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Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...

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Nicolas et Nicolas

            Vous vous en doutez bien, malgré mon écoute bienveillante, il y a parfois des termes qui me font sortir de ma légendaire torpeur. Dans la série que j’aime tant « Les mots de la psychanalyse aux mains des journalistes », le très sympathique Nicolas DEMORAND, qui n’est pas tout à fait n’importe qui, nous en a sorti une belle dont je vous invite à prendre connaissance ici link.

            Encore une fois, messieurs les journalistes, foutez la paix à la psychanalyse et arrêtez d’utiliser son vocabulaire qui vous échappe et vous dessert dans vos propos. Je m’arrêterai donc sur le terme Sublimation.

            La sublimation est une notion récupérée par Freud pour décrire la transformation de l’énergie psychique, c'est à dire la pulsion. La pulsion se détermine par quatre éléments : la poussée, la source, l’objet, le but. La sublimation est une modification du quatrième élément, à savoir la transposition du but. Quand je dis « récupérée », il faut savoir que la première utilisation de ce terme vient de la science, plus précisément la physique, décrivant le passage direct d'un corps de l'état solide à l'état gazeux. Ce qui est à retenir, c’est le changement d’état de façon directe, sans passer par une étape intermédiaire classiquement connue, l’état liquide. Par exemple, la glace se transforme en eau liquide qui se transforme en vapeur d’eau. En cas de sublimation, l’eau passe directement de l’état de glace à l’état de vapeur.

            D’un point de vue psychanalytique, la sublimation a surtout pour fonction de détourner la pulsion de son but original pour une satisfaction plus acceptable. L’exemple le plus connu est l’implication intellectuelle infantile du jeune qui vient de se confronter à l’impossible du complexe d’Œdipe et qui, face à la menace de la castration, investit son énergie psychique dans les apprentissages scolaires, énergie dont il va avoir bien besoin pour apprendre à lire et à écrire. La comparaison tient toujours avec la Physique : il y a transformation pure et simple de l’énergie sans passer par une phase intermédiaire.

            Reprenons ce que disait Nicolas parlant de Nicolas. L’enjeu de la campagne sera de montrer les changements intervenus sur l’homme Président, et comment celui-ci va tenter de nous convaincre qu’il peut encore faire l’affaire pour les cinq prochaines années. Ce parallèle allant de l’homme à la Nation voulant démontrer que si l’homme a changé, la Nation peut le faire aussi, serait pour le journaliste une tentative de psychologisation du débat. Sans démentir cette hypothèse, ça ne met qu’un nouveau mot sur la question, car la manœuvre semble un peu grossière. Mais l’adage « Plus c’est gros, plus ça passe » résonne encore de la voix de ses prédécesseurs dans les couloirs de l’Elysée. Par contre, il n’y a là rien de sublimé. Il y a juste une tentative de faire croire que le Président s’est amélioré, s’est transformé en quelque chose de mieux. Or ceci n’est pas de la sublimation. L’eau, glace ou vapeur, reste du H²O. La pulsion, quelque soit son but, c’est de la pulsion. La notion de sublimation ne va pas, si on la met du côté du psychique, avec une idée d’amélioration. Est-ce qu’on ne tomberait pas là sous le sens commun du « sublime » ? Peut-être, mais dans ce cas-là, il ne faut pas faire appel à la psychologie. Par contre, on peut ouvrir son dictionnaire et trouver le mot qui convient mieux. Le souci, c’est qu’avec élever, ennoblir, idéaliser, la manœuvre se voit, transcender, ça fait trop mystique, gazéifier, volatiliser, ça fait chimique, et purifier, ça fait peur et ça rappelle le Karcher. En fait, le terme « sublimer » peut-être retenu avec sa définition : transposer en idéalisant. Quelque chose reste assez recevable dans cette définition. Cependant, le terme avance masqué, car autant la communication de la présidence peut tenter de le sublimer (pour nous le faire croire changer en meilleur) qu’elle devrait à tout prix éviter de l’idéaliser, ce qui serait une grosse erreur de marketing, genre vente forcée. Et il faut rester vigilent sur les mots employés par la Presse, le ton, les idées, car c’est avec ce discours à la douceur du miel, dans ces à-peu-près, dans ces « voudrait dire que… » et l’emploi inapproprié du subjonctif (le mode de l’éventualité) que les couleuvres passent le mieux dans nos gosiers.

            De toute façon, les grands enjeux de la présidentielles, on les connaît : dire que l’autre camp fera pire, essayer de détourner ou de récupérer les voix du Front National, faire peur aux gens ou leur promettre monts et merveilles, sachant qu’au final, ce sont les marchés qui nous tiennent sous leur coupe, englués que nous sommes dans un système financier qui nous tient à la merci de son bon vouloir spéculatif. Ce « Il a changé » nous parle davantage d’une compétition du genre Présidence Académie, nous faire briller un homme plus que ses idées, passant d’un choix de leadership plutôt qu’un véritable vote démocratique pour des idées, des projets, un futur. Le candidat est sensé incarner tout ça, mais la présentation nous parle d’abord de la personne, du leader, avant de dériver vers un étrange vocabulaire militaire de rappel des troupes, ordres de batailles, lieutenants du parti, etc… Est-ce bien pour cela que je veux voter ? Nicolas DEMORAND parle aussi, dans la même phrase, de Gauche et d’alternative crédible… Alors là…. Je vous entretiendrai plus tard des dangers du sur-travail et ses risques hallucinatoires….

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