Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
Il me fut demander par une partie de mon lectorat mon avis sur l'empathie.
C'est vrai que c'est une notion importante, souvent mal comprise et utilisée parce que le mot peu usité a un petit caractère technique qui donne l'impression qu'on s'y connait.
On le confond souvent avec la sympathie qui, étymologiquement proche, ne recouvre pas tout à fait la même notion. Dans les deux cas, "pathie" vient de pathos en grec, douleur qu'on ressent, et qui désigne maintenant par extension, toute maladie ou dysfonctionnement biologique. "Sym" veut dire "avec", comme dans symétrie où une chose va avec une autre dans les mêmes proportions. "Em" veut dire " dedans". La différence est alors le lien psychique établi par rapport à l'autre.
Alors que la sympathie définirait plutôt quelque chose de l'ordre du reflet, souffrir comme l'autre, en miroir, en double flèche, ou éprouver comme l'autre, (cette personne m'est sympathique, c'est-à-dire qu'il y a des choses que nous partageons, que nous ressentons ensemble), l'empathie exclut cette co-sensation. On comprend ce que l'autre ressent, mais sans en subir le ressenti. Ainsi, on peut être empathiquement proche de quelqu'un, mais sans toutefois être sous le joug d'un ressenti qui accable. C'est plus intellectualisé.
C'est une donnée essentielle dans la prise en charge de malades, car il convient de rester à la bonne distance professionnelle et de rester opérationnel dans ses pensées. L'empathie permet de comprendre ce qu'un malade ressent, au-delà du diagnostic, d'entendre la personne qui parle de son symptôme, de sa douleur. La proximité empathique, souvent mal maitrisée par les médecins ou le corps infirmier, est ce qu'ils évitent pour rester clairs dans leur diagnostic ou leurs actions et éviter d'être pollués par un quelconque ressenti. Cependant, ça laisse le patient bien seul avec son sentiment de ne pas être entendu. L'approche empathique doit se situer dans cette bande étroite, entre trop grande distance et trop grande proximité, la première n'étant pas très porteuse pour le patient, la seconde est nuisible pour le professionnel.
La subtilité consiste à écouter le patient, et simplement entendre cette plainte, ce témoignage de son pathos, mais sans le prendre à son compte. On peut entendre parler de la douleur, sans s'en charger, sans la prendre sur ses propres épaules. Cela revient à dire : "Je vois bien que tu portes une lourde charge, et que tu peines. Mais cette charge (ta maladie, ta douleur), je ne peux la porter avec toi (ça, ce serait de la sympathie). Par contre, je peux être le témoin de ta peine, et t'assister, t'encourager pour que tu n'ais plus l'impression d'être seul dans ton effort.". Autrement dit, l'action qui succède à la compréhension empathique, c'est de l'accompagnement. J'ai compris que tu portes une lourde charge, je marche auprès de toi, mais je ne porte pas ton paquet, ce qui me permet de pouvoir marcher auprès de toi, et que tu ne sois pas seul.
Dans les faits, être empathique commence par pouvoir prendre cinq minutes auprès du patient, lui ouvrir une petite fenêtre, un petit moment de parole, c'est-à-dire rien qu'à lui, et non pas laisser trainer une oreille distraite ponctuée de "Oui, oui" pendant qu'on fait un soin délicat. C'est garder toujours à l'esprit que, ce dont parle le patient, c'est de son vécu, et que ça a sa réalité, malgré les antalgiques prescrits. Il ne s'agit pas d'une discussion argumentée à ce moment là. On laisse venir la parole, ce qu'il a à dire. Ensuite, on reformule, ce qu'il a dit lui, et non ce qu'on en ressent. On atteste, on témoigne de ce qu'on a entendu et reçu, mais ça reste les dires du patient, à lui.
Voila.
En réponse à un article précédent sur le film "Il y a longtemps que je t'aime", je ne pense pas qu'il s'agisse d'empathie entre les deux soeurs. D'une part parce que celle qui sort de prison n'en
dit rien. Elle ne parle pas de son geste, ni de son incarcération, ni de son ressenti, sauf peut-être à la toute fin, mais on ne verra pas les réactions de sa jeune soeur. Pareil pour la jeune
soeur (jouée par Elsa Zilberstein), elle vit son truc, quelque chose de très vivant, avec sa famille, ses enfants, la remise dans la vie de sa soeur qui vient de faire 15 ans de prison, pour se
racheter de la trahison obligée par les parents. Chacune des deux est dans son truc, dans son moment de vie, et je ne vois pas trop où il y a de l'empathie là-dedans....
De la souffrance, oui...