Que ce soit en ULIS, en IME ou en EHPAD, la difficulté de prendre en compte la subjectivité de l'autre relève de la même difficulté. La question de l'effort pour aller vers l'autre, c'est que nous empêche de faire le capital, qui mesure tout et chiffre tout. Que ce soit dans le médico-social, chez les jeunes ou chez les vieux, dans les services de soins palliatifs, on finit toujours par se buter à la question de l'accompagnement, c'est-à-dire accompagner, être à côté de, marcher avec : être avec.
Il y a la question de l'autre, et de son point de vue sur cette réalité partagée, sur un instant.
La difficulté rencontrée, c'est la considération du monde de son point de vue. Peu importe le service offert, les soins proposés, tout les modèles nous mènent vers la prise en compte du point de vue de l'usager dans ce qu'il veut, ce qui l'attend, ce qu'il désire. Les projets individuels, les projets d'accompagnement, les projet de vie, tout commence, normalement, par demander à la personne ce qu'elle souhaite. Et tout le travail consisterait à répondre à ses attentes. Seulement, à tout moment, il y a la question du coût. Et là, tout s'arrête, puisque, autant les Bonnes Pratiques disent qu'il faut prendre en compte la réalité de la personne qui s'exprime par ses demandes, autant les instances disent que, pour satisfaire cette demande, les moyens sont absents.
Alors nous, acteurs du quotidien des gens qui ont besoin de nous, comment pouvons-nous, sans financement, orienter notre action pour être dans les bonnes pratiques, dans cette éthique ?
Y a-t-il une autre solution que d'utiliser les moyens qui sont à notre portée, c'est à dire nous-mêmes, c'est-à-dire jouer sur notre savoir-être ?
Être, avec l'autre.
Bien sûr, la tache est immense, car pour être avec ces autres, déficients intellectuels, atteint de neuropathies dégénératives, Alzheimer, déments, psychotique, comment être avec ces autres aussi différents? Comment faire pour être avec ces personnes qui demandent d'abord et avant tout du temps, du temps, du temps. Le temps de les comprendre, le temps de se former sur tel ou tel syndrome, le temps de les aider, le temps qui leur est dû quand elles peinent à nous répondre et qu'il leur faut juste quelque secondes de plus? Du temps, juste plus de temps.
Et le temps, c'est de l'argent.
Et voila, badaboum.
Dans une société qui nous rappelle sans cesse l'importance de l'individuel et le rôle crucial de notre nombril, problématique dépliée maintes et maintes fois au travers de chaque réseau social dont nous sommes le centre, en quête permanente de like ou de pouce levé, le discours introduit sur le Sujet par la psychanalyse trouve encore ses échos de notre civilisation dont nous sommes, individuellement, le point central. Alors que la jeunesse clame à être liké, la vieillesse ou la vulnérabilité réclament de ne plus être seule, accompagnée par des personnes qui sauraient être là. Il faut inventer une manière d'être qui passerait sous les radars des contingences financières. Mais on ne décide pas de la personnalité bienveillante des gens qui se proposent de servir les autres.
Cependant, chaque petit point en quête de regard de l'autre peut quelque chose à la solitude universelle.