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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 11:07

Bien sûr, je voulais parler de Dieudonné.

Au départ, c’est un humoriste. Donc, je vais plutôt parler de l’humour.

L’humour, c’est ce style de communication qui place le discours un peu à côté de ce qu’il dit vraiment. C’est parler de la tragédie du cancer en liant « Schwartzenberg et avenir » (Desproges), ou dénoncer l’horreur des camps d’extermination de la Seconde Guerre Mondiale dans un sketch sur la crémation, « Oui, c’est du matériel allemand… Ah ben, ils ont fait leurs preuves quand même... » (Ellie Semoun)

L’humour, quand il touche certaines limites, adopte alors une attitude transgressive. Il y a donc une limite, souvent liée à la morale. Car c’est cette morale qui s’agite quand il est dit qu’on ne peut pas rire de tout. Il y a des choses dont on peut rire et d’autres à respecter. Moralement.

Mais de ce point de vue, l’humour est bien souvent attentatoire, car il égratigne toujours ne serait-ce que le sujet qu’il pointe : les blondes, les ginettes, le dindon de la farce de la blague, les curés, les pédés, les jeunes, les vieux, les femmes… Un peu tout, en fait. Pas d’humour sans une victime désignée dont on va rire d’un consentement mutuel. Le paraplégique qui sort de la grotte de Lourdes avec des pneus neufs en criant « Au miracle ! », n’est-ce pas attentatoire ? Une fois encore, la limite entre l’attentatoire taquin et le moqueur est très fine.

Toute la difficulté réside alors à préciser la tolérance qu’on peut avoir au franchissement de cette limite, de quel côté de la ligne on se place, si on en rit pour dénoncer par la métaphore quelque chose qui ne devrait pas être ou si, au contraire, on la justifie en se moquant à mots couverts de ceux qui condamnent cet évènement.

Se profile alors deux camps : ceux avec qui on peut rire, et les autres, avec qui on ne peut rire de tout. Savoir où se situe l’autre dans son jugement, c’est questionner l’interprétation que chacun a du mécanisme humoristique. C’est demander à l’Autre : où es-tu, du point de vue du langage, dans ton rire ? En vrai, au fond, le propos humoristique dit autre chose que le discours premier. On rit de l’habile façon qu’a l’humoriste de trouver les mots pour nous faire remarquer cette réalité-là, mais cette articulation ne fonctionne que si on est capable de comprendre la blague, que si on peut la relier à l’évènement réel. Il faut donc interpréter la blague pour lui donner son sens comique. Pas facile de rire d’une chaise du modèle Gligbluck (Gad Elmaleh) si on n’a jamais mis les pieds chez Ikéa, en se prenant la tête pour lire les noms suédois des articles. Et c’est de cette capacité à interpréter, c'est à dire à reformuler le propos, qu’on peut extraire le sens comique. Et la capacité d’interprétation est propre à chacun, dans la forme et le fond, c'est à dire dans ce que chacun est capable de comprendre, et dans les résultats que produit la compréhension individuelle. C’est pour cela que le problème se pose davantage non du côté de celui qui produit l’humour, mais plutôt du côté de celui qui le reçoit et qui va en interpréter quelque chose du mauvais côté de la limite, du côté que la morale condamne.

Donc, que ce soit au niveau de la morale ou de la mécanique intellectuelle qui permet de rire ou non d’une blague, ces deux entités montrent à quel point l’humour est une affaire personnelle, qu’on justifie souvent par « Oui, c’est con, mais moi, ça me fait rire ! ». D’où le grand danger que représente l’intervention de l’Etat dans la délimitation de ce dont il faut rire, et de ce qui est condamnable. Jusqu’où peut-on nous dire ce qu’il faut penser ? Comme les jeux vidéo qui rendent les jeunes violents (humour, humour !!), les sketchs n’ont pas vocation à troubler l’ordre public. Par contre, le public peut se tromper sur les interprétations qu’il fait des propos humoristiques.

L’humour est un propos qui s’interprète, et l’interprétation est un danger. Mais surtout, l'humour doit rester de l'humour, ce n'est pas de la politique. Et c'est ce qu'il faut rappeler à ceux qui, dans les salles de spectacle ou au ministère, oublient.

Allez, fini de rire, tout ceci n’est pas très sérieux.

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commentaires

Aurélien 26/01/2014 19:27

un commencement de réponse intéressant...

http://www.youtube.com/watch?v=Ri-kQIrzJx4

dan 25/01/2014 18:10

au delà du " humoristiquement correct" comme il y a le politiquement correct" on peut se demander pourquoi cet épisode sort maintenant, pourquoi au lieu de coincer Dieudonné sur un plan fiscal, puisque d'après les journalistes et même certains politiques , il peut l'être à ce niveau, pourquoi donc c'est sur la teneur de ces spectacles qu'il est attaqué. Qui est-ce que ça arrange vraiment? les politiques, les journalistes? j'ai regardé les spectacles de Dieudonné , j'ai remarqué que tout le monde en prenait pour son grade: les politiques, les journaleux, les juifs ,mais aussi les catho, les musulman, les bourges, les militaires, les petits , les grands, l'amitié; la famille, pour ne citer que cela!!
un humoriste pointe du doigt là où ça fait mal , toujours , sinon il n'est pas drole...
Quand on sait que Mr Dassault a gardé son immunité (ou son impunité pourrait_on dire) parlementaire, comme certains qui ont détourné des fonds à leur profit, ou pris des engagements qu'ils n"ont pas tenu; . là peut parler d'ironie, , du foutage de gueule, du mépris
je préfère me creuser le cerveau pour comprendre et accepter ou non l'humour d'un humoriste, plutot que tomber dans le désespoir et le manque d'avenir auxquels nous condamnent les politiques par leur manque de paroles, leur lâcheté , relayés par bon nombre de journalistes. qu"est -ce qu' Une démocratie dans laquelle on pense qu un humoriste est un risque pour l'ordre public 'et qui, alors, devient un bouc émissaire ; ou plutot un écran ; mais pour cacher quoi exactement , comme une sorte de brouillage pour qu'on n'entende pas quoi? ou plutot nous faire oublier quoi? pour qu'on ne pense pas a quoi? Que veulent les censeurs ? Vraiment que veulent-il?

Aurélien 26/01/2014 18:35

je réfléchirai à ces questions....

Merci...

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