Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
Actuellement, je m'interroge sur la sexualité des adolescents.
Il y a une chronologie naturelle dans la découverte de la sexualité des adolescents, qui passent d'abord par la découverte du corps de l'autre, et dans le même temps, par la découverte de son
propre corps.
Il y a des intérêts qui se succèdent, pour l'autre, pour différentes parties de son corps, pour ce qu'on peut vivre avec.
L'intérêt du jeune adolescent, à la sortie de la phase de latence, présente une ambivalence. Elle est composée du désir provoquée par l'autre, l'intérêt croissant pour la dimension sexualisée et
en même temps fortement teintée de l'interdit posé au moment de l'Oedipe.
Cet interdit pour le sexe perdure toute la vie sous différentes formes, lié à la culture.
L'adolescent porte d'abord son intérêt sur ce qui est le plus visible, et ce sont bien souvent les seins qui retiennent l'attention. La maturité sexuelle grandissante, et les expériences se
succédant, la sexualité va se génitaliser pour passer à l'acte sexuel lui-même. Mais il y aura encore d'autres découvertes à faire, dans l'assurance de soi, les préliminaires, les jeux, et toute
l'étendue de ce que propose une sexualité épanouie à l'âge adulte.
Ces différentes phases, cette chronologie de la découverte n'est pas sans évoquer une chronologie analogue qui s'observe pendant l'enfance. En effet, il est connu que le développement
sexuel de l'enfant passe par différentes phases, et accordant un rôle majeur à différents objets qui se trouve alors dotés d'un pouvoir érotique. Il s'agit des phases orale, anale et génitale, où
la bouche, l'anus et le sexe se trouvent successivement investis d'une attention particulière, car l'excitation de ces zones provoquent un plaisir.
Cependant, dans les deux premières localisations, cet intérêt passe pour aller se fixer sur une autre zone du corps, ce qui atteste de la dimension psychique et évolutive de l'affectation de la
zone érogène. L'enfant grandit, et une autre partie de son corps devient plus importante que la précédente en termes de capacité d'excitation, et ce déplacement est corrélé à la maturité physique
et psychique de l'enfant.
Ce mécanisme de déplacement de l'intérêt pour une partie du corps se retrouve dans la maturation de la sexualité chez l'adolescent. Les différentes parties de son corps ou de celui du partenaire,
ou de ce qu'on peut vivre avec lui suivent également une chronologie d'investissement.
La différence entre l'enfance et l'adolescence réside dans la capacité à pouvoir penser sur soi, faculté dont le jeune enfant n'est pas pourvu. Il s'ajoute donc de nombreux facteurs comme la
morale, la culture, les interdits, l'affirmation de soi...
Cependant, cette chronologie semble subir quelques perturbations pour les adolescents contemporains. La dimension culturelle est en effet chahutée par la mise à disposition d'une sexualité adulte
accomplie au travers de tous les médias qui sont maintenant disponibles : les programmes érotiques sur les innombrables chaînes de télévision, l'offre Internet inépuisable de ce côté-là (
Internet est un petit pas pour l'homme, mais un grand pas pour la pornographie), les téléphones portables dont ils sont massivement équipés et qui proposent, pour le prix d'un SMS, toutes sortes
d'offres plus ou moins érotiques mais qui, bien souvent, devancent de loin leur maturité sexuelle. A un moment de l'existence où les remaniements de la construction identitaire sont au plus fort,
ces vitrines de la sexualité adulte ne présentent pas toujours le meilleur de ce qui sera, dans le futur, possible avec l'autre. Si la vie sexuelle avec un partenaire choisi s'apparente à la
cuisine traditionnelle, ce qui est montré aux adolescents s'apparente aux fast-food ( trop riche, trop gras, mal fait, nuisible à la santé).
Si une chronologie du développement est nécessaire pour intégrer ce qu'il faut savoir au plan sexuel à l'âge adulte, l'offre précède de trop loin la demande. Malheureusement, l'adolescent en
recherche de repères nécessaires à sa construction identitaire reprend à son compte ces exemples inappropriés.
Il est à craindre que, pour des raisons commerciales, l'affichage d'objets de désir nuise à ceux auxquels ils sont destinés.
La situation n'est pas encore alarmante. On relève juste chez les dolescents des pratiques sexuelles très avancées pour leur jeune expérience. Cependant, d'eux-même, ils reconnaissent que, les
années suivantes, ils reviennent à des choses plus conventionnelle, moins extrémistes, plus en lien avec l'autre, avec ce qu'il désire et attend.
Comme si, de l'acte sexuel précocément proposé et suscité par voie médiatique, l'adolescent devenu jeune adulte en construisait quelque chose de plus apaisé, dans un relationnel à autrui, un
temps de maturation où l'autre va venir aider à la construction d'un "je" qui acceptera ou non que soit ainsi traité son corps.