Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
C’est très à la mode, alors, on va pas se gêner, on va parler de l’équipe de France de foot…
Et patati, et patagna, et pourquoi qu’ils ont perdu ? ! ! Et quand vous voyez combien qu’ils sont payés ! ! Et vous voyez l’exemple qu’ils donnent à notre jeunesse ! ! Et il va falloir tout réformer à la fédération ! Et qui c’est qu’a parlé sur Anelka ???? Enfin, comme on peut le voir, les sujets de débats philosophiques ne manquent pas, et comme c’est trop bon de hurler avec les loups ou de faire celui qui sait mieux que tout le monde, je vais moi aussi apporter mon point de vue éclairant et décisif sur cette question Ô combien centrale dans nos existences humaines ou face à la machine à café : « Mais pourquoi ça marche pas ? »…
Oui, c’est toujours marrant ce phénomène. Actuellement, alors que les journalistes se déchaînent, tous les articles sur le net accompagnés d’un « Faire un commentaire » regorgent de mots de lecteurs. Bien sûr, sur le nombre, il est possible de trouver des avis de vrais supporters, renseignés et connaissant leur sujet, mais en gros, à part être fier d’avoir compris la règle du hors-jeu, ou regarder ces onze clampins courir mollement derrière leur ballon, qu’est-ce qu’on y connaît ? Qu’est-ce qu’on en sait des rouages de la Fédération, des contrats publicitaires, des enjeux financiers entre les joueurs et les clubs, les municipalités (parce que dans les grandes villes, on ne peut pas avoir un club qui brasse des millions d’euros par an sans que ça n’intéresse la municipalité), et tous les autres trucs derrière le rideau qu’on n’imagine même pas mais qui, petit à petit, donne au foot l’image qu’on en a maintenant ? Le foot qui ne se passe pas sur le terrain devant les caméras, qu’est-ce qu’on en sait ?
Mais on aime bien dire quand même, apporter sa pierre à l’édifice… comme je suis en train de le faire maintenant, et être lu par… Ouhla, deux voire trois personnes…
Alors, pourquoi ont-ils perdu ? Ici comme ailleurs, la complexité. Oh, pas du foot en lui-même parce que ce n’est pas ce qu’il y a de plus compliqué quand même, mais la complexité de l’activité humaine ou de façon plus restreinte, de la dynamique d’une équipe. Et cette terrible question : à qui la faute ? On ne s’est quand même pas gêné pour faire peser sur cette équipe le destin du pays, équipe dont la moyenne d’âge est de 27 ans et demi. Une équipe championne du monde… Mais que nenni ! Si la France a remporté la Coupe il y a 12 ans, il n’y a plus que Thierry Henry qui reste le témoin de cette époque. A part lui, il n’y a pas de champion. Est-ce qu’on leur demande vraiment quelque chose dont ils sont capables ? D’endosser un maillot porteur d’une étoile dans laquelle ils n’y sont pour rien. Ça, c’est une des pressions psychologiques. Et fixer à quelqu’un des objectifs sans qu’il ne soit en mesure de les atteindre est un facteur de stress du travail. Et un stress trop fort engendre l’échec de la réalisation des objectifs. Pour contrer ça, il y a la dimension d’équipe, qui permet au groupe de se porter et de se dépasser, de faire que le total de l’addition des individualités dépasse la somme de ses éléments. Le rhum, ça pique, le coca, c’est sucré, mais le rhum-coca, ça bourre deux fois plus vite… Est-ce que c’est ça qui à manquer ou autre chose, ou le monde dans lequel vivent ces joueurs et dont on ignore tout, car qui sait ce qu’est le monde quand on est rémunéré un million d’euros par mois ? Et devant cette complexité, celle de ces hommes, de ceux qui les managent, des intérêts secrets de la Fédération, de ce qu’il se passe dans la tête et dans les cœurs et derrière la porte du vestiaire dont rien ne devrait sortir, qui peut dire ce qu’il s’est passé ?
Moi, tout qu’est-ce que je sais, c’est que j’aime regarder ces équipes qui jouent bien au football. Et que si ça s’appelle le Mondial, il y a des chances pour qu’une équipe comme l’Espagne fédère toute l’Amérique du sud, ou qu’une petite équipe genre Japon ou Corée monte un peu dans le tournoi et commence à passionner les gens qui vont alors supporter cette équipe, s’enthousiasmer, ne serait-ce qu’un match. Comme tous les soirs, on se retrouve à des millions, des centaines de millions devant notre télé, et on est tous là, devant l’action, devant le débordement du latéral qui centre pour son attaquant démarqué devant une cage vide, et que là, et partout dans le monde, au même moment, AU MÊME MOMENT, on est un ou deux milliards de mecs comme moi, ou tout différent, à sauter en l’air en même temps.
Ensemble.
En même temps.
Sur toute la Terre….
Et ça, ça me plait.