Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 22:35

Depuis quelques temps, on voit se révéler un scandale chez ORPEA et autres grands groupes de l’hébergement du grand âge. Comme si ça venait d’apparaitre... Comme si la marchandisation de la nécessité produisait des choses positives. Tout cela génère une inquiétude folle, pour les résidents qui y sont, pour leur famille, pour les résidents à venir, pour les professionnels. Il faut rappeler que l'EHPAD, ça n'est pas ça.

Il est essentiel de dire et redire que de nombreux établissements dépendent de fonds publics, municipaux, et qu'il n'est en aucun cas question de recherche de profit, même s’il faut veiller aux finances. Il faut dire aussi que des directeurs d’établissements privés peuvent être assez consciencieux et renseignés pour ne pas déshumaniser les résidents au profit de pratiques mercantiles. Les EHPAD ne sont pas là pour récolter de l'argent. Les structures municipales n’ont pas d'actionnaires. Il faut souligner avec force le professionnalisme qu’on rencontre dans ses établissements, pointer du doigt ceux qui s’y soustrait, sans faire porter cette croix à tous. Pour un fruit pourri, il ne faut pas couper l’arbre.

Il faut être vigilant avec les stéréotypes et les clichés qu’on nous sert au journal de 20 Heures, autant faits pour outrer et sensibiliser que pour angoisser le téléspectateur. Une personne âgée ne sent pas mauvais. Si on a le temps de lui faire sa toilette, qu'on l'habille avec des vêtements propres, elle ne sent pas mauvais. Travailler avec la dégénérescence lié la maladie d'Alzheimer est un art difficile. Travailler dans l'écoute de l'autre est un art difficile. Et certains y arrivent, au prix d’un effort quotidien. C'est pour ça qu'on y travaille beaucoup. Tous les jours.

Il fait dire et redire que les professionnels qui font correctement leur travail, ça existe, et que ce n'est ni un chemin de croix, ni un sacerdoce. La conscience professionnelle, la dynamique d’équipe, ça existe. Ça se construit, ça se développe. Il n’y a pas de fatalité. Il y a des équipes de cadres qui réfléchissent dans le bon sens, qui s’appuient sur des réunions de réflexion, sur un comité éthique. Et il y a des équipes de terrain qui réfléchissent aussi, qui sont consultées, qui vont en formation, et qui sont associées aux décisions, à la réflexion dans des analyses de pratique, et qui ont bien des choses à dire.

Mais surtout, avant cela, il y a la conviction profonde que tout part de la personne âgée qu’on accueille, au service de laquelle on se met. De ses envies, de ses désirs, de ses demandes. On est tellement persuadé d’être dans le « bien faire » qu’on oublie bien souvent l’essentiel : poser la question à la personne concernée. Mais c’est tellement facile de dire ça, et il est tellement vite fait de passer à côté. Parce que les contraintes, parce que les horaires, parce que la sécurité, et très vite, les impératifs de service prennent le pas sur la liberté des résidents. Sur le regard qu’on porte sur eux. Mais ça aussi, ça se travaille. Ça se discute, ça se négocie :

  • Les résidents sont à table à 18 heures pour une sortie de table à 19h, afin d’être au lit à 20 h quand l’équipe débauche ? Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas là-dedans. Les résidents ronchonnent. Alors, petit à petit, au fil du turn-over, on modifie les horaires des nouveaux contrats, et on incite les professionnels à débaucher plus tard, et on permet aux résidents de diner à un horaire normal.
  • Dans la matinée, c’est la course, car il faut faire les soins et les toilettes, et tout doit être fini à midi  pour le déjeuner ? ça aussi, ça s’adapte, encore faut-il se poser les bonnes questions. Tous les résidents veulent-ils avoir leur toilette le matin ? Leur a-t-on seulement posé la question ? Y a-t-il moyen de modifier les horaires du déjeuner ? On a demandé à la cantine ?

Il faut garder à l’esprit l’idée du vivant. Malgré les images de la vieillesse, de la dégénérescence. Plutôt que de rajouter des années à la vie, penser à rajouter de la vie aux années. Il faut accueillir, tels qu’ils sont. Et c’est un exercice éminemment difficile.

Il est faux de dire que les EHPAD sont des mouroirs. Ces lieux ne sont pas des mouroirs. Il ne faut pas confondre un lieu où la vie va prendre fin et un lieu où la vie s'arrête. Bien sûr, pour la plupart, c'est là qu'ils passeront leur dernier jour. Ils ne mourront assurément pas endormis ou dans l’oubli. Bien au contraire. Ils mourront car ils seront à la fin de leur vie, vie dans laquelle tout le monde aura été présent jusqu’au bout.

Si on y travaille, les EHPAD des lieux où les vieux sont délaissés, des endroits violent où le personnel est agressé. Non, les personnes âgées ne sont pas délaissées. Pour certains, pour tous, les activités sont proposées. Mais certains veulent simplement ne rien faire, et il faut que cela soit respecté. Les personnes âgées peuvent avoir d'autres rythme, d'autres visions sur le monde, un autre regard, et être dans une salle commune en présence du personnel et de ses allers et venues, ça peut suffire, sans qu'elles ne soient forcément affairées à une quelconque activité. Il y a une différence entre les lieux où la vie arrive à sa fin et les lieux où la vie s'arrête.

L’EHPAD doit être ce lieu où le résident va finir sa vie, mais pas le lieu où la vie va finir.

Il ne faut pas faire de l’exemple ORPEA une généralité, comme il ne faut pas faire de l’EHPAD une fatalité. Les valeurs institutionnelles, ça se travaille. Les équipes qu’on arrive à mobiliser sur un travail de réflexion, ça existe. La bienveillance, la patience, le respect, ça s’apprend. On ne devrait pas entendre que les résidents ou les familles n’osent rien dire par peur de représailles.

Mettez-vous au boulot.

 

 

Partager cet article
Repost0
21 janvier 2022 5 21 /01 /janvier /2022 17:16

Comme il est recommandé par les ARS et par l’ANESM, l’accueil d’usagers s’accompagne de la rédaction d’un projet, document qui est une feuille de route du parcours de l’usager durant son temps de présence dans l’établissement.

Et quand on lit un de ces projets, on perçoit vite qu’il y a un problème.

Puisque c’est ainsi que les choses sont préconisées, il est demandé au jeune ce que serait pour lui son projet, sous forme de « Mais toi, plus tard, que voudrais-tu faire ? », et il parle de ses envies, désirs, projections, parfois peu en lien avec la réalité ou ses capacités. Cependant, afin de rendre tout cela possible, il y a de nombreux prérequis indispensables, beaucoup d’apprentissages, de savoir-faire et de savoir être et autres formalités inévitables. Dans un document réfléchi et rédigé en équipe, on accole donc des rêves et des obligations, de l’imaginaire et de l’obligatoire, on superpose, on mélange, et on appelle tout ceci « projet du jeune », dans lequel il y a l’expression des désirs du jeune mais également les étapes qu’il doit obligatoirement valider.

Dans la pratique quotidienne, le document projet est petit à petit dévoyé, et devient même opposable à l’usager lui-même. Dans son projet, la personne y met du désir, et dans le désir, il y a de l’Autre, et toute la difficulté consiste à reconnaitre la parole de l’Autre. La lecture d’un de ces documents montre que nous sommes surtout en lien avec ce qui se présente d’abord comme des impossibles. Tant et si bien que le projet en perd son sens, que l’usager ne reconnait plus du tout son projet, et qu’il se trouve contraint de participer à des activités qu’il n’a jamais demandées, sur une route qui n’est plus la sienne, alors qu’on lui parle de problèmes d’adhésion à « son propre projet ». Comment ne pas rendre la situation plus confuse auprès de jeunes gens porteurs de handicap intellectuel, quand on les exhorte à faire des apprentissages, qu’on leur explique le champ des possibles de leurs choix futurs, pour les ramener le plus souvent aux contraintes du faisable dans la limite de leurs possibilités ? Mais cela est souvent trop dur à dire à au jeune et aux parents qui ont une tout autre vision de leur enfant, des espoirs plus grands. Alors il faut habiller tout cela de l’impératif de la nécessité, et c’est là que le mal arrive.

Les projets, tels que je les vois écrits, comporte en théorie deux parties distinctes, qui sont alégrement mêlées. Le projet parle du désir du jeune, et de ce qu’il sera envisageable qu’il fasse plus tard, et des apprentissages qu’il devra faire. On voit donc qu’il est constitué de choses qui lui appartiennent vraiment (ce qu’il veut), et d’autres sont moins personnelles (les ateliers auxquels il participe), et d’autres sont générale, pour tout le monde (son parcours d’apprentissage). Au final, les projets sont surtout écrits du point de vue de l’éducateur, listant les choses à faire et à travailler. Les projets, en l’état, sont surtout des projets pour des éducateurs, pas pour des jeunes, au sens où ils sont rédigés pour guider le professionnel dans ce qu’il y a à faire, mais ça n’émane alors plus du tout du jeune au sens où ça dirait ce dont il rêve.

Bien souvent, il est scandé que le jeune doit être « ACTEUR » de son projet. Cela revient à dire qu’on lui trace un chemin et qu’il n’a qu’à le suivre. Alors, bien sûr, il a des choses à faire, des démarches à entreprendre, des actions à mener. Ça le rend acteur, il ne fait pas rien. Mais c’est une mystification, car tout a été décidé pour lui.

 

S’il doit en être l’acteur, qui est donc l’auteur de son rôle ? « Tu vas aller dans tel établissement pour y faire un stage, et pour commencer, tu vas téléphoner pour prendre contact ». Ainsi, le jeune est acteur, participant à son projet de stage, téléphonant comme il l’a appris à l’atelier de compétences sociales, mais il a aussi toujours dit ne jamais vouloir aller dans cet établissement. Ainsi, on peut trouver des choses affolantes dans certains documents :

- « doit participer à la rédaction de son dossier MDPH » pour une personne majeure qui ne maitrise pas l’écrit, avec un niveau développemental de l’ordre de 8 ans.

- « doit acquérir une posture de travailleur », pour un jeune homme déficient intellectuel moyen qui certes va bientôt intégrer un établissement de travail protégé, mais donc la principale question peut se résumer à « Elle est où, Maman ? »

- « doit travailler à l’amélioration de sa santé mentale ». On croit rêver.

Et encore une fois, comment réagirait-on si de telles aberrations se trouvaient dans les carnets de correspondance ou sur les bulletins de note de nos collégiens ou lycéens ? Dans une école primaire, le nom de l’école a été choisi par les enfants. Et on se targue de la liberté qu’il leur a été laissé, de la démarche pédagogique qui a été entreprise, et des résultats du vote des enfants pour le choix du nom de leur école. Au départ, il y avait une liste établie par l’équipe pédagogique : comme d’habitude, Aliénor d’aquitaine, Marie Curie, Saint Exupéry, etc. Les classiques. Oh que le Maire était fier quand il a révélé la nouvelle plaque posée à coté de l’entrée, insistant bien sur le fait « le choix des enfants ». Donc, interrogeant les enfants de cette école, les CP et CE ne savaient plus du tout de quoi il s’agissait, les CM avaient encore quelques éléments. Jusqu’à la question qui les a vraiment intéressés : et vous, vous auriez proposé qui pour nommer votre école ? Alors, bien sûr, administrativement, on ne peut pas avoir une école Ninja Go ou Ariana Grande. Mais dans ce cas, pourquoi mettre en avant « le choix des enfants », alors que c’est faux. Et pour le projet, c’est du même ordre. C’est : « Tu veux un dessert ? Que veux-tu ? Une glace à la fraise ? Ok. Tiens, c’est du gâteau au chocolat, mais c’est pareil ».

 

Donc, qu’est-ce que cette chose qu’on appelle « le projet du jeune », quand il se trouve de plus en plus dépossédé de ses actions, et donc de ses désirs ? Il doit être acteur de son projet, mais peut-on encore parler de SON projet, alors que ça n’est pas lui qui en a décidé. Acteur ? Exécutant tout au plus… A partir de cette liste de choses à réaliser, il suffit d’ajouter en titre le nom et prénom de la personne, et hop, ce document qui reprend les grandes lignes de la prise en charge devient « son projet », alors que la personne n’a plus grand chose à voir avec les étapes d’apprentissage ou les justifications professionnelles qui y sont décrites.

Il y a vraisemblablement quelque chose de dramatique qui se joue là, car que considère-t-on de la parole du sujet, de la personne qui est face à nous quand ses choix sont dissous dans les seules possibilité offertes par les ESAT. Bien sûr, il ne faudra pas conclure que tout jeune en situation de handicap se voit nié au profit d’un établissement qui afficherait de très bons chiffres de réussite, mais la dimension humaine, qui devrait être primordiale avec des personnes vulnérables, se perd. Et ça, c’est dramatique.

J’illustrerai par la métaphore du pâté d’alouette ; un charcutier veut faire du pâté d’alouette parce que c’est très bon, mais les alouettes coutent très cher. Il essaye plusieurs fois en augmentant toujours plus la proportion de porc pour une alouette, mais ça reste très cher. Finalement, il obtient un bon équilibre quand il met un cochon entier pour une alouette. Et il appelle ça « Pâté d’alouette ».

On ne respecte pas le projet du jeune, et pour ça, on utilise un subterfuge : le glissement sémantique du terme projet, qui contient à la fois des choses appartenant au jeune et des contraintes avec lesquelles il faut composer. Le poids des contraintes étant non-négociables, ce sont finalement les désirs du jeune qui reculent sur le terrain de la faisabilité. Et ce « projet », composé de désirs de l’usager pour une part de plus en plus infime et de l’obligatoire des apprentissages, il est surtout composé de la faisabilité du terrain, comme le pâté d’alouette. Le projet du jeune, ce n’est pas le projet du jeune. C’est un mensonge.

 

Partager cet article
Repost0
4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 10:43

Aujourd’hui, 2 avril 2021, journée de l’autisme.

Gros plan sur les associations, les familles, leur vécu, leur parcours, leurs douleurs. Longue diatribe sur les méfaits de la psychanalyse.

Et on ressort le manuel des bonnes pratiques de l’ANSEM, la condamnation de la psychanalyse comme thérapeutique de l’autisme, la préférence argumentée pour les TCC. Il n’est pas question ici d’apporter de l’eau au moulin d’un des deux camps, il est surtout question de ne pas rajouter de la souffrance à la souffrance. Il n’est pas question de rappeler que l’argumentaire scientifique de l’ANESM et de l’AHS de 2012, au sujet des approches psychanalytiques, précise que : « L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques ».

La psychanalyse n'est pas un chant des sirènes, elle ne cherche pas à provoquer notre mort, la mort de la mère, de son enfant ou de la parentalité. Avec ce qu'on sait aujourd'hui, les spécificités neuronales, l’incapacité fonctionnelles à la communication des autistes, on peut se figurer que la psychanalyse ne soit pas indiquée dans le traitement même de l'autisme. Mais écouter, comprendre et traiter sont des choses différentes. Et il ne faut pas condamner une discipline par qu’elle est, au final, mal employée. Les exemples d’interprétations violentes fourmillent, les pratiques jugées de nos jours abusives, inappropriées, les familles en ont toutes vécu. Les séjours de rupture, la condamnation des mères, le milieu familial toxique, le désir maternel de mort in-utero, bien des choses épouvantables ont été dites. En travaillant avec des familles de personnes autistes, très vite dans la discussion reviennent ces histoires violentes, la double peine d’avoir un enfant si différent, parfois si incompréhensible, et le regard, le terrible regard de l’autre, qui n’y comprend pas davantage, mais pour qui la seule explication réside dans la faute parentale. Et bien sûr, comme aucun de ces enfants autistes n’a de père, ça ne peut être que de la faute de la mère ( c’est de l’ironie !).

La psychanalyse est un outil théorique d’explication plutôt extraordinaire, mais si c’est pour l’utiliser ainsi, pour expliquer aux gens pourquoi ils sont responsables de l’autisme de leur enfant, et bien non, il ne faut pas faire ça. Parce que ça ne sert à rien, ni personne, parce que ça fait mal. C’est inutile.

Et il n'est pas scandaleux que la psychanalyse soit enseignée à la fac, quoiqu’en pensent certains présidents d’association d’information et de services sur l’autisme, pour ce qu'elle apporte d'un autre éclairage, de ramener à la personne elle-même, de permettre l'écoute, de laisser voir le quelqu’un qui existe derrière la personne autiste. Peut-être aussi parce que les gens qui vont à l’Université et entendent parler de la psychanalyse n’auront pas à accompagner QUE des autistes et leurs parents, et que cet enseignement leur sera précieux.

Par contre, il est scandaleux de voir cette même psychanalyse exercée par des professionnels de façon approximative, friands du jeu de mots qu’ils font passer pour de l’interprétation. La psychanalyse et plus précisément l'interprétation psychanalytique ne doit pas être asséné à un public qui n'est pas venu là pour entendre ça. La culpabilisation par quelque moyen que ce soit ne sera d’aucune utilité. Encore une fois, il faut tenir aux gens un discours qui va dans leur sens, qu’ils sont capables de recevoir, de s’approprier, quelque chose qui les aide. Quelle mère peut trouver de l’aide dans « Vous avez un désir de mort pour votre enfant » ? La psychanalyse ne devrait pas venir en rajouter une couche. Au contraire, elle devrait investiguer et expliquer les mécanismes en jeu, et venir pacifier ce qu’il y a de chaotique dans ce que vivent les parents, et laisser tout professionnel fort humble dans cet accompagnement.

Et on peut effectivement porter un regard critique sur une pratique qui, au final, ne servira personne, sinon le narcissisme de son auteur. Et ce n’est pas cela qu’il faut pour les autistes et leur famille. Ces témoignages portent heureusement la marque du passé, un autrefois qu’on espère ne plus rencontrer, mais ce n’est pas le cas de toutes les expériences qui m’ont été décrites. Encore de nos jours, de petits rois de service pédopsy font les malins en jonglant de façon malhabile avec deux ou trois concepts piochés sur un 4ème de couverture d’un livre qu’ils n’ont pas lu.

Il ne faut pas condamner la psychanalyse parce qu’elle est utilisée à mauvais escient, et qu’elle reste fondamentalement crédible dans sa spécificité théorique. Il faut garder en tête que ses fondateurs ne pouvaient prédire les autres lumières scientifiques qui se mettraient à briller des décennies après eux, et qu’il faut se mettre à la page. Il y a 50 ans, quelles autres explications avions-nous ? Avant la neuro-imagerie, avant les neurosciences ? Et si on regarde de l’autre direction, quel regard porterons-nous sur nos pratiques actuelles, psychothérapie ou TCC, dans 50 ans, quand nous verrons qu’il n’est pas possible d’apprendre aux gens à être, qu’une succession d’apprentissages comportementaux ne fabriquent pas des individus, et que l’apprentissage des habiletés sociales n’est qu’un leurre pour qu’ils aient leur place auprès de nous. Les ramener à la norme, ça veut dire les ramener à notre norme. Dans 50 ans peut-être, ce ne sont pas les TSA qui auront trouvé leur place auprès de nous, mais nous qui auront trouvé comment faire avec eux. Dans 50 ans, nous aurons probablement avancé sur le fonctionnement du cerveau et ses spécificités, et approché la structure de représentation du monde qu’ils ont. Pas de psychanalyse dans le traitement de l’autisme, mais dans 50 ans, peut-être aurons-nous compris la nature de LEUR lien S1 -> S2, leur articulation au langage, et la façon dont ça impacte leurs capacités sociales. On peut aussi rêver à une nosographie plus détaillée, des catégories dans le spectre. Car de quoi parle-t-on quand on parle d’autisme, de TSA ? De Bill GATES ou Kim PEEK à un des jeunes de mon établissement, comment considérer qu’il n’y ait qu’un spectre quand on voit tant de différence ?

Il ne faut pas jeter la psychanalyse (pas plus que les sciences cognitives) parce que ce ne sont pas les TCC qui vont faire de la place à la parole, parole qui va dire la souffrance. Même si les parents ne veulent que des solutions pour leur enfants, il y a aussi des parents qui veulent, qui ont besoin de pouvoir dire leur peine, leur mal. Et aussi un espace pour que leur enfant parle et soit entendu. Car les autistes parlent, et ils apprécient quand des personnes prennent la peine ou le soin de les écouter. Or, les TCC posent la question au comportement de la personne, mais pas à la personne elle-même. Autiste, où suis-je, moi, dans ces apprentissages ? Où est-ce que je suis quelqu’un dans cet apprentissage méticuleux de règles pour tous ? C’est une question d’une dimension humaine qu’il ne faut surtout pas recouvrir par un ensemble de savoir-faire pour tous.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Psychologie quotidienne d'Aurélien LEGRAND
  • : Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
  • Contact

Recherche

Pages