Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
Hier soir, Nico que j’aime bien, le secrétaire de l’école de musique, me dit qu’il est en train de lire le livre de Michel ONFRAY[1] sur Freud. Ayant suivi de loin la polémique que ce livre a suscité à l’époque de sa sortie, je suis allé aujourd’hui voir ce qu’il en était dit, visionné une conférence donnée chez Mollat, et entendre les contradicteurs.
Bref, je ne suis guère plus avancé, les arguments ne l’ont pas emporté sur la force de ce que Freud a mis à jour, même s’il n’a rien découvert et qu’il n’a que compilé et verbalisé ce que plusieurs auteurs de son époque, de ci de là, approchaient.
La lecture d’Onfray n’est guère attaquable, car il a TOUT LU Freud, comme dirait Coluche, en cinq mois, chose que je suis encore loin d’avoir réalisé. Et sur l’intégralité de son œuvre et sa correspondance, on trouve des choses peu recommandables, ses positions vis-à-vis du pouvoir, son côté toxicomane, ses relations particulières avec sa belle-sœur, la transposition à une généralité de ses propres conflits inconscients.
Cependant, autant peut-on avoir des choses à redire sur l’homme qu’il serait maladroit de rejeter du même élan la psychanalyse en entier. Il serait surprenant que Freud, montré comme un initiateur de secte ou créateur de religion ait réussi, sur des découvertes aussi contestables, à convaincre une telle partie de la population mondiale. Le fonctionnement psychique tel qu’il l’a décrit, le stade œdipien, la peur de la castration symbolique, les enjeux psychiques ou tout autre concept propre à la psychanalyse prennent maintenant une place importante dans la pensée actuelle, dans notre culture européenne. Qui n’a jamais entendu parler de névrose ou de pulsions ? Pourrions-nous tous nous tromper ? Mais là, on part encore sur cette pente délicate qui consiste à savoir qui a le plus raison. Laissons donc cela pour ouvrir un peu le débat, à savoir ce qu’on reproche à la psychanalyse ? Effectivement, quel est donc ce semi-procès qui lui est intenté au travers de son fondateur ? Que veut dire cette question sur le caractère scientifique très contestable de la psychanalyse ? Serait-elle encore recevable si elle n’en avait pas ? Avons-nous fait le tour de tout ce en quoi nous croyons pour ne garder que ce que la science a attesté ? Est-on bel et bien sûr qu’il est né à minuit, le divin enfant, et que plus tard, au fin fond de la Judée, ses copains s’appelaient Paul, Jean et Matthieu ? On croit à des choses sans preuve scientifique, et ça ne tient pas forcément du chamanisme ou de la religion, mais le monde est ainsi fait que la perception que nous en avons prend sens ainsi. La science parle en dehors de nous, mais nous, auteur et premier acteur de notre vie, nous n’avons recours à aucune démonstration scientifique pour en attester de la réalité.
La psychanalyse, se déjoue de tout cela car elle se consacre à d’autres questions. Ça me fait un peu penser au surimi, cette histoire. Le surimi, c’est super bon, et avec de la mayo, on en mangerait plein. Pourtant, quand on voit comment c’est fait, ça colle la gerbe.
Onfray questionne le cuisinier mais ne jette pas un œil sur le plat qui lui est servi. On peut difficilement ne pas être respectueux du travail d’Onfray, mais l’attachement à la forme a méconnu le fond. Les ouvertures sur l’Humanité ( au sens du principe d’Humanité, ce qui nous fait Homme ) qu’a permis la psychanalyse, conséquences insoupçonnées à l’époque de Freud, dépasse de loin la pauvre description de l’homme. Onfray se défend de condamner la psychanalyse. Il dit juste que Freud était un escroc et qu’il a produit une escroquerie. Ça laisse un certain gout d’à peu près, de ratage, ou comme aime à le dire un de mes bons amis « c’est un peu plus compliqué que ça ». Lire Freud, ça prend du temps. Le comprendre, que ça prenne sens pour notre inconscient, encore plus...
Allez, un petit dernier pour la fin, il faut aller jusqu'à 2min30, et vous aurez un exemple de ce qu'on appel un lapsus...
Mais ce n'est pas grave, puisque la psychanalyse n'existe pas....