien équipée, pas trop malade, si elle a bien travaillé pour avoir une retraite convenable, si elle est ancrée dans son époque, si elle a suivi le courant, bref, si elle est restée jeune, donc si elle n’est pas vieille.

 

Comme une empreinte en négatif, cette publicité, en tentant de nous attirer du coté de notre désir, nous parle de tout ce qui nous fait défaut. Ou plus exactement, de tout ce qu’il est nécessaire de nous faire croire comme nous faisant défaut pour combler ces manques par des objets. Mais les manques sont là, inhérents à notre condition humaines. La technologie peut faciliter notre vie avec ces manques, mais elle nous chante des chansons de sirène dont les paroles disent qu'elle les fera disparaitre...

Mais faut-il être si aveugle que ça ? Ce qui nous est promis là, la vitesse, la jeunesse, la réussite, est-ce un téléphone qui va nous l’apporter ? Qu’en est-il de la question du « Qui suis-je ? » à travers ces appendices qui me proposent surtout « d’avoir ». Et ce temps qui passe, qui fait peur quoi qu’on en dise rien qu’à voir tout ce qu’on met en place pour l’éviter, « Et puis la Mort qui est tout au bout », toute cette technologie qui nous en distraie, nous détourne le regard, qu’adviendra-t-il lorsque, trop vieux pour avoir recours à ces avancées techniques, je ne serai plus que seul face à moi-même, à mon vieux corps, à mes vieilles convictions dans un monde dont le temps ne sera plus vraiment le mien ?

Qui serai-je à ce moment là ?

 










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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 14:56
Mais non, rien est perdu, car il y a toujours cette suprème dimension de l'nconcient qui nous permettra une issue honorable.
La machinerie inconsciente ne se laissera pas emprisonner si facilement.
Les preuves de réalité, aussi matérielles soient-elles, ne l'emportent pas forcément sur la réalité psychique.
Qu'en est-il alors de notre capacité d'imagination, notre fantasmatique, ce que nous nous sommes raconter à partir de ces souvenirs refaits, reformatés, devenus personnels.

Face à cette technique qui nous dirait ce qui a réellement été, il y a le Sujet qui pense et qui pourra toujours préférer ce rêve.

il y a le "voila ce qui c'est passé", dont pourront indéfiniment attester les supports techniques ou numériques, et il y a le "voila ce que j'en ai toujours cru, et autour duquel ce que je suis s'est construit".

C'est à ce moment là que s'exprime peut-être davantage l'individu, lorsqu'on le contraint à une réalité qui n'est finalement pas la sienne. C'est là que le noyau dur de l'inconscient dira non à cette réalité physique qui n'est pas tout à fait prise en compte. C'est là qu'on parle de vécu, au sens où " Voila ce que moi j'ai vécu", et qui fait foi dans mon édifice personnel.

donc, qu'est-ce qui compte?
La part de ce qu'on se laisse dicter par le monde, ou de ce qu'on a besoin de savoir pour paufiner cette construction....

Il est où le manque que cette technologie se tarque de nous combler?
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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 18:54

Après un petit stage dans une unité de Soins Palliatifs, le terme "existentialisme" qui s'était souvent présenté à mon oreille méritait qu'on lui consacre une petite réflexion. Il en était souvent question dans la position qu’on devait prendre par rapport au patient, dans ces moments particuliers tels qu’ils sont vécus dans ce genre de service. Il est d’ailleurs dit dans les textes que le patient doit être pris en charge à différents niveaux, y compris du point de vue existentiel. Comprend qui peut.

Il faut commencer par définir. L’existentialisme est un courant philosophique qui est par la suite devenu aussi littéraire. Ce courant postule que les individus créent le sens et l'essence de leur vie par leur action. En fait, on pourrait dire que c’est l’ancêtre de « Sois le héros de ta propre vie ». Ce mouvement prenait le contrepied de ce qu’on croyait jusqu’alors, en opposition aux doctrines religieuses ou philosophiques qui parlaient d’un destin tout tracé, d’une volonté divine et impénétrable, extérieure à la personne elle-même.

Mais pas mal de choses sont venues contrarier tout ça, y compris la psychanalyse qui a démontré que 1) Au-delà de la volonté divine, l’homme est agi par un inconscient qui module des destins plein de sens, 2) les personnes avaient quelque chose à dire de leur vie, et qu’ils pouvaient y mettre du sens, et donc, l’idée que la vie était toute tracée par des intentions supérieures auxquelles il conviendrait de plaire si on voulait s’assurer une éternité paisible, tout cela s’est vu un peu malmené. « Mais les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux… ».

L'existentialisme considère donc chaque personne comme un être unique, maître non seulement de ses actes et de son destin, mais également des valeurs qu'il décide d'adopter. Et s’il en est maitre, il en est aussi responsable. La démarche psychanalytique, ou plus simplement ce que le psychologue a à voir là dedans, c’est de faire prendre conscience à la personne de cette dimension, et de l’épauler, dans la conquête de sa position de sujet auteur de sa parole. En soins palliatifs, ce mouvement est certes inabouti car le temps manque toujours, mais cela contribue à réinstaurer de l’unité. Si on parvient à trouver un sens global à tout ce qui est vécu y compris chez la personne malade, un sens qui pourra s’exprimer par un « Moi, je… » qui parle de soi sous un aspect non défensif comme le moi-je habituel, alors quelque chose de la personne parlera. C’est en cela que le Moi du sujet se trouve advenu. S. FREUD : « Là où était le Ça, le Moi doit advenir », dans son principe organisateur et unificateur de la personne, de prime abord divisée comme l’explique la théorie lacanienne.

 On retrouve comme toujours le "Connais-toi toi-même" de Socrate, la base de la démarche qui vise à laisser venir l'inconscient au jour, et non à le museler.

Tout ça pour dire à des gens qui ne liront jamais ces lignes que l’existentialisme, j’avais compris…

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