Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
Après un petit stage dans une unité de Soins Palliatifs, le terme "existentialisme" qui s'était souvent présenté à mon oreille méritait qu'on lui consacre une petite réflexion. Il en était souvent question dans la position qu’on devait prendre par rapport au patient, dans ces moments particuliers tels qu’ils sont vécus dans ce genre de service. Il est d’ailleurs dit dans les textes que le patient doit être pris en charge à différents niveaux, y compris du point de vue existentiel. Comprend qui peut.
Il faut commencer par définir. L’existentialisme est un courant philosophique qui est par la suite devenu aussi littéraire. Ce courant postule que les individus créent le sens et l'essence de leur vie par leur action. En fait, on pourrait dire que c’est l’ancêtre de « Sois le héros de ta propre vie ». Ce mouvement prenait le contrepied de ce qu’on croyait jusqu’alors, en opposition aux doctrines religieuses ou philosophiques qui parlaient d’un destin tout tracé, d’une volonté divine et impénétrable, extérieure à la personne elle-même.
Mais pas mal de choses sont venues contrarier tout ça, y compris la psychanalyse qui a démontré que 1) Au-delà de la volonté divine, l’homme est agi par un inconscient qui module des destins plein de sens, 2) les personnes avaient quelque chose à dire de leur vie, et qu’ils pouvaient y mettre du sens, et donc, l’idée que la vie était toute tracée par des intentions supérieures auxquelles il conviendrait de plaire si on voulait s’assurer une éternité paisible, tout cela s’est vu un peu malmené. « Mais les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux… ».
L'existentialisme considère donc chaque personne comme un être unique, maître non seulement de ses actes et de son destin, mais également des valeurs qu'il décide d'adopter. Et s’il en est maitre, il en est aussi responsable. La démarche psychanalytique, ou plus simplement ce que le psychologue a à voir là dedans, c’est de faire prendre conscience à la personne de cette dimension, et de l’épauler, dans la conquête de sa position de sujet auteur de sa parole. En soins palliatifs, ce mouvement est certes inabouti car le temps manque toujours, mais cela contribue à réinstaurer de l’unité. Si on parvient à trouver un sens global à tout ce qui est vécu y compris chez la personne malade, un sens qui pourra s’exprimer par un « Moi, je… » qui parle de soi sous un aspect non défensif comme le moi-je habituel, alors quelque chose de la personne parlera. C’est en cela que le Moi du sujet se trouve advenu. S. FREUD : « Là où était le Ça, le Moi doit advenir », dans son principe organisateur et unificateur de la personne, de prime abord divisée comme l’explique la théorie lacanienne.
On retrouve comme toujours le "Connais-toi toi-même" de Socrate, la base de la démarche qui vise à laisser venir l'inconscient au jour, et non à le museler.
Tout ça pour dire à des gens qui ne liront jamais ces lignes que l’existentialisme, j’avais compris…