Psychologie de tous les jours, de la vie du psychologue, de ce qu'il pense, et là, qui vous le dit...
Petit à petit, retour des vacances.
Il s’en est passé des choses, la crise, la chute de Khadafi, et bien sûr l’affaire DSK. Dans cette volonté assidue d’éclairer le monde de la puissance de ma pensée, je vais donc m’insurger et faire un commentaire définitif qui devrait faire taire une bonne fois pour toute la presse et la classe politique dans son ensemble.
Je ne sais pas bien encore ce qui m’indigne le plus : la joie du PS, le retour mi-triomphale du mis en examen alors qu’il ferait mieux de se cacher, les étonnants retournements de veste des médias au point qu’on se croirait dans Saturday Night Fever, les incessants commentaires d’une foule de quidams qui n’ont qu’une vue parcellaire de la situation et donc une conclusion fort approximative, l’immonde déballage que tout cela a provoqué et la consommation avide qui en a été fait, les multiples explications sur la justice américaine et, pire du pire, les allégations les plus infondées sur les dires de Mme DIALO, les à-peu-près, plus ou moins mensongers ou pas, confirmés ou retirés, dont on n’a eu que des bouts, dont on a mélangé les ordres de citation, qui ont été traduits de façon fort diverses, qu’on a remanié, interprétés…
Je ne suis pas très confiant en les analyses produites sur les dires de la victime. Il y a eu beaucoup de contradictions, ses premières déclarations attestant d’un viol, certifiées par une consultation médicale dans un centre spécialisé. Le médecin qui a reçu la victime est une spécialiste de ce type de consultation. De ce rapport, rien n’en aura été fait. On reproche à la victime la multiplicité de ses déclarations, ce qui, dans un moment traumatique, n’a rien d’étonnant. Au moment de l’agression, l’infraction psychique que représente l’évènement traumatique déclenche des processus de survie. Une seule chose compte : ne pas mourir, comme dans un accident dont on dira, une fois réchappé « Tout s’est passé si vite ». La réalité qui opère à ce moment là déroule ce qu’elle a à faire et la succession des évènements est telle, et si compliquée, si incompréhensible, qu’elle va nécessiter un long travail de retraçage. Tout cela, dans l’instant, la victime n’a pas les moyens psychiques de l’enregistrer, et beaucoup de détails vont manquer au moment de la reconstitution des faits. Par ailleurs, alors que le psychisme est un organe dont la fonction principale est la construction de sens, cette fonction va avoir besoin d’éléments pour s’accomplir par la suite, pour répondre aux questions du type : « Pourquoi moi ? Pourquoi est-ce qu’il m’est arrivé cela ? ». La victime va donc se re-raconter l’histoire, avec les éléments dont elle dispose de sa réalité vécue, mais éléments qui n’auront été que partiellement captés et aussi modifiés, recréés, incomplets. Au final, le témoignage d’une victime n’est jamais que parcellaire. Sans dire qu’il soit faux, car l’agression a belle et bien été vécue comme telle, mais il y a toujours une marge entre ce qui s’est passé, les conséquences que cela a dans la tête de la victime, et ce qu’on peut en relater face à un tribunal. Des expérimentations ont démontrées que, dans un contexte violent comme une agression à main armée, les témoins oculaires n’arrivent à fournir que 30% d’informations réelles, les 70% restants sont produits par l’imagination.
Malheureusement, c’est dans cet interstice de non-savoir que se loge le coin de la défense de DSK. On ne peut pas dire qu’il n’ait rien fait, mais on ne peut pas dire qu’il ait fait quelque chose. Et comme il vaut mieux laisser courir un coupable que d’emprisonner un innocent, DSK retrouve le sourire.
La seule question qui vaille, celle qui n’aura jamais de réponse et à laquelle plus personne ne semble s’intéresser est : que s’est-il passé ? C’est de là qu’on pourrait savoir si le présumé agresseur a ou non un sens de la personne humaine, un sens des limites, l’idée de l’autre. C’est cette réponse qui nous permettrait de savoir s’il faut se réjouir de le voir revenir en France, au sein du parti d’opposition. Car ne nous faisons aucune illusion, il ne sera pas exclu de la prochaine campagne présidentielle. Et j’avoue que redonner la parole à quelqu’un dont les frasques sexuelles ont été déballées ainsi dans la presse pour asseoir la course à la présidence, ça me laisse complètement optimiste sur la moralité de la classe politique qui fera les beaux jours de nos enfants…