Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
Encore une fois, une question tournant autour de FaceBook me préoccupe. Comme vous l’aurez compris, et que vous l’attendez tous, je vous livre mon tourment afin que vous perceviez à quel point vos soucis sont mineurs…
Il se révèle donc une étrangeté, quelque chose qui touche grandement au paradoxe d’une sorte de langage sociétal car FB propose de créer des réseaux sociaux, c'est-à-dire de mettre en lien les gens qui, dans la vraie vie, sont déjà en lien. Seulement par le média FB, la spécificité, la particularité contextuelle de chaque relation sociale se gomme pour ne laisser qu’une occurrence possible : celle du personnage virtuel dont le nom apparaît en haut du compte. Car oui, l’humain devant son clavier est bien toutes ces bribes d’individualité qui le représentent via FB, au fil des publications, des commentaires, des liens, des ajouts, des adhésions à des groupes, etc... La différence avec la réalité, c’est qu’en vrai, on n’est pas tout ça en même temps, car on module notre comportement social. Sur FB, pas de modulation possible, on livre tout sec à toute notre « liste d’amis » qui nous sommes à un moment précis et ce message est livré indépendamment qu’il soit lu par le frère, la sœur, les parents, les collègues de bureau, la vieille copine du bout du monde, ou tous ceux de la liste... Sans modulation liée à l’environnement social, c’est pour ça que FB, voulant créer du réseau social, crée en fait une sorte de parc d’attraction géant pour pseudo-identité. Ce ne sont que des messages sans destinataires précis, donc pour un Autre encore plus flou, vague, incertain, mal défini, innommable, mais paradoxalement pas tant que ça, car ces représentants de l’Autre, on les a choisi pour les mettre dans notre liste. Mais c’est pas très grave….
Ce qui m’interroge aujourd’hui, c’est l’intimité, ce qu’on appelle aussi « privacy ». FB offre ou fabrique la possibilité d’une nouvelle identité, celle développée face au clavier, face à l’écran, ce mix de qui on est au bout de tout ça. On fait ce qu’on veut, pense-t-on, mais vu la publicité de l’espace, on le fait toujours sous le regard de l’autre de la liste, pas vraiment sous surveillance mais au moins sous le regard. La liste, chacun de ses membres, peut venir commenter, approuver ou dénier ce qu’on vient d’écrire. On vote « J’aime » ou « J’aime pas ». On reproche : « Tu étais sur FB l’autre jour, tu m’as même pas poké ». On ordonne : « Les photos de nous deux que tu as mis, tu les enlèves tout de suite !!!! ». Le verbe est ouvert à tous, de la critique à l’approbation. Le jugement. Et c’est là que quelque chose de notre rapport au monde se tord, car la réponse de cet Autre, constitué d’autant de parcelles d’identité qu’il y a de personne sur ma liste d’amis, cette réponse, que me dit-elle ? Que contraint-elle de ce MoiFB, ou que fait-elle parler du SurMoiFB ?
Et surtout, qui puis-je être sous le regard de cette entité là, au fil de mon accès et de mes publications, puisque le but est que nous soyons toujours en lien, qui puis-je être dans ces espaces sans solitude, c'est-à-dire sans place pour un imaginaire qui viendrait se substituer à la parole de l’Autre puisque parole de l’Autre toujours il y a ? Se souvient-on de la polémique sur l’installation de Webcam dans les écoles primaires ? C’était trop mignon, comme ça les parents pourraient regarder leur enfants toute la journée… Finalement, non ! Pas de ça ! Il y a des espaces avec, et des espaces sans. Il y a des temps où je peux, je veux être seul… Et l’idée d’installer des webcams est morte, ce qui n’est pas plus mal. FB a un peu ce coté là, on est vu, on dit aux autre, à l’Autre qu’on est là… un peu… « Pour vivre heureux, vivons cachés » prend une autre tournure, comme être caché au grand jour, derrière un voile illusoire. A-t-on tant besoin de ces espaces de solitude, au milieu de l’Autre, qu’on se crée des pseudos pour l’occuper pendant qu’on rêvasse ailleurs sur les chasses où il ne nous attrapera pas…. C'est aussi paradoxal qu'un cache-cache, où il est décevant d'être trouvé, mais il est terrible de ne pas l'être.
J’ai déjà entendu parler de quelqu’un qui nous voyait tout le temps, au départ pour veiller sur nous parce qu’il nous aimait, puis aussi pour nous surveiller pour peser nos actes au moment Jugement Dernier…
Je ne sais pas ce qu’il est devenu…
Qui disait : "La vie, c'est ce qui se passe pendant qu'on fait autre chose"?
La vie, c'est ce qui se passe pendant qu'on vit sur Internet.