Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
Voila, l’équipe de France a perdu.
Grosse déception généralisée. Intéressant d’entendre les commentaires, car tout cela ressemble à de la résolution post traumatique.
On assiste aux 6 phases CNCMAA
Choc, comme Raymond qui ne peut rien en dire après le match
Négation, « Non mais c’est pas vrai qu’ils jouent aussi mal »
Colère, « Non mais vous allez bouger votre cul oui ?!?!
Marchandage, « Non mais qu’est-ce qu’il vous faut encore ? La suite à 500 euros, c’est pas assez ?? »
Abattement, « C’est désespérant de les voir jouer comme ça… »
Acceptation, « Bon, il reste un match… pour l’honneur… parce que là… »
Oui, grosse déception, et on ne sait que penser. Surtout, on ne sait que penser qui pourrait nous consoler, vu que le rendez-vous fut manqué, le ratage, le manque. On fait des calculs, les probabilités qu’on passe encore le premier tour, si on gagne et que le Mexique ou l’Uruguay perde, on se perd dans des conjectures, dans des « Et si.. » ; on cherche des raisons, pourquoi tel joueurs ici et pas celui-là, l’entrainement, la préparation, la motivation, le mental, on incrimine Raymond, un peu chef de tout ça, mais qui n’y est pas pour quelque chose plus que les autres... Bref, on gratte cette réalité pour qu’elle dise pourquoi, alors qu’il n’y a rien à en dire : « C’est » et puis c’est tout.
Mais qu’en est-il ? Car malgré tous nos commentaires, nos critiques, nos railleries, pourrions-nous nous passer d’eux ?
Est-il envisageable, comme au cours d’un mauvais spectacle, de se lever et partir ? Imaginez, sur TF1, match de l’équipe de France, 12 000 téléspectateurs… Bien sûr que non ! C’est plus fort que nous. C’est moche, c’est inintéressant, mais on va regarder quand même, des fois que… Et là, la rêverie reprend. Des fois que quoi ? Ben des fois qu’on gagne, qu’on ait un beau match… La dimension imaginaire reprend le pas, et vient supporter quelque chose qui défaille dans la réalité. On le sait bien, ce n’est pas en cinq jours que l’équipe va comprendre les fondamentaux nécessaires à la réussite du jeu d’équipe. Pourtant, on va jeter un petit coup d’œil quand même… même si ça nous parait aberrant, même si avec ces salaires, ils pourraient courir un peu plus vite. Le projet d’une équipe, c’est sinon de gagner des matchs en marquant des buts, au moins de ne pas perdre en en prenant. Bon, là, ça marche pas. Et ce qui est formidable, c’est que c’est la Loi du Sport. Des fois on perd, des fois on gagne. Des fois, les autres sont plus forts… Vous vous imaginez répondre ça à votre patron qui vous fait remarquer que vous ne travaillez pas assez : « Ah ben oui patron, des fois, c’est comme ça, on n’y peut rien… »
« Une autre fois peut-être… » Et tout ça pour des sommes hebdomadaires qui dépassent le sens commun. Ça défie la logique, la bienséance, le normal.
Pourtant, pas question de supprimer ça. Ça marche pas, ça coute cher, STOP à l’équipe de France ! Non, on ne peut pas faire ça.
C’est comme la cigarette, la télé ou l’iPhone. C’est pas bon pour la santé, ça rend débile, ça occupe l’esprit. C’est comme la compulsion de répétition, les douleurs exquises, le masochisme. Il y a du plaisir derrière cette souffrance qui, passée au filtre de notre inconscient, se transforme en quelque chose de suffisamment fort et addictif pour que, bien que nocif, ça nous soit nécessaire. Ça a un petit coté drogue douce, pour oublier, là encore. Ou pour tenir.
« Du pain, et des jeux… »
Et puis, derrière tout ça, le pognon, beaucoup de pognon, beaucoup beuacoup beaucoup de pognon........ encore plus de pognon pour la FIFA, encore plus de match, de droits télé, encore plus de pubs, encore plus d'annonceurs, encore plus de budget publicité dans les sociétés, encore plus de hausse des prix au supermarché....
Ah ben oui, on peut pas tout avoir quand même....
Pas trop de pain? Ben il reste les jeux. Bon, j'y vais le match commence...