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Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...

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L'illusion de l'écrit professionnel performant

J’ai eu le plaisir de participer à une formation sur les écrits professionnels. La demande récurrente des stagiaires était la demande de gain de temps : écrire mieux, aller droit au but, plus utile, y passer moins de temps.

La réponse du formateur allait tout à fait dans ce sens. D’après lui, un écrit professionnel doit être rapide, précis, concis. Sujet-verbe-complément. Supprimer les participes présents, les articulations, les phrases trop longues....

Dans bien des cas, cette demande de clarification se comprend. Parmi tous les écrits demandés dans les différents corps de métiers, on trouve encore trop souvent de longues proses à l’argumentation aléatoire, des collections de faits sans synthèse, des remarques sans idées, des documents de deux ou trois pages qui, au final, ne racontent pas grand-chose.

C’est une perte de temps notoire. Des réunions sans ordre du jour où chacun déballe son petit chagrin, des réunions au cours desquelles, faute d’avoir une observation construite sur un usager, on évoque surtout son propre vécu des trois dernières semaines, et le pire, des réunions annuelles devant fixer une démarche professionnelle qui s’achèvent par un « on verra... ».

Cependant, quelque chose me dérange dans cette demande de performance de l’écrit. Autant on peut souhaiter perdre moins de temps dans des réunions interminables qui n’aboutissent à rien, autant tout ne peut être réduit à un tableau aux colonnes type « problèmes / solutions mises en œuvre ».

Ce qui échappe à cette culture de l’efficacité est le principe selon lequel on a besoin de temps pour élaborer. Quand on construit un compte-rendu d’observation clair, net, précis en quelques points, quand on réduit une personne à quelques tirets, aussi bon observateur soit-on, je m’interroge sur la part d’imaginaire laissée au lecteur. On ne peut pas tout dire sur une personne, et ce style d’écrit apporte tant d’informations qu’on peut ensuite se demander : où la rencontre va-t-elle avoir lieu ? Comment va-t-on découvrir une individualité plutôt qu’une collection de symptômes ou de troubles du comportement ?

Certaines personnes de mon équipe traduisent cette question par : faut-il lire le dossier avant de rencontrer l’usager, ou non ? Le faire pour savoir à quoi s’attendre ? Ne pas le faire au risque de rater des éléments importants ? Le faire en étant convaincu qu’on saura faire la part des choses et qu’on pourra faire abstraction de ce qu’on a lu (mode illusion maximum) ?

Boris Cyrulnik disait : « Une explication trop claire tue la créativité de la pensée ». Il ajoutait avec humour : « C’est pour ça que j’ai toujours un lacanien dans mon équipe ». Je crois qu’on en est là, ou qu’on s’en approche. Toujours plus vite, même dans le service à la personne, même quand des années de vie vont se partager. On ne se laisse plus le temps de pouvoir rêver à ces jeunes, à ce qu’ils sont en dehors de leur psychopathologie, ni à leur futur, que nous sommes censés construire avec et pour eux. Et pourtant, la dimension de l’imaginaire est celle qui nous permettrait de les approcher davantage, dans leurs fonctionnements, dans leur rapport au monde, dans leurs différences.

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